ON N'EN MEURT PAS,SI CE N'EST DE FAIM GRACE AU LASER,IL N'Y A PLUS DE RAISON DE REFUSER L'OPERATION D'UN DIVERTICULE DE LA GORGE

PONCIN,JACQUES

Page 10

Jeudi 2 mai 1991

ON N'EN MEURT PAS,

SI CE N'EST DE FAIM!

Grâce au laser, il n'y a plus de raison de refuser l'opération d'un diverticule de la gorge

Bien sûr, il n'est pas raisonnable comme certains le font de se laisser séduire par le laser chirurgical comme par un miroir aux alouettes et de n'accepter d'être opéré que par un de ceux qui le manient avec assurance. Non! le bistouri a encore de beaux jours devant lui, mais tout de même le laser ouvre dans certains cas des perspectives étonnantes. Pour autant qu'il ne soit pas victime d'un mouvement d'opinion inverse. Que certains ne le refusent pas par manque de foi. Assez de théorie, un exemple. Celui du diverticule de l'oesophage, dit diverticule de Zenker.

Ce n'est assurément pas la maladie qui fait les gros titres et on en opère sans doute moins de cent par an en Belgique. Ce n'en est pas moins une maladie invalidante, et qui, avec le vieillissement de la population, risque de gagner quelque importance statistique. Essentiellement, en effet, c'est un trouble de l'après-soixantaine.

Le diverticule, c'est une hernie, une poche, si l'on veut, qui se creuse petit à petit là où se séparent le pharynx et l'oesophage, dans l'endroit de la gorge où air et aliments trouvent leurs chemins respectifs. Pour des raisons qu'on ne connaît pas, le muscle cricopharyngé, celui-là même qui sert à ouvrir l'oesophage pour lui donner accès à la nourriture et à la boisson, ce muscle donc se distend et permet cette excroissance qui finit par se remplir d'aliments, lesquels sont régurgités. Dans un premier temps, on a toujours l'impression d'avaler de travers, disent les personnes qui en souffrent. Puis cette poche a tendance à rester partiellement remplie et ce n'est qu'au moment où l'on se penche ou que l'on se couche qu'elle répand son contenu dans la gorge et que la personne concernée se met à tousser. Alors aussi, quand elle est vide d'aliments, la poche se remplit de salive et l'on réprime difficilement une envie continuelle de cracher.

UNE SIMPLE POCHE

QU'IL SUFFIT DE COUDRE

Il devient difficile de parler et un professeur d'université qui vient d'en être opéré raconte qu'il devait interrompre plusieurs fois ses cours, à la surprise de ses élèves. La dernière étape intervient quand tout aliment passe dans le diverticule avant d'aller trouver se voie normale dans le tube digestif, ce qui finit par être presque impossible dans la mesure où, gonflée, la poche obture l'oesophage. Manger devient un calvaire et ceci peut sans doute expliquer l'amaigrissement extrême de certaines vieilles personnes.

A priori, le problème est simple à résoudre. Contrairement à ce que certaines personnes qui en sont victimes craignent, éventuellement en silence, le diverticule n'a rien de cancéreux. C'est une simple poche qu'il devrait suffire de refermer. Ce que l'on fait depuis longtemps, car la maladie est connue depuis des siècles et sa description précise, par le Dr Zenker qui lui a donné son nom, remonte à plus d'un siècle. Mais la plupart des médecins que l'on consulte face à ces «désagréments» déconseillent chaudement l'intervention chirurgicale. Trop dangereux, surtout eu égard à la gravité de la maladie! Ils n'y consentent qu'au moment où l'on risque d'en mourir. De faim.

Classiquement, en effet, le diverticule s'opère «de l'extérieur». Le chirurgien pratique une incision dans le cou et va suturer le diverticule un peu comme on coud la poche d'un pantalon pour empêcher qu'on y mette les mains. Avec cette différence qu'ici l'opération se déroule dans un endroit proche des vaisseaux sanguins qui alimentent le cerveau et de nombreux nerfs. Une intervention des plus délicates donc, relativement longue (une bonne heure) et qui empêche l'opéré de s'alimenter autrement que par sonde pendant une grosse semaine. Ce qui n'est certainement pas l'idéal pour les vieilles personnes.

UN PRÉCURSEUR,

EN HOLLANDE

D'où l'idée d'opérer par l'intérieur, par endoscopie donc, et d'ouvrir la fameuse poche plutôt que de l'enlever. L'idée a été pour la première fois exposée en 1917 et est restée peu pratiquée, faute d'instruments adéquats, jusqu'à ce qu'un Hollandais, J.M. Van Overbeek, s'en fasse une spécialité et opère ainsi une cinquantaine de personnes par an, venues de toute la Hollande et d'ailleurs. Il y a cinq ans, il modifia sa technique pour y intégrer un outil plus performant: le laser.

Et c'est chez lui que le Pr Marc Hamoir (UCL-Saint-Luc) est allé découvrir cet usage d'un instrument que par ailleurs il utilisait déjà dans les opérations de la tête et du cou les plus délicates. Depuis un an et demi, il a ainsi opéré à Woluwe quelque 13 patients et, surtout, est devenu un adepte de cette technique. Toute l'opération se passe donc «à distance» avec des endoscopes et autres fibres optiques passant par la bouche et guidées par surveillance microscopique. C'est que l'intervention n'est pas moins délicate.

Mais, et c'est l'avantage cardinal du laser CO 2, sa lumière est parfaitement coupante et vaporise en un instant l'endroit où elle passe sans toucher ni brûler les tissus avoisinants. Il n'y a pratiquement jamais de saignement et le geste du chirurgien est tellement précis que le patient n'en ressent pratiquement rien quand il se réveille. Il peut remanger normalement après 3 jours et ne subit qu'un choc opératoire minime, l'intervention proprement dite ne prenant pas plus de dix minutes.

Le laser, rappelons-le, n'enlève pas la poche, mais trace un trait coupant dans le «mur» qui s'est formé entre le diverticule et l'oesophage. Les aliments qui y passent encore trouvent donc facilement leur chemin vers le tube digestif. Et le chirurgien veille à ne pas couper ce mur trop bas, laissant donc intactes suffisamment de fibres du muscle cricopharyngé pour que celui-ci reste bien fonctionnel et ouvre l'oesophage chaque fois que nécessaire.

Quand elle est bien faite, cette chirurgie sans cicatrice ne comporte pas d'inconvénient connu à court terme et l'expérience de 5 ans du praticien hollandais ne révèle pas non plus d'effets indésirables à plus long terme. Alors, pourquoi s'en priver?, professe le Pr Hamoir. C'est en tout cas le message qu'il a fait passer naguère lors d'une réunion de la société belge d'ORL. Avec l'espoir que les médecins ne diront plus à leurs ouaille: Moi, à votre place, je ne me ferais pas opérer...

JACQUES PONCIN