Opel

DE BOECK,PHILIPPE

Mercredi 30 décembre 2009

« Anvers est très rentable »

Les 2.600 travailleurs de l’usine belge d’Opel misent sur un sursaut de lucidité de la nouvelle direction. Rudi Kennes explique pourquoi.

ENTRETIEN

De mémoire de syndicaliste, on n’a jamais vu ça. Jamais le sort d’une usine n’a été aussi incertain que celui de l’usine Opel d’Anvers. Depuis que General Motors a annoncé, début mars, que l’existence de sa chaîne d’assemblage anversoise était menacée, les 2.600 travailleurs vivent dans l’incertitude la plus totale. Bizarrement, ils n’ont jamais fait grève une seule fois depuis, tout au plus quelques petits arrêts de travail sporadiques. Et l’outil n’a pas été endommagé.

Pour Rudi Kennes, vice-président du conseil d’entreprise européen de la marque à l’éclair et délégué ABVV (FGTB), l’usine a encore un avenir. Explications.

Qu’est-ce qui est le plus difficile quand on se demande tous les jours si l’usine restera ouverte ou non ?

En ce qui me concerne, personnellement, c’est encore supportable parce que je suis le dossier de très près. Mais pour la plupart d’entre nous, cette incertitude est vraiment insupportable. Quand je me lève le matin, je sais exactement où on en est, ce qui n’est pas le cas des autres. Parce qu’ils sont souvent chez eux pour raison de chômage économique et qu’ils apprennent des tas de choses via les médias. Il y a aussi beaucoup de rumeurs de toutes sortes autour du sort de l’usine, c’est épuisant. Depuis le début, je crois que nous avons déjà appris une dizaine de fois que c’en était fini de l’usine. C’est dur pour le moral, c’est évident.

Comment faites-vous pour rassurer vos troupes ?

Nous avons mis au point une stratégie médiatique assez agressive afin de rester présent dans l’opinion publique. Sinon, on se fait vite oublier et on n’existe pas. Il faut maintenir la pression sur les politiques et les médias. On s’organise en fonction, tout passe par internet. La direction de l’usine communique depuis un certain temps aussi via ce canal, ce qui n’était pas le cas auparavant. GM avait opté pour la non-communication, ce qui a créé un vide que nous occupons depuis lors.

« Tant que l‘usine est ouverte, elle n‘est pas fermée », a déclaré récemment le ministre-président flamand Kris Peeters. Et vous, vous y croyez toujours ?

Si je devais écrire un livre, je choisirais ce titre : L’usine qu’on n’a jamais réussi à fermer. Vous savez, les condamnés à mort vivent parfois plus longtemps que d’autres… Mais c’est vrai, tant qu’on peut empêcher GM de fermer l’usine, y a de l’espoir. Il faut savoir qu’il y avait au sein du groupe des faucons qui voulaient absolument fermer l’usine. Or, Anvers n’a rien à voir avec la surcapacité dans le secteur en Europe. Je ne sais pas ce qui va se passer, mais je crois que nous pourrons passer tranquillement les fêtes de fin d’année. La prochaine échéance, c’est le 14 janvier.

New GM, mieux que l’Old GM ?

Je l’espère, Anvers pourrait être le symbole de ce renouveau. Car la décision de fermer Anvers était le fait de l’Old GM. Il faut absolument que New GM fasse de véritables choix stratégiques. Il y a quelques années, Ford a fermé une importante usine en Grande-Bretagne alors qu’il était leader du marché. Il l’est toujours aujourd’hui, cela n‘a rien changé. Nous espérons que New GM va surtout s’occuper de rentabilité, de gagner de l’argent. C’est d’ailleurs la seule façon pour une entreprise de survivre.

Que pensez-vous de la nouvelle direction de GM Europe, du Britannique Nick Reilly plus particulièrement ?

Il doit prouver qu’il n’est pas comme ses prédécesseurs… Au sein du groupe de travail qui a été mis en place pour l’usine, nous avons quasiment terminé nos travaux. Le résultat est très positif pour Anvers, surtout pour qu’on y produise le nouveau mini-SUV (NDLR, véhicule de loisir de type BMW X3 ou Toyota Rav4) plutôt qu’en Corée du Sud. Nick Reilly doit prouver qu’il ne va pas se comporter comme les anciens crocodiles de l’Old GM. Il ne faut pas oublier que ce sont eux qui sont responsables de la quasi-faillite d’Opel et de la plus grande faillite industrielle de tous les temps avec General Motors. J’espère que ceux qui dirigent le groupe aujourd’hui ont retenu les leçons du passé. Le cas échéant, je crains le pire, pas seulement pour nous mais pour tout Opel.

Quels sont les principaux atouts de l’usine d’Anvers ?

Premièrement, elle est très bien située, dans le port d’Anvers. Si Opel veut devenir une marque internationale et exporter ses produits aux quatre coins du monde, c’est l’idéal. Deuxièmement, nous sommes très bien positionnés au niveau des coûts salariaux. D’après notre étude, on arrive à un coût de fabrication de seulement 1.200 euros par véhicule construit. C’est incroyablement peu. Ce qui nous classe juste après la Pologne à ce niveau au sein du groupe. Notre flexibilité est excellente, nous produisons jusqu’à 4 modèles différents sur une seule ligne. Puis, il y a aussi le multilinguisme des équipes et, bien entendu, l’excellente qualité des véhicules que nous fabriquons. Tout cela sans oublier la discipline des équipes. Malgré toutes les provocations, nous n’avons pas connu un seul jour de grève et la qualité est restée à son top niveau… Depuis l’arrivée d’une nouvelle direction avec Leo Wiels, les relations se sont nettement améliorées par rapport à avant. Nous avons tous les atouts en main à Anvers.

En plus d’être délégué syndical, vous êtes aussi vice-président du conseil d’entreprise européen d’Opel. Est-ce un atout ?

Certainement, oui. Nous avons accumulé beaucoup d’expérience au sein du conseil d’entreprise européen et travaillons en étroite collaboration avec les syndicats de General Motors dans le monde. C’est le cas avec l’UAW (United automobile workers) américain dans le cadre des négociations autour de la production de voitures en Corée du Sud…

Il existe une réelle solidarité entre nous, mais il faut y travailler tous les jours. Nous devons prouver à tous que le maintien de l’usine d’Anvers a plus de sens que sa fermeture.

La politique n’a-t-elle pas trop interféré à un certain moment dans le dossier, notamment avec Magna et les Allemands ?

A partir du moment où les pays étaient prêts à injecter de l’argent public dans le sauvetage d’Opel, il était logique que la politique s’en mêle. Chaque pays l’a fait, pas que l’Allemagne d’ailleurs. Par contre, au niveau européen, nous regrettons le manque d’action. La Commission a mis beaucoup de temps avant de se bouger… Je ne comprendrais pas qu’elle approuve maintenant un plan de restructuration qui se fera en grande partie avec de l’argent public et qui avaliserait le choix de délocaliser une partie de la production en Asie.

Le cas de la fermeture brutale de Renault-Vilvorde en 1997 vous a-t-il aidé d‘une manière ou d‘une autre ?

Concrètement, non ; si ce n’est qu’on sent que le gouvernement ne souhaite pas revivre un second Renault-Vilvorde.

GM garde Opel

GM garde Opel

Après avoir cherché à vendre Opel durant plus de six mois, GM décide de garder la marque à l’éclair allemande. C’était le 3 novembre, après un conseil d’administration houleux. Quelques jours plus tard, le CEO de GM, Fritz Henderson, quitte le navire. Depuis, GM se cherche toujours un nouveau patron. En attendant, c’est le président Ed Whitacre qui dirige.

Pourquoi vendait-il ? En contrepartie d’une importante aide publique, GM est contraint de présenter un plan de restructuration incluant des cessions d’actifs dont Opel/Vauxhall. Face au risque social d’une telle vente (la moitié des 50.000 emplois d’Opel sont allemands), le gouvernement allemand avance 1,5 milliard d’euros. Plusieurs candidats repreneurs déposent des offres dont Magna/Sberbank, RHJI et Baic. Fin mai, un préaccord est signé avec Magna. En septembre, le choix de Magna est confirmé. Le 3 novembre, GM décide de garder Opel.

Pourquoi garde-t-il ? Parce que New GM, né en juillet sur les cendres de l’ancienne Corporation, repart de zéro. Ensuite, les ventes sont reparties à la hausse aux Etats-Unis comme en Europe grâce aux « primes à la casse ». Avec un nouvel actionnaire de référence (l’Etat américain à 60,8 %) et une nouvelle direction, GM retrouve ses esprits. Autre élément déterminant, Magna était lié à une banque russe qui avait des liens avec le constructeur russe GAZ. Et donc un concurrent qui aurait pu mettre la main sur la technologie d’Opel. Impensable.

JUIN

1er GM dépose son bilan

Le constructeur automobile américain General Motors Corporation (GM), dépose son bilan devant le tribunal des faillites du district sud de New York. C’est la plus grosse faillite industrielle de l’histoire des USA.

Sidérurgistes dans la rue

2

Sidérurgistes dans la rue

Un millier de sidérurgistes wallons manifestent dans les rues de Namur pour attirer l’attention des représentants politiques sur l’avenir de la sidérurgie en Wallonie.

Coup dur pour Mattel

5

Coup dur pour Mattel

Le fabricant de jouets américain Mattel est condamné à une amende record de 2,3 millions de dollars pour avoir commercialisé des jouets contaminés au plomb. Ils avaient été fabriqués en Chine.

Magna visite Opel Anvers

12

Magna visite Opel Anvers

Une délégation de la direction de l’équipementier austro-canadien Magna International, candidat à la reprise d’Opel aux côtés de la banque russe Sberbank, visite l’usine anversoise.

Les bonus de Fortis

16

Les bonus de Fortis

Les diverses primes de départ et de licenciement accordées par Fortis aux administrateurs délégués successifs et aux autres membres du comité exécutif ont coûté la bagatelle de 9,9 millions d’euros.

Gisement prometteur

19

Gisement prometteur

GDF-Suez, Shell et StatoilHydro découvrent un gisement de gaz prometteur, le plus gros depuis douze ans en Norvège. Il contiendrait entre 10 et 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel exploitable.

Feu vert pour BA+Lufthansa

23

Feu vert pour BA+Lufthansa

La Commission européenne donne son aval au projet de fusion de Brussels Airlines avec Lufthansa. Le géant allemand prend 45 % du capital de la compagnie belge avant de passer à 100 % dans deux ans.

Kerviel renvoyé

25

Kerviel renvoyé

Le parquet de Paris requiert le renvoi devant le tribunal correctionnel du trader Jérôme Kerviel. Il est accusé de falsifications qui auraient coûté 4,9 milliards d’euros à la banque française Société générale.

Le Kosovo entre au FMI

29

Le Kosovo entre au FMI

Un peu plus d’un an après s’être déclaré unilatéralement indépendant de la Serbie, le Kosovo devient le 186e membre du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.