Le triomphe du chant rédempteur

MARTIN,SERGE

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Samedi 21 avril 2012

Opéra « Orlando » à la Monnaie

L’opéra peut-il n’être que du beau chant ? Sans doute que non. Encore que, dans certains cas, l’émotion du geste vocal est telle qu’elle engendre un bonheur irrépressible. On a alors presque honte de ne pas comprendre grand-chose à ce qui se passe, mais on succombe au bonheur du chant. C’est un peu l’impression qu’a laissée le premier acte d’Orlando de Händel, présenté à la Monnaie jeudi soir. Véritable collier où le compositeur enfile à l’envi les grands airs, l’opéra a tout ce qu’il faut pour faire vibrer les sensations du chaste public anglais. Mais pour le coup, le support est redoutable tant le livret de Carlo Sigismondo Capece, d’après le fougueux poème d’Arioste, ne nous épargne aucune circonvolution de ce drame sentimental où tout le monde aime un(e) autre et où, comme l’aurait dit Sempé, « rien n’est simple mais tout se complique » !

La musique est inventive, elle émeut et fascine. Au point de nous faire oublier l’indigence du support dramatique qui finirait par engendrer un ennui distingué si l’orchestre, littéralement envoûté par René Jacobs, ne lui rendait sa force coruscante.

Pas facile toutefois de mettre en scène, voire simplement en images, ce recueil de bons ou mauvais sentiments, merveilleusement sublimés. Et c’est là, après le long tunnel du premier acte, que le metteur en scène réveille l’action en transformant les péripéties du 2e acte en un voyage cérébral dans l’esprit perturbé du héros. Orlando, l’amant trahi, y explique les ressorts de son malheur qui le mène naturellement à l’extravagante scène de folie du 3e acte.

Les motivations secrètes de son comportement deviennent explicites et, en deus ex machina, le mage Zoroastro a tôt fait de nous ramener, rationnellement, au sens des réalités qui mène au happy end. Le pari de Pierre Audi est gagné et les voix sont rendues à la suprématie de leur sublime beauté.

Et là, on est à la fête. Avec Bejun Mehta, sans doute le seul contre-ténor à pouvoir aujourd’hui incarner l’humanité trouble d’Orlando à ce degré d’intensité. Et que dire de la tendresse émue de la Dorinda, l’amante abandonnée, de Sunhae Im, de la droiture rigoureuse du Medoro de Kristina Hammarström ou, surtout, de la générosité radieuse de Sophie Karthäuser, plus rayonnante que jamais.

Reste l’orchestre du B’rock, à coup sûr la grande révélation de la soirée. Pas vraiment convaincants au disque jusqu’ici, ces jeunes musiciens prêtent leur énergie flamboyante à un René Jacobs qui, soudain, découvre avec eux la verve échevelée de l’indomptable musique d’Händel. Encore une de ces combinaisons imprévues auxquelles nous a habitué Peter de Caluwe, qui n’est jamais à court d’une surprise !

Monnaie, jusqu’au 11 mai.

Réservation : 070 23 39 39 ou www.lamonnaie.be.

L’opéra sera diffusé en direct sur Mezzo HD le 16 avril.

Retransmission sur Musiq’3 le 13 mai.