Oscar Pistorius, un dossier qui rebondit

AFP; VANDE WEYER,PHILIPPE

Vendredi 22 juillet 2011

Lignano Le Sud-Africain aux jambes en carbone ira aux Mondiaux avec les valides

C’est une première. A 24 ans, le Sud-Africain Oscar Pistorius, le coureur de 400 m amputé des deux jambes et qui court avec des prothèses en forme de pattes de félin, disputera, à la fin du mois d’août, les Mondiaux de Daegu avec les valides. Mardi soir, il a, en effet, remporté le tour de piste du meeting de Lignano, en Italie, en pulvérisant son record personnel, le faisant passer de 45.61 à 45.07. Il a ainsi largement répondu aux critères (45.25) imposés par sa fédération et peut également rêver des Jeux olympiques de Londres. Sebastian Coe, leur maître d’œuvre, a d’ailleurs déclaré que cette perspective était « fascinante ».

« C’est un sentiment un peu surréel d’avoir le temps de qualification A en poche en vue des JO l’année prochaine, a posté sur Twitter celui que l’on surnomme « Blade Runner ». Je ne peux pas dormir, je suis trop content. Je souris comme un idiot en permanence ! »

Né sans péroné à cause d’une maladie congénitale, amputé sous les genoux à l’âge de 11 mois, Pistorius, quadruple médaillé d’or aux Jeux paralympiques, s’est mis dans la tête de briller en athlétisme avec les valides. D’abord interdit de compétition en 2008 après une étude qui indiquait qu’il tirait un avantage de ses prothèses, il a finalement obtenu le feu vert du TAS.

Longtemps incapable de réussir les minimums requis, il a aujourd’hui inversé la tendance avec un chrono étonnant.

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

Commentaire

Jusqu’à il y a peu, tant qu’il ne représentait pas une vraie menace pour eux, Oscar Pistorius bénéficiait de la sympathie générale des membres de la confrérie des coureurs de 400 m. Depuis mardi soir et son improbable chrono de 45.07 qui en fait le 15e performeur de l’année, on est entré dans une autre dimension et on peut se demander s’il sera toujours accueilli avec le sourire par ses pairs pour lesquels il est en train de devenir une vraie menace. Le monde est ainsi fait… Deux ans après avoir été obligée, par une décision du Tribunal arbitral du sport, de ne pas tenir compte d’une étude indépendante réalisée par l’Université de Cologne qui avait démontré que le Sud-Africain bénéficiait d’un avantage mécanique évident par rapport aux autres coureurs, la Fédération internationale se retrouve en tout état de cause devant un nouveau nœud. Car plus vite Pistorius courra, plus on se demandera si ce n’est pas grâce à ses jambes en fibres de carbone ; surtout quand, comme mardi, il améliore sa meilleure performance de 54 centièmes, une progression énorme à ce niveau.

Sans remettre en question l’extraordinaire courage de Pistorius, qui a surmonté un handicap qui en aurait abattu plus d’un, on ne peut pas (plus) affirmer désormais que les huit coureurs d’une épreuve où il sera au départ partiront à égalité. Comme se le demandait l’ancien coureur britannique Roger Black, sur le site de la BBC, est-il un athlète extraordinaire ou un très bon athlète qui bénéficie d’un avantage ? A méditer.