OU L'ON SE PREOCCUPE ENFIN DU PRIMAIRE

BOUILLON,PIERRE

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Jeudi 19 juin 1997

Où l'on se préoccupe enfin du primaire

Après des années d'oubli, l'école primaire revient enfin au centre du débat. Où il est question, d'ici la rentrée 1998, de modifier le calcul de l'encadrement, de renforcer la 2e langue et d'imposer la présence dans les écoles de « vrais» profs de gymnastique.

Bombardé des anathèmes les plus fleuris, le gouvernement de la Communauté française a tout de même eu le mérite d'annoncer la couleur dès le départ. Dès son installation, en juin 1995, l'exécutif fit entendre que la première moitié de la législature ferait couler du sang et des larmes (le secondaire l'a vérifié à ses dépens) en laissant supposer que l'autre moitié du bail, une fois l'essentiel de l'effort d'assainissement accompli, permettrait d'envisager des mesures (un peu plus) positives.

Nous y sommes, donc. Et les vents désormais (un peu) plus favorables devraient singulièrement profiter aux écoles maternelles et primaires. Volontiers tenues à l'écart des réformes, leur heure a enfin sonné.

Moyens de fonctionnement.

Premier signe de cet intérêt : dès janvier 1998, le fondamental verra ses moyens de fonctionnement relevés de 300 F par élève (il s'agit des sommes allouées pour l'entretien des bâtiments, l'achat de matériel, etc.). En fait, les écoles ne recevront que 200 F. Cent francs seront versés dans un «pot» qui servira aux écoles plus particulièrement défavorisées.

Plan en dix points. En avril, la ministre de l'Education, Laurette Onkelinx, a déposé un plan de réforme en dix points. C'est un «menu» de négociations à mener avec syndicats et fédérations de pouvoirs organisateurs (PO). Les discussions devraient s'amorcer sous peu. Mais dans toutes les hypothèses, aucun des points du catalogue proposé ne devrait entrer en vigueur avant la rentrée scolaire 1998.

Pour Onkelinx, ce plan en dix points est un «tout cohérent» qu'il est exclu de raccourcir. Mais le cas échéant, les partenaires pourraient proposer d'autres points (les syndicats, ici, devraient au moins soulever la question de l'organisation et du financement de l'accueil des enfants en dehors des temps de cours, par exemple).

Salaires. Ce plan en dix points promet d'abord de relever le salaire des maternelles et instituteurs pour l'aligner progressivement sur le régent (secondaire inférieur).

Ce projet est dans l'air depuis l'automne 1994, quand R. Dohogne (CSC) et J.-M. Ansciaux (CGSP) négociaient un préaccord avec l'ancien ministre P. Mahoux visant à un alignement progressif des salaires (1997-2005). Dénoncé par le PSC qui le jugeait trop cher (une fois réalisé, l'alignement coûterait 3 milliards), ce projet sera finalement intégré en juin 1995 dans la déclaration gouvernementale. Cet alignement est symboliquement important. Plus rien ne justifie un régime différent pour maternelles, instituteurs et régents. Depuis quelques années, la durée des études est identique (3 ans) et le préjugé «petits enfants = petit salaire» n'a plus cours.

Les trois salaires seront donc alignés. Selon quel rythme ? C'est l'enjeu de la négociation.

Normes. La réforme sera aussi l'occasion de modifier le mode de calcul de l'encadrement. Ce point ne concerne que le primaire (le système en maternelle a déjà été revu). Ce n'est pas qu'une opération technique. Comme on le lira ci-dessous, il s'agira de garantir la présence de maîtres spéciaux dans les écoles pour les cours d'éducation physique et 2e langue.

Que propose-t-on ? Depuis 1984, le primaire vit sous le régime du capital-période : le nombre d'enfants inscrits génère un capital d'encadrement que l'école gère à son gré. Elle peut, par exemple, renforcer le nombre de titulaires de classe quitte à leur faire donner les cours de gym, 2e langue ou la religion. A l'inverse, elle peut préférer embaucher des maîtres spéciaux dans ces disciplines.

Le capital-période devrait disparaître au profit du système classique de normes (exemple : tel nombre d'enfants de 2e année = «x» profs de 2e année).

Ces normes restent à négocier. Mais Onkelinx a déjà cité des exemples : 45 élèves permettraient de créer 3 classes (trois profs, donc), 108 permettraient d'en créer six. Le détail est à préciser mais l'on sait déjà que la réforme sera l'occasion de mettre fin aux petites fractions d'horaires. Certains profs, aujourd'hui, prestent des 1/6, des 1/8 d'horaires, etc. Le nouveau système ne prévoirait que des pleins temps et mi-temps.

Education physique. Les deux périodes/semaine de gym ne pourront plus être données par le titulaire de classe, mais par un régent formé à cet effet.

Deuxième langue. Idem pour la 2e langue qui sera donnée par un régent ou un instituteur détenant l'«approfondi de flamand».

Autre nouveauté : dans les écoles situées en Wallonie, la 2e langue (flamand, anglais ou autre, au choix de l'école) sera désormais obligatoire dès la 5e année (2 périodes/semaine).

Cours philosophiques. On va rationaliser le nombre de profs de religion/morale dans le réseau officiel. Désormais, il faudra que chaque groupe-classe compte au moins 5 élèves.

Plage-horaire. La réforme va réduire et uniformiser l'horaire des profs. Actuellement, les prestations des instituteurs maternels et primaires varient dans une fourchette de 22 à 28 périodes/semaine (22 à 26 dans le réseau officiel).

Ce système de «plage» sera supprimé. La maternelle prestera 26 périodes/semaine; l'instituteur primaire, 24. Par dérogation, le prof qui preste actuellement 22 périodes restera à 22.

Concertation. A ces prestations en classe, on ajoutera 2 périodes/semaine de concertation. Les profs mettront ces heures à profit pour échanger des informations, élaborer des stratégies d'école, etc. Au total, si la présence du prof en classe diminuera un peu, le temps passé à l'école restera identique. Notons que l'horaire de l'élève restera fixé à 28 périodes.

Gestion. Les écoles recevront une aide pédagogique ou administrative à raison d'un mi-temps dans les écoles au-delà de 500 têtes, un plein temps au-delà de 800.

Ecole de la réussite. Maintien des chargés de mission assurant la coordination dans le cadre de l'école de la réussite.

Discriminations positives. Tous les fonds et aides diverses participant à la mise en oeuvre des «discriminations positives » (davantage de moyens aux écoles en difficulté) seront réorganisées (un décret s'en chargera) pour les optimaliser.

P. Bn.