Oxfam contre l’UE sur le biocarburant

STAGIAIRE

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Mardi 18 septembre 2012

énergie La politique actuelle déplaît

Oxfam a publié lundi son rapport « Les Semences de la faim » alors qu’avait lieu la réunion informelle des ministres européens de l’énergie à Chypre. Dans ce rapport, l’ONG demande aux dirigeants européens de faire marche arrière sur sa politique d’intégration des biocarburants. La législation, en vigueur dans l’UE (Union Européenne) depuis 2009, vise à imposer un minimum de 10 % de biocarburants dans la consommation de combustibles pour l’horizon 2020. Cette politique vise à intégrer et favoriser la production de biocarburants de première génération (issus directement de la culture de céréales et végétaux oléagineux). Le problème qui se pose est celui de l’accaparement de sols cultivables en produits alimentaires pour produire ce biocarburant. Selon Oxfam, cette politique « prive des millions de personnes de leur accès à la terre, à l’eau et à l’alimentation ».

Autre problème de taille selon l’ONG, les denrées alimentaires ont connu « deux pics records au cours des cinq dernières années. Ils repartent aujourd’hui à la hausse, les cours du maïs et du soja atteignant des sommets inédits à l’été 2012 ». Les populations du Sud se trouveraient donc encore plus précarisées aussi bien au niveau de la production que de la consommation.

En 2011, la FAO (organisme en charge de l’Agriculture et la Nutrition au sein des Nations Unies) mettait déjà en garde sur ces risques d’insécurité alimentaire provoqués par la politique énergétique actuelle.

Outre le problème des ressources naturelles nécessaires, il y a aussi des impacts environnementaux négatifs. Si les biocarburants de première génération sont censés être moins nocifs dans l’émission de CO2, le calcul sur la vie complète (production, transformation, acheminement et consommation) est mitigé. La Banque Mondiale établit les biocarburants comme 18e en diminution de gaz à effet de serre. Dans une étude récente, l’Institut National (français) de Recherche en Agronomie parle même d’une « dette carbone » (nombre d’années nécessaires pour rendre la production rentable en matière d’émission de CO2) pouvant aller jusqu’à 167 ans.

La Commission réagit

Face à ces critiques et aux résultats mitigés, la Commission a fait part, la semaine passée, de sa volonté de « faire évoluer le bouquet énergétique de biocarburants en faveur des plus performants » et de faire plafonner l’intégration des biocarburants actuels à 5 % au lieu des 10 % prévus.

Peu convaincue, Oxfam a quand même publié son rapport lundi. La réponse ne s’est pas fait attendre : les commissaires européens Gunther Oettinger (Énergie) et Connie Hedegaard (Climat) ont réaffirmé que le plafond fixé pour les biocarburants de première génération correspond à la production actuelle et qu’ils vont désormais soutenir ceux de deuxième génération (déchets verts, plantes à croissance rapide…).

le « who’ who » des biocarburants

Bioéthanol, biodiesel

Le monde des biocarburants est encore un peu opaque. On trouve d’une part le bioéthanol, substitut à l’essence et le biodiesel, qui remplace le mazout. Pour ce qui est de la première génération, le bioéthanol est produit par fermentation de blé, maïs, betterave, canne à sucre, entre autres. Et le biodiesel se fait quant à lui à partir d’huiles (les principales sont celles de colza, tournesol, soja et palme). Cette génération comporte donc un problème de consommation ressources alimentaires. La deuxième génération se fait avec des plantes entières, non – comestibles, et des déchets agricoles. La troisième génération, encore à l’étude, serait à base d’algues, en principe plus rentables énergétiquement que les plantes terrestres.