Pâté de campagne Une Namur française, ce serait extra !

SCHARES,LUC

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Samedi 22 mai 2010

Toujours en verve, Paul-Henry Gendebien. Celui qui mènera cette fois encore la liste de Rassemblement Wallonie-France (RWF) à la Chambre en province de Namur n’a rien perdu de son énergie et de son sens de la formule. « La Belgique est un bateau ivre qui a heurté un iceberg. Cela vous rappelle le Titanic ? La seule différence avec le fameux navire, c’est qu’il n’y a pas de musique. Le pays n’a même plus de quoi s’offrir un orchestre. Par contre, on entend chaque jour les cris de désespoir des politiciens francophones qui assistent au naufrage… »

Et donc, bien mieux qu’une planche de salut, la France est ce pays vers lequel le RWF a les yeux rivés depuis sa fondation. Si la Wallonie avait le bon goût de s’intégrer à l’Hexagone, qu’on devrait du coup rebaptiser, elle deviendrait la vingt-troisième région de la cinquième puissance économique mondiale. Mais attention, pas une sous-région. D’abord, elle occuperait le 7e ou 8e rang de la nation par sa démographie et son poids économique. Ensuite, elle serait dopée par des investissements publics que la France pourrait s’offrir à bien moindre coût que l’Allemagne et sa réunification. « Nous imaginons pour Namur un rôle de véritable capitale régionale, ce qui n’est pas le cas actuellement, expose Paul-Henry Gendebien. Cette ville conserve un caractère provincial prononcé. Nous avons des projets ambitieux pour Namur. Comme en faire une communauté urbaine de 200.000 habitants et stimuler le rôle de son université, les transports, les communications. Par exemple, nous avons toujours défendu une liaison par voie de chemin de fer entre Dinant et Givet. Bien sûr, il y a un intérêt local. Mais surtout, cela permet de relier le centre de la Wallonie au TGV Est et d’ainsi accéder à Paris plus rapidement. » Bref, faire de Namur une ville française qui compte et le vrai pôle administratif, économique et culturel

de la Wallonie.

Voilà de quoi titiller les Namurois. Sauf que, pour en arriver là, un deuil doit être fait, celui d’un « pays devenu ingouvernable », placé « en affaires courantes depuis 2007 et sans doute jusqu’à la fin de l’année, présidence européenne oblige ». Le RWF ne voit aucune issue à la poursuite d’une vie en commun avec la Flandre : « Le cadre belge est mortifère et conflictuel par nature et par définition. »

En fait, le RWF refuse l’étiquette de francophile à tous crins. Entre s’abaisser à de sempiternelles concessions au séparatisme flamand pour déboucher sur un confédéralisme mou – la peste –, aller au casse-pipe en voulant jouer les cavaliers seuls – le choléra –, et la France dont nous partageons la langue et une bonne partie de la culture, son choix est vite fait. Au passage, Paul-Henry Gendebien rappelle que quarante des cent plus grandes entreprises de notre région sont déjà sous contrôle français.

La crise éveillera-t-elle un élan vers le RWF ? Pas sûr. En tout cas, Paul-Henry Gendebien ne sera pas élu. Namur française, pas pour cette année…