Zoom sur les Maisons du peuple

MARECHAL,GISELE

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Mardi 19 octobre 2010

Patrimoine Françoise Fonck nous plonge dans la culture ouvrière

Requiem pour l’architecture ouvrière de toute une époque. Ainsi pourrait-on intituler l’ouvrage de l’historienne de l’art liégeoise Françoise Fonck, et édité par l’Institut du Patrimoine wallon. Les Maisons du peuple en Wallonie constitue une étude scientifique, sociale et architecturale, accessible au grand public. L’auteur a réalisé l’ouvrage à la demande de Jean-Claude Marcourt, qui souhaitait voir éditer un état des lieux des Maisons du peuple en Wallonie.

Son constat est diversifié. « Certaines Maisons du peuple ont su traversé le XXe siècle sans encombre, et demeurer telles quelles, conservant leur vocation culturelle – un lieu de convivialité doublé d’une salle culturelle ou de fêtes superbe, comme à Lodelinsart. Par contre, plusieurs maisons ont perdu cette vocation. Parfois avec succès. Celle de Lessines, par exemple, s’est transformée en cabinet de vétérinaire doublé d’une habitation. Celle de La Louvière – mon coup de cœur – est transformée en maison du Tourisme et des Associations. Certaines se sont dénaturées, comme l’immeuble triangulaire du centre de Ghlin. Pour certaines enfin, une restauration s’avère urgente. La façade de la Maison du peuple de Boussu, par exemple, est garnie de ‘sgraffites’, où sont représentés les métiers locaux, mais excessivement altérés par la pollution. »

Françoise Fonck s’est penchée sur l’identité de ces maisons. « Leur raison d’être première, c’était un lieu où confectionner le pain, entre ouvriers indépendants. Ensuite, se sont accolées des magasins coopératifs, des caisses sociales de prévoyance, des cinémas, des salles culturelles… La classe ouvrière embellissait ses lieux de balcons, de somptueuses salles à colonnades, d’escaliers quasi monumentaux, de bas-reliefs voire de sculptures. »

Ces Maisons du peuple sont dans certains cas, restés les témoins désuets d’une époque révolue.

En vente à l’institut du patrimoine wallon à Namur. 25 euros. 081/230.703. www.institutdupatrimoine.be.

En chiffres

1872

construction de la première Maison du peuple à Jolimont (la Louvière). Elle s’est reconvertie aujourd’hui en home de personnes âgées. La plupart des édifices ont été construits fin du 19e siècle, début du 20e siècle.

142

le nombre de Maisons du peuple que Françoise Fonck a répertorié en Wallonie – plus de nombreux petits cafés non répertoriés en tant que patrimoine. En Hainaut, elle a identifié 81 lieux dédiés à la classe ouvrière, contre neuf en Brabant wallon et 17 à Namur. Mais c’est en province de Liège qu’ils sont les plus nombreux.

7

les maisons classées, dont quatre en Hainaut (toutes en Borinage : Dour, Elouges, Wihéries et Pâturages).

À Dour

Les défis de la sauvegarde

Quand Sylvain Auzende a repris la Maison du peuple de Dour voilà 21 ans, il a eu envie, un temps, de tout changer. Mais le bâtiment est classé. Sa conservation entraîne donc une série de défis quotidiens.

Les vitraux de façade ont hélas disparu. Pas ceux des portes intérieures, « dont les motifs géométriques symbolisent la franc-maçonnerie, m’a dit un ancien client. Mais voilà : en cas de bris, il est quasi impossible de trouver des pièces identiques. Et il est très difficile de trouver des professionnels de la fixation des vitraux à l’étain ».

Le stuc du plafond est préservé. « J’ai de même, conservé le carrelage, les boiseries murales, en bois africain précieux. » Par contre, le bar et la cave sont adaptés aux exigences de l’Afsca (sécurité alimentaire). « Et je trouve aberrant que je ne puisse pas remplacer mes châssis pourris (qui ne sont même pas les guillotines d’origine) par des nouveaux en PVC imitation bois, supports de doubles vitrages. »