Paul Magnette PS 72 %

n.c.

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Samedi 5 juin 2010

Sa vision : 30/40

Sa vision : 30/40

Paul Magnette a un avantage : il succède à Marc Verwilghen (OpenVLD) qui fut au portefeuille de l’énergie ce que Mickaël Vendetta est à la télévision française. Soit une image et du son sans fond. Le Carolorégien s’est très vite investi et a creusé la matière, multipliant les contacts, jusqu’à se faire une opinion et à tracer une véritable ligne politique. Sans verser dans l’orthodoxie : convaincu de la nécessité de sortir du nucléaire, il a esquissé une méthode pour réaliser cet objectif.

En matière d’environnement, Paul Magnette s’est également abreuvé auprès des meilleurs et plus ambitieuses sources. En pointe sur le climat, sur le développement durable, cherchant à utiliser les interstices de la législation européenne pour mettre la Belgique en tête du peloton, il n’est cependant pas resté insensible aux arguments du privé et a su faire marche arrière ou réduire ses ambitions en cas d’obstacle, notamment lorsqu’il a fallu toucher à la publicité.

Son action : 29/40

Si l’idée venait de Guy Verhofstadt, Paul Magnette a « rapporté » 500 millions d’euros dans les caisses de l’Etat par le biais d’une taxe de 250 millions d’euros qui a frappé le nucléaire en 2008 et en 2009. Il a mis le service de médiation de l’énergie (attendu de longue date) sur les rails, travaillé à une simplification des factures et exclu les producteurs privés (surtout GDF Suez) de la gestion du réseau de transport gazier (Fluxys). Seul bémol mais de taille : crise gouvernementale oblige, il n’a pas pu finaliser la prolongation du nucléaire et la mise en place d’un système de contrôle des prix de l’électricité.

Dépositaire d’une compétence en cours d’« évaporation » au niveau fédéral, Magnette n’a pas de miracle à mettre à son actif en matière d’environnement. Il fut très présent sur le dossier climat, mais dépendant des Régions et de leur « mano a mano ». Son Printemps s’est enlisé dans des querelles de lobbies et a été lancé à la veille des élections régionales, une erreur stratégique. Résultat : quelques mesures, beaucoup d’études. Peu d’avancées vraiment tranchantes.

Sa communication : 13/20

Rare ministre à être « descendu » expliquer son action, Magnette n’a pas rechigné à la tâche pour se faire entendre. Mais gare à qui le critique : la réaction peut être cinglante. Ce qui, dans une compétence très partagée comme l’environnement, a parfois débouché sur des crispations et des énervements.

Charles Michel MR 62 %

Sa vision : 22/40

Sa vision : 22/40

Ambitieux, déterminé et pragmatique, Charles Michel n’a pas d’œillères, mais son regard pétillant est toujours tourné dans deux directions. L’œil droit rivé à la politique belge et à son destin personnel, et le gauche braqué sur le Sud, avec un souci simple : comment faire arriver à bon port le lourd bateau de la coopération, défendre son budget, en optimaliser l’usage.

La coopération au développement, il en a hérité, il travaille ses dossiers en élève sérieux et attentif, mais ce n’est pas sa passion principale, qui est la politique belge : il lui manque une vision personnelle.

Son action : 30/40

Vif, rapide sur la balle, Charles Michel devance facilement ses rivaux et prédécesseurs. Il a adoré griller son collègue des Affaires étrangères Karel De Gucht en allant par exemple fin 2008 rencontrer Kabila à Kinshasa, pour amorcer un rapprochement en pleine brouille belgo-congolaise. C’est son côté très politique. Il a de qui tenir…

En matière de coopération pure, il va à l’essentiel : valoriser son budget, éviter le saupoudrage, concentrer l’aide sur certains secteurs prioritaires. Et confie des budgets importants aux organisations internationales, ce qui soulage sa propre bureaucratie et renforce sans trop de peine son aura sur la scène internationale.

Sa communication : 10/20

Charles Michel aime bien faire et surtout le faire savoir. Les communiqués pleuvent, les rencontres avec la presse se succèdent, mais les messages délivrés, en matière de coopération au développement, manquent parfois de consistance. Le ministre réagit au quart de tour, il a son avis sur tout, et surtout sur la politique belge. Mais trop de messages brouille le message et à force de trop l’entendre parler, on oublie ce qu’il a voulu dire !

Inge Vervotte CD&V 56 %

Sa vision : 25/40

Sa vision : 25/40

Elle aurait sans doute figuré dans les meilleurs élèves du gouvernement si la législature s’était déroulée « normalement » dès le début en 2007. Mais elle en a claqué la porte pour suivre Leterme dans sa démission en décembre 2008 avant de revenir à ses compétences initiales en novembre 2009. Difficile dans ces conditions de tracer une véritable ambition politique et de s’y tenir. Même si son retour aux affaires a rappelé favorablement toute la différence d’engagement avec celui qui l’a remplacée durant un an (Steven Vanackere). On a donc donné des bons points aux entreprises qui rapportent de l’argent à l’État (Belgacom, La Poste) mais la fonction publique de demain, la poursuite (ou non) de la mise en concurrence européenne des entreprises publiques, on en parlera dans un autre gouvernement.

Son action : 21/40

Son côté jeune femme loyale qui refuse de se faire mousser en a séduit plus d’un(e). Qui apprécient qu’elle aime faire les choses « comme il se doit », dans le respect des procédures, avec autant de rigueur morale que fonctionnelle. Le respect du travail parlementaire en fait partie. Elle n’y a jamais dérogé.

Mais on attendait beaucoup de la part de la ministre sur la réforme de la Fonction publique, qui devait être un des grands chantiers de la législature, on n’a rien vu venir. Si l’on excepte un accord sectoriel conclu avec les organisations syndicales augmentant les primes de fin d’année, ce fut le désert : sélection des top-managers, systèmes de mandats, statut… Silence radio.

La gestion des entreprises publiques a été, elle, mieux suivie, notamment dans le respect des aspects « sociétaux » surveillés lors du renouvellement des contrats de gestion des filiales de la SNCB et de la Poste. Mais aussi parce que l’actualité l’a imposé lors des grèves concernant ces deux derniers secteurs. Et le malheureux point d’orgue de cette actualité fut l’accident ferroviaire de Buizingen où, là, Inge Vervotte a démontré à la fois sa présence, son contrôle et l’application du juste rôle du politique par rapport aux responsables directs des filiales du chemin de fer. Un rare sans-faute politique de ce gouvernement. Mais (heureusement) limité dans le temps.

Sa communication : 10/20

Prenez une retenue naturelle, un respect de la voie hiérarchique ajoutez-y la volonté d’éviter de sombrer dans les facilités « people », un soupçon de pragmatisme électoral visant à s’expliquer avant tout devant les médias flamands et vous obtenez une « com » francophone fatalement limitée et trop facilement institutionnelle. Ici encore, une exception de taille : l’accident de Buizingen. Inge Vervotte y a employé un ton juste, mêlant affliction sincère, contrôle des émotions et rigueur de l’information délivrée.

Vincent Van Quickenborne Open VLD 65 %

Sa vision : 30/40

Sa vision : 30/40

En tant que membre de l’Open VLD, il a une vision très idéologique et très libérale des choses. Il voulait par exemple la suppression des offres conjointes sans conditions, la suppression des soldes… Des points de vue bien souvent à l’opposé de ceux du PS qui veut davantage de régulation dans l’économie pour protéger les consommateurs. Il a aussi souvent été en porte-à-faux avec une autre libérale, Sabine Laruelle, qui défendait bec et ongles les intérêts des petits commerçants.

En matière de télécoms, une autre de ses compétences, Van Quickenborne était convaincu que l’arrivée d’un quatrième opérateur GSM ferait baisser les prix. Il n’a pas eu le temps d’y arriver puisque la procédure d’attribution de cette licence selon le principe des enchères est prévue pour la fin de l’année. Au sein du gouvernement, il était sans doute le seul à vouloir privatiser entièrement Belgacom. Et donc que l’Etat cède ses 53,5 % du capital.

Son action : 23/40

Il a mené pas mal de dossiers à bien (transposition de la directive « crédit à la consommation et pratique du commerce », création de l’observatoire des prix…). Il a beaucoup bataillé avec les deux autres ministres (Magnette, Laruelle) qui avaient des compétences en matière de protection des consommateurs. Au niveau de la régulation des télécommunications, Van Quickenborne a par contre réussi à imposer un nouveau conseil de l’IBPT plus indépendant que le précédent. Il connaît bien son sujet mais semblait plutôt agir comme un « geek ». On l’appelle d’ailleurs « Mister gadget » et lui se complaît à s’appeler « Mister Q » (comme dans les films de James Bond).

Sa communication : 12/20

Vincent Van Quickenborne est très fort pour les effets d’annonce. Mais après, bien souvent, c’est le vague ; ou alors il se trouve en opposition idéologique flagrante avec les autres membres du gouvernement (PS surtout)… Le ministre de l’Entreprise est aussi très branché et très doué en gadgets (cf. ses « scoops » sur Twitter avec une photo de ses chaussures en kern ou encore du Premier ministre Yves Leterme). Des trois ministres qui avaient en charge des compétences liées à la protection des consommateurs, c’est lui qui a réussi à faire le plus parler de lui.

Il a d’ailleurs commis une sérieuse bourde au début de l’année avec une déclaration sur le fait qu’il valait mieux privatiser Belgacom… Il s’est d’ailleurs fait taper sur les doigts par la ministre de tutelle de Belgacom Inge Vervotte (CD&V). Et la CBFA lui a dit qu’elle le tenait à l’œil. Ce genre de déclaration, en pleine journée et alors que les Bourses étaient ouvertes, aurait pu avoir un impact sur la cotation de l’entreprise. Mais il n’y en a finalement pas eu.