Pavillon des passions

ROBERT,FRANCOIS

Page 8

Vendredi 3 novembre 2006

Patrimoine Une oeuvre controversée

La fresque sulfureuse des Passions humaines sera restaurée. Elle ne côtoiera pas un musée islamique.

La protection du patrimoine bruxellois suscite parfois questions et controverses. C'est le cas du « pavillon des Passions humaines », signé Horta, situé dans le parc du Cinquantenaire. Celui-ci abrite un bas-relief de l'artiste anversois Jef Lambeaux qui représente les péchés et la félicité de l'humanité. Il sera restauré en 2007, grâce à Beliris (un budget fédéral de 636.000 euros). Le problème ? Le bâtiment se trouve sur le terrain concédé par bail emphytéotique jusqu'en 2068 à la Grande Mosquée de Bruxelles. Or, la concession prévoit l'érection possible d'un musée islamique. Ce sont les parlementaires VLD Carla Dejonghe et Luc Van Biesen qui ont levé le lièvre en demandant à Marc Verwilghen, ministre de tutelle, où en était le projet de restauration du pavillon.

Le Cinquantenaire est classé depuis novembre 1976. Le site fut créé en 1880 lors de l'exposition célébrant les 50 ans de l'indépendance. En 1897, il servit de cadre à l'Exposition universelle.

Le bâtiment de la Grande Mosquée est en fait l'ancien « Panorama du Caire », construit en 1880 par Ernest van Humbeek dans un style arabisant. Attraction vedette de l'Expo universelle, la construction se dégrada ensuite, ce qui lui valut, en 1909, le titre de « Sordide Verrue ». Acheté en emphytéote par l'Arabie saoudite, l'édifice a été restauré et réaffecté en mosquée en 1978.

Scandaleux, immoral

Le pavillon des Passions humaines, lui, a été construit en 1889 par Horta (son premier édifice). La petite construction, encore assez éloignée de l'Art Nouveau, fut érigée pour abriter l'oeuvre de Jef Lambeaux : un marbre, commande des autorités belges, qui fit scandale au point d'être fermé trois jours après son inauguration, car jugé immoral. A noter que le scandale se doubla d'un conflit entre Lambeaux et Horta, accusé d'avoir mal mis en valeur l'oeuvre de l'artiste.

Nouveau scandale en vue en 2006 ? Les parlementaires VLD évoquent une dépense inutile pour une oeuvre menacée de disparition, au vu des projets de la Grande Mosquée. Pas d'inquiétude, cependant : le pavillon, classé le 18 novembre 1976, est protégé. Il semble hors de question qu'il accueille un jour un musée islamique : fresque sulfureuse et islam ne font pas bon ménage.

Quid du musée ? Pas de réponse pour l'instant à la Grande Mosquée, son responsable étant absent. On évoque toutefois en coulisse la possibilité d'un échange de bâtiment pouvant accueillir le musée. En attendant, la fresque de Jef lambeaux et son écrin Horta seront bel et bien restaurés en 2007.