Il faut créer cent emplois par jour
DEMONTY,BERNARD
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Samedi 18 décembre 2010
Pensions Travailler jusqu’à 70 ans, cela ne suffira pas, selon une nouvelle étude
Et manifestement, la tâche sera lourde. Jean Hindriks, professeur à l’Université de Louvain et membre du groupe de recherche Itinera, publie aujourd’hui une étude sur la question (1). Avec une conclusion : porter l’âge de la retraite jusqu’à 70 ans ne suffira pas. Il faudra, en plus, créer plus de 33.000 emplois par an, soit 100 par jour.
Les problèmes
Selon l’étude, les dépenses de Sécurité sociale explosent. « Entre 2000 et 2010, elles ont augmenté de 28 milliards d’euros. C’est plus que sur la période de 20 ans qui a précédé, où la hausse était de 27 milliards », dit Jean Hindriks. En d’autres termes, ces dépenses ont été multipliées par cinq en 30 ans. Nous sommes aujourd’hui le pays d’Europe avec les dépenses sociales les plus élevées en proportion du revenu national. « Si la Belgique se trouve aujourd’hui face à un défi aussi lourd concernant les pensions, c’est qu’elle a appliqué, dans le passé, une stratégie erronée, estime Jean Hindriks. Les gouvernements successifs ont estimé qu’il fallait retirer les plus âgés du travail pour laisser la place aux jeunes. Ils sont aussi partis du principe que le progrès social, c’était partir en retraite anticipée. Cela s’est avéré très coûteux pour la Sécurité sociale. »
Le taux de dépendance augmente fortement Si l’on estime que l’âge de la vieillesse est atteint à 65
Si l’on estime que l’âge de la vieillesse est atteint à 65 ans (âge légal de la retraite en Belgique), le taux de dépendance de la population, c’est-à-dire le rapport entre les plus de 65 ans et les 20-64, va augmenter très fortement. « Actuellement, le taux de dépendance est de 28,67 %, dit Jean Hindriks. En 2050, il dépassera les 48 %. C’est le résultat combiné d’une baisse des taux de natalité et d’un accroissement de la longévité. » En outre, le taux de dépendance économique va également augmenter. Il s’agit du nombre de pensionnés par travailleur. « A politique inchangée, le taux de dépendance économique va passer de 54,1 % en 2010 à… 85,59 % en 2050. » Pour le professeur, « la conséquence de ce changement est redoutable, puisqu’à politique inchangée, elle implique une baisse des pensions légales de 60 % ou une hausse des cotisations de 60 % ».
Les solutions
Le remède classiquement invoqué pour financer les pensions, c’est d’allonger les carrières. Mais d’après l’étude d’Itinera, cela ne suffira pas. Jean Hindriks a élaboré un scénario. « Nous avons considéré que l’âge légal de la retraite passera à 67 ans en 2020, à 68 ans en 2030, à 69 ans en 2040 et à 70 ans en 2050. Le taux d’emploi des plus de 65 ans serait identique à ce qu’il est actuellement pour les 60-64 ans, soit, 18,79 %. » Cette augmentation progressive de l’âge légal de la pension donne un taux de dépendance économique (le nombre de pensionnés par travailleur actif) de 80,3 % en 2050, contre 85,6 % si l’on ne fait rien. Pour Jean Hindriks, le verdict est clair : une politique de l’âge à très peu d’effet sur l’évolution du taux de dépendance économique si elle n’est pas accompagnée d’un redressement des taux d’emploi.
Faire baisser le chômage Puisque l’augmentation de l’âge de la retraite ne suffira pas (lire ci-contre),
Puisque l’augmentation de l’âge de la retraite ne suffira pas (lire ci-contre), il faudra aussi augmenter le taux d’emploi. Jean Hindriks a fait une simulation, avec un taux d’emploi des 20-24 ans qui passerait progressivement de 43,76 % à 50 %, un taux d’emploi des 55-59 ans qui passerait de 50 à 75 % et un taux d’emploi des 25-54 ans qui passerait de 79,7 % à 83 %. « Si l’on combine cette politique à un report de l’âge de la retraite à 70 ans en 2050, on stabilise le taux de dépendance économique (le nombre de pensionnés par travailleur actif) à son niveau de 2010. » Le financement des pensions est alors assuré. Mais augmenter le taux d’emploi de cette façon est un fameux défi. Jean Hindriks a calculé le nombre de postes qu’il faudrait créer : 33.157 emplois en moyenne par an. Soit à peu près… 100 emplois par jour. Mission impossible ? Non, estime Jean Hindriks. « Si l’on prend l’évolution de l’emploi de 1999 à 2009, on n’est pas loin d’une hausse de 30.000 emplois par an. » Pour Jean Hindriks, le défi de demain, c’est donc l’emploi, y compris celui des Belges de plus de 65 ans. « Le défi est réalisable, mais il faut que la Belgique sorte de sa bulle institutionnelle. »
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