Périple d’une banane équitable

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

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Mercredi 22 octobre 2008

La Une Sur « Questions à la Une », un commerce qui profite aux intermédiaires

Comme le bio ou l’humanitaire, le commerce équitable passe pour un exemple mais ses coulisses peuvent laisser penser le contraire. Après un numéro consacré à la pêche, c’est au fruit de la terre que s’intéresse Questions à la Une avec deux reportages consacrés l’un aux pesticides et l’autre au commerce équitable.

Pour ce faire, Philippe Lamair et Michel Renard ont enquêté sur deux des organismes les plus importants en la matière, Max Havelaar et Oxfam. Pour illustrer leur propos, ils ont choisi de suivre le chemin d’une banane entre le Pérou et votre grande surface préférée. Le résultat est passionnant et, par moments, saisissant.

Ainsi, comme l’explique Christian Jacquiau, auteur du livre Les coulisses du commerce équitable, « on est passé du commerce équitable au commerce de l’équitable ». Ce qui signifie que, malgré les apparences, la part qui revient aux petits producteurs est infime alors que le principe du commerce équitable est tout de même de payer la récolte à un prix juste, équitable, et d’en faire profiter les petits producteurs locaux.

En remontant la filière Max Havelaar, le reportage montre comment le commerce équitable aboutit à exclure du processus des producteurs locaux trop petits pour intégrer une coopérative, des ouvriers et des journaliers qui, finalement, ne voient, au quotidien, pas la moindre différence entre le fait que la production de bananes soit vendue selon les règles du commerce équitable ou celles du commerce le plus classique qui soit.

Quand un kilo de bananes quitte le Pérou, il coûte 29 centimes d’euros le kilo. Quand il quitte le port d’Anvers, il coûte 65 centimes le kilo. Quand on le retrouve à l’étal du supermarché, il coûte 2,39 euros le kilo. Que s’est-il passé entre-temps ? Les enseignes de la grande distribution expliquent que leur marge est moindre sur les produits issus du commerce équitable.

Qui en profite

exactement ?

Il n’empêche : même si le constat est tout à fait différent dans le cas d’Oxfam que dans celui de Max Havelaar, ce sont les intermédiaires et les supermarchés qui sont les principaux bénéficiaires de l’instauration d’un label équitable. Les producteurs locaux n’en profitent que moyennement et, à l’arrivée, c’est le consommateur occidental un brin culpabilisé par la situation du sud qui paye la note. Chez Flo, le bras financier de Max Havelaar, on ne dit pas autre chose : « Le commerce équitable doit être intéressant pour les négociants. S’ils doivent tout prendre en charge, cela ne marchera pas. »

Questions à la Une, la Une, 20 h 20.