Philippe Detienne vit jour et nuit au rythme du tourisme rural Dix ans de Gîtes de Wallonie

BODEUX,JEAN-LUC

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Samedi 13 mars 1999

Philippe Detienne vit jour et nuit au rythme du tourisme rural Dix ans de Gîtes de Wallonie

Le tourisme rural a le vent en poupe, mais doit intensifier ses efforts de promotion et de collaboration entre réseaux.

UN ENTRETIEN

de Jean-Luc Bodeux

Ce samedi, l'ASBL Gîtes de Wallonie fête ses 10 ans. Son président, Philippe Detienne, habite dans un gîte qu'il loue toute l'année à Givry (Bertogne), en pleine nature. Ce bain complet lui permet de bien comprendre la problématique du tourisme rural, en pleine expansion.

* Votre ASBL est-elle née dans la foulée des Gîtes de France, comme d'autres associations qui ont été calquées sur des structures françaises?

*C'est une poignée de propriétaires qui ont eu envie de créer cette ASBL. Il n'existait rien d'officiel en dehors des associations de tourisme à la ferme, Utra et Fétourag. L'esprit reste similaire à celui de la France, mais nos voisins gèrent la création des gîtes, les primes, les classifications. Ici, la Région wallonne octroie les reconnaissances.

*Les différences sont également marquées sur le terrain?

*Il est difficile de comparer. La France a une longue tradition des gîtes. Leur association existe depuis 40 ans. Côté chiffres, il y a 50.000 hébergements. Leurs guides sont donc publiés département par département. En Wallonie, notre ASBL gère 500 gîtes et meublés, plus 250chambres d'hôtes. Il faut y ajouter les 350 gîtes à la ferme.

*Les adhésions sont à la hausse. Mais n'y a-t-il pas un risque de saturation?

*De fait, nous progressons. Nous n'étions encore qu'à 375gîtes en 1998, à 200 en 1994. Vu cette représentativité, nous publions désormais nos propres guides «Chambres d'hôtes» et «Gîtes ruraux», qui sont vendus en librairie. Mais il y a énormément d'hébergements non reconnus. L'estimation grossière est de 50.000. Tous ces gens fonctionnent en dehors de toute reconnaissance, mais ce n'est pas illégal. Evidemment, ils ne peuvent prétendre à aucun subside. Ceci dit, il n'y a pas saturation, notamment en province de Luxembourg, même si c'est là qu'il y a largement le plus de gîtes. Par exemple, Torgny, qui est un des plus beaux villages de Wallonie, n'a qu'un hébergement de ce type. Et il n'y en a aucun dans le parc naturel du Val d'Attert. On poursuit donc la promotion, car la demande est forte, notamment pour des gîtes de grande capacité.

*Mais la promotion va bien au-delà.

*Bien sûr. Notre plan d'action 1999 visera à attirer de nouveaux propriétaires, mais aussi à renforcer la structuration du réseau par l'organisation de réunions de contact par région, à développer la formation. Sans oublier la promotion de nos guides, ici et à l'étranger, et l'entrée dans le monde Internet.

*D'autres projets?

*On souhaite développer davantage les gîtes à thème. Il existe déjà les gîtes Panda, basés sur la nature. Des gîtes pêche, équestre, cyclos, etc., devraient suivre. Mais on veut éviter que chaque réseau ne crée ses propres labels. C'est d'ailleurs dans ce sens que nous souhaitons créer une confédération avec Utra et Fétourag, pour accroître notre force et notre représentativité. Mais ce n'est pas simple!

*Vu la croissance de ce secteur, n'y a-t-il pas une concurrence avec l'hôtellerie classique?

*Il y a de la place pour tout le monde. Notre clientèle n'est pas celle de l'hôtellerie. Elle est complémentaire. Ce sont surtout des familles qui viennent dans nos gîtes et qui n'iraient pas ailleurs. Par contre, elles apportent un plus à l'horeca, car ce sont de gros clients.

*Les gîtes sont-ils une bonne source de revenus?

*C'est une idée fausse. La Région octroie une prime de 300.000 F maximum, et les investissements sont lourds, car nos hôtes sont de plus en plus exigeants. Désormais, il faut en moyenne 1,5 à 2 millions pour un aménagement. Louer des gîtes constitue donc un revenu d'appoint. La base fondamentale, c'est l'attrait de la rencontre.