Plus de six millions alloués aux cultes

DE VOGELAERE, JEAN-PHILIPPE; CHALKLIN,MICHAEL; SONON,CHRISTIAN

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Vendredi 22 janvier 2010

Région Certaines communes demandent plus de rigueur aux fabriques d’église

Les fabriques d’église auraient tout à gagner d’une fusion. Comme cela a été réalisé avec les communes et les CPAS. Ce serait une manière de faire des économies d’échelle. »

Dans sa commune, Gérard Couronné, le bourgmestre MR-IC de Genappe, compte huit fabriques d’église, huit cures et onze églises. Depuis cinq ans, il tente de négocier avec l’archevêché de Malines-Bruxelles le fait que les curés de son entité puissent partager les mêmes presbytères. En vain. Tout ce qu’il vient d’obtenir, c’est la désaffectation de la cure de Baisy-Thy, propriété communale et à présent en vente.

Il est vrai que, comme pour les autres villes et communes du Brabant wallon, les sommes allouées aux fabriques d’église (synagogue et églises protestantes comprises, et dont les frais sont parfois partagés par plusieurs entités) sont conséquentes (voir l’infographie comparant les montants avec ceux alloués à la laïcité). Pour les 27 communes, on obtient un total de plus de 6,2 millions d’euros. Une somme annuelle dont il faudrait retirer 3 millions qui correspondent à un one-shot brainois pour rembourser l’emprunt de la rénovation de l’église Saint-Étienne.

En bon père de famille

On pourrait ainsi comprendre que certaines communes demandent aux fabriques d’église des efforts de rigueur. C’est le cas à Mont-Saint-Guibert. « Au milieu de la décennie, nous avions demandé à nos trois fabriques de gérer de manière optimale leurs biens, explique le bourgmestre Jean-François Breuer (MR). Et notamment de valoriser leurs terrains à bâtir. Elles ont toutes suivi, sauf celle de Hévillers, au patrimoine conséquent. En 2009, nous avons ainsi refusé d’avaliser son budget extraordinaire. »

Président de fabrique d’église à Wavre, François Verkaeren retourne, lui, la situation : « Il ne faut pas oublier que les églises ont été dépouillées de leur patrimoine à l’époque française. L’intervention communale n’est donc qu’un juste retour des choses, que la fabrique soit propriétaire de son église (comme à Limal) ou non, pour garantir la liberté du culte. Je ne suis pas sûr qu’en fusionnant les fabriques par entité, on y gagnerait. Le coût sera le même. Je pense pouvoir dire que nous gérons toutes les fabriques en bon père de famille. Notre problème, c’est que nos bâtiments sont vieux, classés et donc coûteux à rénover. Je rappelle aussi qu’une quête par mois revient obligatoirement à la fabrique pour l’entretien, le chauffage et l’électricité. »

La Province aide davantage la laïcité

Les différents cultes aidés à raison de 278.600 euros, et la laïcité pour 739.360 euros. Telle sera la quote-part 2010 de la province du Brabant wallon qui, au contraire des communes, aide donc davantage la laïcité. Et ce, suite à toutes une série d’obligations légales en la matière.

Au cabinet du député provincial Pierre Boucher (MR), responsable de cette matière, on nous rappelle ainsi que la province a l’obligation légale d’intervenir dans les indemnités de logement des desservants de l’église orthodoxe (12.400 euros), de l’Archevêque de Malines-Bruxelles (12.400 euros), des desservants du culte musulman (28.800 euros) et dans les déficits des fabriques d’église reconnus (environ 100.000 euros par an).

Pour ce qui concerne la laïcité, la province se doit d’abord de couvrir les frais de fonctionnement de l’établissement d’assistance morale du conseil central laïque de la province du Brabant wallon. Soit 459.360 euros en 2010, contre 421.660 euros l’année dernière.

« En 2008, la province a aussi conclu un contrat de gestion avec l’ASBL Fédération des Maisons de la Laïcité afin de coordonner les projets d’acquisitions ou de travaux immobiliers, de contribuer à la promotion et aux développements des idéaux de laïcité, de favoriser les contacts et les échanges entre les maisons de la laïcité, d’encourager les activités telles que conférences, débats, animations ou expositions, et de veiller dans toutes ces initiatives à contribuer activement à véhiculer une image positive de l’institution provinciale, précise-t-on au cabinet de Pierre Boucher. Pour cela, la Fédération perçoit annuellement 280.000 euros sur les budgets ordinaire et extraordinaire. »

Il l’a dit

Trois fabriques pour un village

« Le seul village de Malèves-Sainte-Marie-Wastines compte trois fabriques d’église. Même si Sainte-Marie ne réclame pas de subside parce qu’elle dépend du prieuré, il n’en est pas moins vrai que ces églises – qui n’attirent plus qu’une poignée de pratiquants – coûtent cher à la collectivité ! Même si je suis catholique, je prône donc une meilleure utilisation de ce patrimoine. Il faudrait transformer certaines églises en chapelles et y remplacer le culte par des activités culturelles, telles que théâtre, concerts et expositions. »

Xavier Cornet d’Elsius (DRC), échevin du culte à Perwez.

« Il est temps d’implorer sainte Rita ! »

entretien

Le président du Centre public d’action sociale de Braine-l’Alleud, Olivier Parvais (PS), a fait une intervention personnelle remarquée au conseil communal de Braine-l’Alleud, appelé à voter le budget 2010, à propos du coût que représentent les fabriques d’église. Interview.

Pourquoi cette intervention ?

Le financement des fabriques d’église m’interpelle en tant que président du CPAS qui tente de gérer chaque année un millier de dossiers sociaux. Avant de dépenser un euro, on y regarde à deux fois. Or, pour les fabriques, j’ai été frappé de constater un doublement des dépenses en quatre ans. J’ai posé la question : quel garde-fou avons-nous ? La réponse a été simple : aucun.

À combien s’élèvent aujourd’hui ces dépenses ?

À 225.000 euros par an, outre 7.500 euros d’indemnités pour le logement des prêtres et le remboursement de l’emprunt contracté pour la rénovation de l’église Saint-Étienne dont le montant total était de 3 millions d’euros.

Comment avez-vous réagi au constat du doublement des dépenses ?

L’échevine des Finances, Aurélie Naud (MR), et moi-même avons été mandatés par le collège pour rencontrer les responsables des quatre fabriques principales de Braine-l’Alleud, à Ophain, à Lillois, à L’Ermite et dans le centre. D’abord, on a constaté qu’ils ne se rencontraient jamais. La réunion a donc déjà eu du bon. Pourquoi, par exemple, ne pourrait-on pas regrouper les commandes de mazout de chauffage pour avoir des prix plus intéressants ? Ensuite, je dois dire que j’ai rencontré des personnes qui font tout leur possible pour diminuer les dépenses. Il y a bien une volonté de ne pas imputer de l’argent qui ne devrait pas l’être.

Quelles sont les dispositions légales ?

La loi sur l’intemporel des cultes date de… 1804. Elle a été revue en 1821 et en 1874. Les communes sont tenues de garantir l’équilibre des comptes des fabriques. Je constate avec véhémence qu’à partir du moment où les communes ont l’obligation d’entretenir les bâtiments du patrimoine historique religieux, elles deviennent les dindons de la farce parce qu’elles ne maîtrisent pas le système. Même si on peut suggérer aux fabriques de la modération dans leurs dépenses, on devra toujours combler les déficits. Les communes ne sont pas des vaches à lait !

Vous avez aussi parlé d’une double comptabilité ?

C’est le principe de la caisse noire. Toutes les recettes des fabriques n’atterrissent pas dans leurs caisses, mais bien au doyenné et donc à l’archevêché. Il faudrait une clarté totale. Les responsables des fabriques eux-mêmes sont d’accord. À Saint-Etienne, il y a neuf ou dix messes par semaine. Combien de recettes reviennent à la fabrique ? Il n’y a aucune transparence. La nomination de Monseigneur Léonard comme primat de Belgique ne m’inspire guère confiance à cet égard. Dans certains pays, les églises sont mêmes désacralisées pour permettre une meilleure gestion.

Quel est le sens de votre démarche ?

Je tire la sonnette d’alarme. On restructure l’armée, on abandonne des casernes, on fait des économies tous azimuts. Partout, dans les communes, les zones de police et autres, on cherche à être plus efficaces en étant moins chers. Pour les fabriques, il serait grand temps d’implorer sainte Rita, la patronne des causes désespérées.

Votre intervention était isolée ?

Non. D’autres que moi ont réagi comme le député-bourgmestre de Blegny, Marc Bolland (PS), qui a interpellé le ministre wallon Paul Furlan, lequel a décidé de créer une commission pour étudier la question. La réflexion est aussi de mise à Charleroi et à Tournai, par exemple.

Quelles solutions peut-on imaginer ?

Il ne faut pas empêcher les gens d’aller à l’église mais nous ne sommes plus en 1874. Bientôt, il n’aura plus qu’un seul bureau de poste par commune. Il y a six fabriques d’église à Braine-l’Alleud. Il y a moins de 2 km de distance entre Saint-Etienne et Saint-Sébastien. Ne pourrait pas se contenter d’une, de deux, voire de trois fabriques ? D’autre part, quand une commune investit, elle tente d’obtenir des subsides. Les fabriques devraient aussi le faire, même si la procédure est plus longue. Il faut en tout cas imaginer une autre formule de financement. On est beaucoup trop frileux dans le monde politique belge. Alors qu’il faudrait une révolution ! Le culte protestant prend en charge son fonctionnement à 100 %. Il y a une dualité par rapport au culte catholique qui n’est sans doute pas pauvre.

Le fait que vous soyez socialiste n’est-il pas déterminant ?

L’orientation politique n’a pas d’importance, mon intervention était citoyenne. Au PS, toutes les opinions philosophiques sont représentées. Il y a des catholiques pratiquants. Mon grand-père maternel, Eugène Netens, était le président de la fabrique d’église de Noucelles. J’ai un énorme respect pour les croyants et pratiquants mais la structure et l’autorité de l’église m’insupportent.