POINT DE VUE MUSIQUE Minimes: quand l'église se fait chapelle

FLAMENT,XAVIER

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Samedi 8 août 1998

POINT DE VUE MUSIQUE Minimes: quand l'église se fait chapelle

Quotidien et gratuit riment avec remarquable. Le festival des Midis-Minimes: entre 12h15 et 12h50, à l'église, rue des Minimes, 62,à Bruxelles.

La programmation du festival des Midis-Minimes offre tout au long de l'été trouvailles et découvertes. Le petit concert du 6 août révélait les sonorités d'un instrument rare: la harpe à trois registres, née en Italie à la fin du XVIe siècle. Loin des sonorités diaphanes de sa descendante moderne, l'instrument déploie son timbre de luth: même clarté, même noblesse discrète. Avec sa troisième rangée de cordes qui vibrent par sympathie, cette harpe l'emporte sur le luth, victime de son manque de puissance, même lorsqu'il s'étoffe en archiluth avec ses cordes surdimensionnées. Le registre chromatique entouré des deux plans de cordes diatoniques autorise une belle virtuosité mise en valeur par un programme qui affectionne la variation.

Les pièces de John Dowland qui ouvrent ce concert laissaient planer un doute sur les capacités techniques de Christina Pluhar, la harpiste, et Friederike Heumann, la gambiste. Mais il ne s'agissait que d'un prélude hésitant pour se mettre en rythme. Les deux musiciennes accordent leur respiration dans «A Pavan» et «Hark, Hark»,de Tobias Hume, et parviennent rapidement à une intimité à couper le souffle.

Loin de la grandiloquence virtuose d'un Jordi Savall, elles livrent au public attentif les nuances de ces oeuvres intimistes. S'enchaînent ensuite les musiques (moins fascinantes) de compositeurs peu connus: Piccinini, Kaspberger, Ruiz de Ribayas, Ortiz et Mudarra. Ce déjeuner musical s'achève dans l'allégresse d'une toccata de Frescobaldi et d'une sonate de Bertoli dans une église des Minimes devenue chapelle. (X.F.)