Polanski, absolutely fabulous !
CROUSSE,NICOLAS
Page 42
Vendredi 2 septembre 2011
Cinéma A la 68e Mostra, le « Carnage » du cinéaste polonais
Carnage n’était pourtant pas un projet facile à mener. On aurait pu redouter une sorte de théâtre filmé. Huis clos, expérience de laboratoire, le film de Polanski repose sur un scénario simplissime : deux couples (d’un côté John C. Reilly et Jodie Foster, de l’autre Christoph Waltz et Kate Winslet) sont amenés à se rencontrer, afin de résoudre le différend qui a opposé leurs fils respectifs. Zacharie, 11 ans et fils de Waltz-Winslet, a frappé d’un violent coup de bâton Ethan. Les deux couples se rencontrent donc pour apaiser les choses et trouver, si possible, une sanction juste et proportionnée.
Mais très vite, ça se corse. Et bientôt, la guerre des gamins fait place à une guerre des coqs puis, avec l’alcool et la tension, à une guerre des sexes, les hommes picolant leur whisky sous le nez de leurs compagnes ulcérées.
Polanski se délecte avec ce film sur le retour à la barbarie qui ressemblerait bien, pour peu, à un reportage animalier, tendance Livre de la jungle (Waltz en serpent Kaa perfide et toujours propre sur lui, Reilly en ours Baloo sympa mais soupe au lait). Tout cela sur fond de décomposition conjugale et de psychanalyse sauvage.
La force du film tient en son sujet. En la qualité de ses dialogues sous acide, et l’on ne résiste pas au plaisir de citer un mot de Waltz décoché à Jodie Foster, écrivain humanitaire : « J’ai vu ton amie Jane Fonda à la télévision. Juste après, je me suis acheté un poster du Ku Klux Klan. »
La jouissance vient aussi de la qualité exceptionnelle du quatuor d’acteurs que l’on voit embarqués, après les parades de courtoisie des présentations, vers un dérapage progressivement pathétique : Reilly pète les plombs. Jodie Foster sanglote. Christoph Waltz, avocat pendu à son portable, perd toute contenance avec la noyade de son cher GSM. Et Kate Winslet, digne d’Elizabeth Taylor dans Qui a peur de Virginia Woolf, finit par vomir. Au bout du huis clos, un constat implacable : les masques sont tombés.
Polanski s’est fait représenter hier midi par trois de ses comédiens. Qui ont rendu hommage au cinéaste, qui les a enfermés durant six semaines dans un appartement, pour le tournage. Un tournage qu’ils bénissent, assure Kate Winslet : « Nous étions dès le début habités par une sensation de trépidation et de grand intérêt. Nous avions tous les quatre une peur collective, qui a consolidé notre union. Nous étions un vrai groupe d’amis, sans rapports de jalousie. Polanski nous a même dit qu’il n’avait jamais connu ça. » « Et pourtant, précise Christoph Waltz, nous sommes chacun restés nous-mêmes. »
On ne sait comment Yasmina Reza, présente sur le Lido, a apprécié l’adaptation de son texte, dont le décor devient ici new-yorkais. Le seul commentaire qu’elle apporte : « Ma pièce se terminait très différemment. De façon très noire, et sans espoir. Roman a décidé d’aller vers une fin différente. »
Pourquoi Polanski n’est-il pas à Venise ? Libre depuis juillet 2010, le cinéaste est toujours considéré
Pourquoi Polanski
n’est-il pas à Venise ?
Libre depuis juillet 2010, le cinéaste est toujours considéré comme fugitif par les USA et Interpol. Hors France, Pologne et Suisse, il risque une arrestation.
Lioret ressuscite Marie Gillain Cela fait longtemps que nous savons tous que Marie Gillain, révélée
Cela fait longtemps que nous savons tous que Marie Gillain, révélée à quinze ans dans Mon père, ce héros (Lauzier) en fille de Gérard Depardieu, est une graine de sacrée comédienne, dont le charisme, l’éclat du regard, la présence lumineuse sont autant d’évidences qui aiment la caméra, et que la caméra aime.
Cela fait longtemps aussi, hélas, que l’actrice liégeoise ne tourne plus dans des films à la hauteur de ce potentiel. Bonne nouvelle : dans Toutes les envies, de Philippe Lioret (Welcome), présenté dans une section parallèle de la Mostra, Marie Gillain tient enfin un vrai rôle. Celui d’une avocate, mariée (à Yannick Renier, très sobre), mère de quatre enfants, et dont la vie va basculer à la suite d’un double événement : une maladie incurable, qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Et un dernier combat, afin de sauver une femme menacée d’expulsion à la suite d’un surendettement cauchemardesque. Avec l’espoir insensé, en cas de victoire, que l’affaire fasse jurisprudence et change les règles du marché.
En défenseuse des opprimés, aux côtés d’un complice de combat qui prend les traits de Vincent Lindon, Marie Gillain trouve le ton juste. Et Lioret, décidément le cinéaste du cœur et de la désobéissance civile, a à nouveau le chic d’éviter de verser dans tout pathos ou manichéisme militant. Après avoir attaqué, dans Welcome, la France qui expulsait les sans-papiers, Lioret développe un nouveau credo : celui de montrer l’escroquerie du business des agences de crédit, ces gros poissons qui assoient leur prospérité en suçant le sang de petites gens aux abois, le plus souvent au mépris de la loi, et en contrevenant aux règles de concurrence loyale.
Superstar ch. villa à Venise. Discr. exigée.
Madonna, qui n’a pas encore à ce jour marqué le cinéma d’une empreinte inoubliable, compte beaucoup sur ce film pour asseoir sa réputation. Lors de la conférence de presse, elle a défendu avec âpreté son projet, se permettant même de reprendre les journalistes lorsqu’elle estimait qu’ils posaient des questions incompréhensibles. Elle s’est déclarée elle-même touchée par l’histoire de Wallis Simpson : « Quand on est une icône, on est souvent réduit à un seul qualificatif ! »
La diva doit assister ce vendredi à une grande fête (150 invités) donnée dans un palais vénitien par la directrice artistique de Gucci, Frida Giannini, et remettre à cette occasion le Prix de la maison de luxe récompensant les femmes de cinéma. (afp)
Demain dans « Le Soir » :
l’interview de Madonna
et la critique du film
par notre envoyé spécial.
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