Coppra, la réponse à tous les radicalismes

METDEPENNINGEN,MARC

Page 8

Vendredi 13 janvier 2012

Police Un appel à la collaboration du civil

La mise en garde de la Sûreté de l’Etat (Le Soir du 10 janvier) à l’égard de la montée des radicalismes, particulièrement le radicalisme islamiste, amène une réponse policière : la mise en œuvre du « projet Coppra », ainsi que l’a souligné la nouvelle ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet (CDH).

Coppra (Community Policing and prevention of radicalisation) est un projet conçu en 2009 lors de la présidence belge européenne. Il implique plusieurs pays de l’Union dans la détection et l’échange d’informations relatives à l’émergence de radicalismes. Le commissaire Jean-Pierre Devos, coordinateur de cette action au sein de la police fédérale, en détaille l’objectif : « Il s’agit pour la police de proximité d’identifier les signes avant-coureurs de radicalisme. » Ce programme entend s’intéresser à tous les radicalismes, d’extrême droite, d’extrême gauche ou islamiste. « Les agents de proximité, explique le commissaire Devos, ne connaissent pas toujours les signaux qui révèlent une émergence de radicalisme, surtout chez les jeunes. » A titre d’exemple, il signale l’identification dans une habitation visitée pour raison administrative de posters, de signes de ralliement à des mouvements radicaux. « Des policiers doivent par exemple savoir que le sigle 88 est généralement apposé chez des sympathisants d’extrême droite pour lesquels il figure les lettres “HH”, pour “Heil Hitler”. » Un manuel de poche a été élaboré. Il permet aux agents de quartier de se roder aux techniques de détection. La

zone Nord de Bruxelles en dispose déjà.

« Nous venons d’achever la phase de formation des futurs formateurs (“training the trainers”) qui dispenseront un cours spécifique, notamment dans les académies de police, précise Jean-Pierre Devos. Dans quelques semaines, tout sera en place. »

Le monde associatif inquiet

Coppra suscite nombre d’inquiétudes. Il implique ainsi de « forger des partenariats avec un large inventaire d’acteurs sociaux : services de prévention des villes, écoles, éducateurs sociaux, organisations religieuses, etc. » Ce souhait policier, craint ainsi le député Ecolo bruxellois, Vincent Lurquin, qui reconnaît la légitimité de la lutte antiterrorisme, risque de ternir la confiance qui s’établit, par exemple, entre jeunes et éducateurs de rue.

Des craintes s’expriment aussi quant au respect des secrets professionnels lié à certaines fonctions, dont celles exercées au sein des CPAS. Au cabinet de la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet (CDH), on estime que si les écoles devaient être sollicitées (ce qui n’a pas encore été le cas), il faudrait « savoir où placer le curseur ».

Un chef de zone confie son inquiétude : « Les agents de quartier risquent aussi de devenir, en plus de toutes les autres tâches qui leur incombent, des agents de renseignements des services antiterroristes. » Vincent Gilles, secrétaire général du SLFP-police, estime que la fonction d’agent de quartier se doit d’être précisée, même s’ils sont les « yeux de la police ».