Ecolo assume son revirement

BODEUX,PHILIPPE

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Jeudi 10 novembre 2011

Politique Ce jeudi, le gouvernement wallon choisit le tracé du tram

entretien

Alors que le gouvernement wallon s’apprête à entériner ce jeudi le tracé du tram entre Jemeppe et Herstal, plusieurs voix se sont élevées contre ce tracé « rive gauche » qui ignore les zones d’habitat les plus denses. Et qui, de Sclessin à Jemeppe passe dans un « no man’s land » alors qu’en face, Ougrée et le bas de Seraing auraient bien besoin d’une revitalisation induite par le passage du tram. Pareil à Herstal où le tracé évite soigneusement le centre en passant le boulevard Zénobe Gramme. Attaqué par l’ASBL Urbagora, Écolo réagit par la voix, non pas de Philippe Henry, ministre en charge du dossier, mais de José Daras, membre du comité de pilotage du tram.

Lorsque l’on relit les déclarations d’Écolo en 1999, on ne peut que constater un virage à 180 degrés…

C’est vrai qu’à l’époque, on défendait un tracé en boucle et un passage par les quartiers. Mais les études réalisées notamment sur la demande en termes de passagers nous ont forcés à ne pas seulement prendre en compte la densité d’habitat. Qui plus est, contrairement à Urbagora qui se focalise sur Liège-Ville, nous défendons un projet d’agglomération qui va de Seraing à Herstal.

Mais qui ignore les centres urbains de ces deux villes et passe dans des zones peu peuplées…

Le tracé n’est pas parfait. Nous devons composer avec une réalité financière : nous n’avons que 500 millions d’euros. Passer la Meuse à Sclessin pour rejoindre Ougrée, c’est trop cher. Passer par le cœur de Herstal cela signifie beaucoup d’expropriations. Le tram ne peut pas passer partout : ces noyaux d’habitats et autres pôles seront desservis par des bus à haut niveau de service circulant en site propre et connectés directement au réseau du tram.

N’est-ce pas le retour du « dji vou dji n’pou » ?

Au contraire, c’est éviter le syndrome de Charleroi où, sur papier, on a dessiné un magnifique réseau… qui n’a jamais été réalisé parce que trop ambitieux. Il est temps qu’on décide. Cela fait 40 ans que Liège attend un nouveau mode de transport en commun.

Pourquoi ne pas procéder en deux phases : le tronçon Sclessin-Coronmeuse à l’horizon 2017 puis les bouts de ligne vers Herstal et Seraing, le temps d’affiner et d’améliorer le tracé ?

Le risque est trop grand de finalement ne pas les faire ces bouts de ligne !

Écolo avait défendu un processus participatif. Qu’en reste-t-il ?

Nous avons eu des réunions avec les acteurs associatifs et les communes sont impliquées dans le comité de pilotage. Urbagora avait reçu des subsides pour organiser une plate-forme tram mais nous n’avons pas eu de retour. La prochaine étape est l’étude d’incidences avec enquête publique entre avril et septembre 2012.

Un mot sur l’association Urbagora qui n’a de cesse de mettre le doigt sur les lacunes du projet tram ?

Rassemblons-nous même si le projet n’est pas parfait. Nous avons la chance, en ces temps financiers difficiles, d’avoir un accord pour un projet à 500 millions d’euros. À un moment, il faut avancer. Nous avons dû revoir une série de nos options. Qu’ils fassent pareil !

100 millions d’euros pour le REL

Quels seront, en matière d’infrastructure ferroviaire, les investissements consentis par le Groupe SNCB dans les 15 prochaines années ? À Liège, est-ce que le REL (Réseau express liégeois) sera enfin mis sur les rails ?

« C’est peu dire que la SNCB n’est point chaude pour ce projet », regrette la députée wallonne Christine Defraigne. Pourtant, au niveau wallon, le dossier avance. Ainsi, le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry a (re)mis sur pied une cellule ferroviaire chargée d’élaborer un « plan rail » à destination de la SNCB (Le Soir du 27/10). Parmi les 34 priorités identifiées par le bureau d’études Tritel, on trouve… le REL.

Primo, une version « de base » Seraing-Liège-Liers qui comprend l’adaptation de la ligne 125 A, chère à Alain Mathot, au trafic de voyageurs. Il faut réaménager des points d’arrêt et réduire, sur la ligne 34, le trafic induit par le poste d’entretien de Liers en le reportant à Kinkempois. Il faut aussi réduire le nombre de passages à niveau et créer un parking relais à Milmort. Coût total : 19 millions d’euros.

Secundo, une version « maximaliste » qui amplifie la version « de base » en créant une double boucle avec la gare des Guillemins au centre. Comment ? En construisant une liaison au-dessus de la Meuse à hauteur de Coronmeuse entre la ligne passant à Bressoux (40) et celle passant à Herstal (projet défendu par Urbagora) et en remettant en circulation le tronçon Ans-Liers. Ce qui permet de boucler un anneau ferroviaire autour du centre de Liège avec des liaisons inédites comme Visé-Liège Palais ou Seraing-Liège-Palais-Bressoux-Kinkempois. Coût total : 100 millions d’euros dont 50 pour le pont au-dessus de la Meuse. À cela s’ajoutent, bien sûr, tous les coûts liés à l’achat du matériel « light-train » et à l’exploitation. Reste à voir si la SNCB retiendra cette priorité wallonne…