Politique Ecolo favorable au vote à 16 ans

LAMENSCH,MICHELLE

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Samedi 1er juin 2002

Politique

Ecolo favorable au vote à 16 ans

Les verts souhaitent que les jeunes puissent (et doivent...) voter dès 16 ans dans toutes les assemblées élues. Six textes législatifs, prêts à être déposés, sont ouverts à la signature des autres partis. Mitigés.

MICHELLE LAMENSCH

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans... Ecolo veut démentir ce vers d'Arthur Rimbaud, écrit en 1870. Le parti soutient, en effet, qu'avant 18 ans on peut être conscient de son rôle d'acteur citoyen de la société. Il avance pour preuve la forte mobilisation civique des Lycéens, en France, après la percée de Jean-Marie Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle.

Le vote dès 16 ans ne pourrait toutefois s'appliquer en même temps à tous les niveaux de pouvoir. Pour la Chambre et le Sénat, il nécessite une révision de la Constitution (les articles concernés ne sont pas ouverts à révision), suivie de l'adoption d'une loi à majorité simple, lors de la prochaine législature.

Pour le droit de vote à l'élection des assemblées régionales et communautaires, Chambre et Sénat pourraient voter, sous cette législature encore, une loi spéciale (majorité des 2/3). Pour la Communauté germanophone, une loi ordinaire suffirait.

Pour les élections européennes, une loi ordinaire devrait être adoptée à la Chambre, avec droit d'évocation du Sénat.

Pour les communales et provinciales, enfin, le droit de vote devrait faire l'objet d'un décret (ou d'une ordonnance) dans les trois assemblées régionales correspondantes.

Les verts argumentent : Trop souvent, le jeune est considéré comme une cible publicitaire ou comme un délinquant potentiel à encadrer. Nous souhaitons lui lancer un signal fort de confiance, de reconnaissance et d'implication concrète au sein de la société.

Ecolo conçoit l'octroi du droit de vote à 16 ans comme une accession progressive à l'âge adulte. Le parti veut, en effet, maintenir à 18 ans l'âge de la majorité (responsabilité) civile et pénale, tout en uniformisant à 18 ans le droit d'éligibilité. C'est déjà le cas pour les élections communales et provinciales alors que le seuil d'éligibilité est de 21 ans pour les élections législatives.

L'obligation scolaire étant fixée à 18 ans, les verts estimeraient indispensable d'accompagner ce droit de vote d'un travail de formation civique et politique à l'école. A cet égard, la tâche paraît plus ardue dans l'enseignement officiel, tenu à une stricte neutralité idéologique, que dans l'enseignement libre.

Seize ans, c'est aussi l'âge de la révolte contre les adultes. Qu'en est-il du risque de vote purement protestataire ? Ecolo, qui compte un important électorat jeune, balaye l'argument : Pas plus que les adultes, les 16-18 ans ne seraient tentés par le vote extrémiste.

« Absurde, démagogique »

Qu'en pense-t-on dans les autres formations ? Le président du PS Elio Di Rupo nous a fait savoir qu'aucun débat interne n'était ouvert au sein du parti mais que lui-même se montrait plutôt ouvert au dialogue.

La présidente du CDH Joëlle Milquet estime, de son côté, qu'il est peu réfléchi et absurde de découpler responsabilité politique et responsabilités civile et pénale. Cela traduit, dit-elle, une vision réductrice du choix politique.

Quant au président du MR, Daniel Ducarme, il juge la proposition démagogique et insiste sur la préparation à la citoyenneté active, dans le cadre de la formation civique à l'école. Dans ce contexte de droits et de devoirs, conclut-il, il est piquant de constater les freins mis par la ministre Maréchal (Ecolo) à la mise en cause de la responsabilité des adolescents à travers la problématique de la révision de loi sur la protection de la jeunesse.·