Pour la Belgique, le dossier Sekkaki est clos

BELGA; DETAILLE,STEPHANE

Page 1

Lundi 10 août 2009

Le dangereux gangster Ashraf Sekkaki a été arrêté hier au Maroc. Il ne sera pas extradé. Une aubaine pour la Belgique ?

C’est la fin d’un des feuilletons judiciaires de l’été. Ashraf Sekkaki, le dernier des trois évadés de la prison de Bruges encore en fuite, a été appréhendé ce dimanche à Al Hoceima, dans le nord-est du Maroc. Ashraf Sekkaki, 25 ans, décrit comme « un des criminels les plus dangereux de Belgique » par Interpol, s’était spectaculairement évadé le 24 juillet dernier à bord d’un hélicoptère en compagnie de deux autres malfaiteurs, Abdelhaq Melloul Khayari et Mohamed Johri. Tous trois possèdent la nationalité marocaine.

Le ministre de la Justice belge, Stefaan De Clerck, « confirme que la collaboration avec le Maroc a très bien fonctionné. Finalement, c’est le résultat qui compte. Les évadés sont arrêtés, ils sont en prison. Donc le dossier est clôturé pour ainsi dire. »

L’avocat de Sekkaki, Sven Mary, indique quant à lui que « la Belgique y gagne. Elle ne fera rien pour obtenir le retour chez nous d’un homme dont l’opinion n’est pas loin de réclamer qu’il soit pendu à l’arbre le plus proche. Que le Maroc refuse d’extrader ses nationaux constitue, une bénédiction pour la justice belge qui craignait déjà que Sekkaki, qui était allé à fond de peine, ne recouvre la liberté. » Sekkaki, comme Johri devraient être jugés au Maroc et risquent une lourde peine.

p.3 les faits + l’évasion ratée à la prison de mons

Sekkaki a été arrêté au Maroc

Evasions Fin de cavale pour le dernier des trois fuyards de la prison de Bruges

Ashraf Sekkaki qui, le 23 juillet dernier, s’était évadé en hélicoptère de la prison de Bruges en compagnie de deux autres détenus, a été repris dans la nuit de samedi à dimanche, dans le nord du Maroc : une région dans laquelle Mohamed Johri, l’un de ses deux compagnons de cavale, avait également été appréhendé par la police marocaine, jeudi dernier.

Ashraf Sekkaki, 25 ans, décrit par Interpol comme « un des criminels les plus dangereux de Belgique », a été arrêté alors qu’il se dirigeait à bord d’un taxi vers la ville de Tétouan, à 40 km au sud de Ceuta. Sekkaki a été interpellé en compagnie d’un certain Rachid El Issati, né à Anvers. Quatre autres complices marocains résidant à Al-Hoceima ont également été arrêtés par la police marocaine pour avoir soustrait Ashraf Sekkaki aux recherches dont il faisait l’objet.

Sekkaki était le dernier des trois évadés de la prison de Bruges à n’avoir pas encore été repris puisque Abdelhaq Melloul Khayari avait été alpagué dès le dimanche 2 août à Molenbeek.

Le 23 juillet dernier, vers 17 h 40, le trio s’était engouffré – à bord d’un hélicoptère dont le pilote avait été contraint, sous la menace d’une arme, de poser son appareil dans l’enceinte de la prison brugeoise. L’engin avait été loué « pour un survol touristique de la région » par un homme et une femme – on saurait plus tard qu’il s’agissait de Lesley Deckers, la petite amie de Johri – qui, sous la menace d’une arme, avaient contraint le pilote à obéir à leurs injonctions.

Les trois détenus avaient pris place dans l’appareil, aux côtés du pilote et de leurs deux complices. C’était trop. Lahoucine El Haddouchi, l’homme qui avait détourné l’appareil, avait été abandonné sur place. L’hélicoptère s’était posé peu après à Aalter où les fugitifs avaient disparu au volant d’une Mercedes car-jackée dans une station-service.

Disparus ? Pas vraiment : Sekkaki et Khayari auraient commis fin juillet quatre attaques à main armée – pour un butin avoisinant les 100.000 euros – contre des agences bancaires dans la région anversoise et en Campine. Ils avaient été filmés par les caméras de surveillance lors du braquage d’une agence Argenta.

Il semble que les enquêteurs n’aient pas été longs à retrouver la trace des fugitifs. Ils auraient séjourné près d’une semaine durant dans un hôtel d’Amsterdam, en compagnie de Lesley Deckers. Ici aussi, les évadés allaient être filmés par une caméra de surveillance, le 29 juillet.

Quittant les Pays-Bas, ils auraient gagné la France, l’Espagne puis le Maroc. Abdelhaq Melloul Khayari (41 ans) faisait lui-même route vers le Maroc lorsqu’il avait été contrôlé, le samedi 1er août, par la douane française aux environs de Paris. Il se trouvait alors à bord d’un Thalys, en possession d’un faux passeport italien. Emmené au poste pour un contrôle approfondi, il avait réussi à fuir. Revenu à Bruxelles, il avait été interpellé le lendemain Molenbeek, en compagnie de son frère Redouane et d’un autre homme qui l’avait hébergé.

Les deux autres, eux, avaient bel et bien réussi à rejoindre le Maroc – sans qu’on sache si Lesley Deckers faisait partie ou non de l’équipée.

Selon la police marocaine, Mohammed Johry (23 ans) et Ashraf Sekkaki (26 ans) seraient entrés au Maroc le 4 août via le port de Nador avant de rallier Berkane où ils auraient séjourné pendant 24 heures dans un des hôtels de la ville. La police marocaine les suit à la trace. Elle sait qu’Ashraf Sekkaki a franchi la frontière marocaine en provenance d’Espagne à bord d’un véhicule sous la fausse identité d’Alain Belaser.

Il a voyagé seul mais il n’a pas tardé à rejoindre Johri. Selon certaines sources, il se serait du reste trouvé en sa compagnie, jeudi dernier, lorsque ce dernier avait été interpellé dans les environs d’Al Hoceima. Ce soir-là, en tout cas, Sekkaki sera impliqué dans un accident survenu, selon plusieurs journaux flamands, alors qu’il faisait l’objet d’une filature dont les policiers marocains espéraient qu’ils les mènent à la cachette de Lesley Deckers, recherchée en tant que complice d’une évasion.

S’avisant qu’il était suivi, Sekkaki avait tenté de semer ses poursuivants, provoquant un accident de la circulation dans lequel il aurait été blessé. Malgré quoi, il aurait pris la fuite à pied, trouvant refuge dans les montagnes toutes proches. Mais sa situation était devenue intenable : dès vendredi soir, la police marocaine était certaine qu’il ne pouvait plus lui échapper.

Autant dire que, dimanche, le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, buvait du petit-lait après un début d’été calamiteux. « Tout le monde, s’est-il réjoui, a fait du bon travail. La collaboration avec le Maroc a très bien fonctionné. Ils sont arrêtés, ils sont en prison. Le dossier pour ainsi dire clôturé. »

Les deux autres évadés et leur complice

Abdelhaq Melloul Khayari

(41 ans) a été repris dès le dimanche 2 août, à Molenbeek. Il avait été condamné à 14 années de prison en juin 1991 pour sa participation dans les agissements de la bande de Hassan Maâche. En mai 92, il s’était déjà évadé de la prison de Verviers après avoir échangé sa place en prison avec son frère lors d’une visite. Repris à Tanger en août 93, il avait été libéré en 2005. Il était à nouveau incarcéré à Bruges, en 2008, où il purgeait huit ans de prison pour quatre attaques à main armée.

Mohammed Johri (23 ans), Marocain d’Anvers, a été arrêté par la police marocaine, le jeudi 6 août, dans

Mohammed Johri (23 ans), Marocain d’Anvers, a été arrêté par la police marocaine, le jeudi 6 août, dans à proximité de la ville d’Al Hoceima (nord-est), dont sa famille est originaire.

Malgré son jeune âge, il a déjà un casier judiciaire de truand routiné : il a été condamné à cinq ans de prison pour avoir dirigé une bande de braqueurs.

À son actif, les attaques du Lidl de Kontich, de la filiale Argenta, à Hoogstraten, ou encore celle d’un magasin de jouets, à Schelle.

Lesley Deckers (23 ans) reste introuvable. Sans passé judiciaire, cette Anversoise convertie à l’islam

Lesley Deckers (23 ans) reste introuvable. Sans passé judiciaire, cette Anversoise convertie à l’islam est l’amie de Mohammed Johri. C’est elle qui, en compagnie de Lahoucine El Haddouchi (également arrêté), a contraint le pilote d’un hélicoptère à atterrir dans l’enceinte de la prison de Bruges, le 23 juillet dernier. Il est certain qu’elle a accompagné les trois évadés jusqu’à Amsterdam, mais on ignore si la jeune femme a suivi Johri et Sekkaki au Maroc. Son sort inquiète les autorités.

Connu de la justice depuis l’âge de 13 ans

Ashraf Sekkaki aura 26 ans en septembre prochain. Interpol l’a décrit comme « l’un des criminels les plus dangereux de Belgique ».

De nationalité marocaine, il a passé sa jeunesse à Malines, où il n’a pas été long à se signaler à l’attention de la police avec laquelle il aura maille à partir dès le début de son adolescence.

Fils modèle à la maison, il multiplie les mauvais coups quand il « zone » dans la rue : à 13 ans, il est placé une première fois sous surveillance par le tribunal de la jeunesse de Malines pour « racket, vol avec effraction ou escalade et détention d’armes prohibées ».

Fin 1998, il est détenu pour la première fois dans une institution fermée. En 1999, alors qu’il a seize ans, il entre pour la première fois en prison. A l’époque, on lui impute déjà 16 hold-up.

Il s’était déjà évadé une première fois de la prison de Turnhout en septembre 2003.

Il avait été repris à Borgerhout, en janvier 2004, par l’escadron spécial de la police fédéral, alors qu’il était venu rendre visite à sa petite amie pour la Saint-Valentin. Il avait été soupçonné d’avoir, durant sa cavale, commis les dix hold-up dont les agences anversoises des banques Axa et Dexia avaient été les cibles, cet hiver-là.

En 2008, il avait été jugé pour avoir tenté de libérer un complice détenu, en lançant une grenade dans le tribunal de Termonde. Il a été acquitté de ces faits par le tribunal de Gand en raison d’un vice de procédure.

Déclaré malade mental, il avait toutefois été laissé dans la prison de Bruges, situation qu’il dénonçait.

Me Mary : « C’est la Belgique qui y gagne »

La loi marocaine interdit l’extradition de ses ressortissants. Mais ceux-ci peuvent être poursuivis au Maroc pour des faits commis dans un autre pays si celui-ci en fait la demande. Mohammed Johry et Ashraf Sekkaki ne pourront donc pas être renvoyés en Belgique pour y être jugés.

Mais les autorités marocaines et belges se sont récemment mises d’accord pour que les deux hommes soient jugés au Maroc pour les faits relatifs à l’évasion : la prise en otage du pilote de l’hélicoptère et les braquages qui leur sont imputés à Anvers et en Campine.

« Si c’est le souhait de mon client, je me battrai toutefois pour obtenir son extradition, annonce Me Sven Mary, l’avocat d’Ashraf Sekkaki. Il n’est pas douteux que les autorités belges, elles, ne feront rien pour obtenir le retour chez nous d’un homme dont l’opinion n’est pas loin de réclamer qu’il soit pendu à l’arbre le plus proche. Que le Maroc refuse d’extrader ses nationaux constitue, en l’occurrence, une bénédiction pour la justice belge qui craignait déjà qu’Ashraf Sekkaki, qui était allé à fond de peine, ne recouvre la liberté. Il avait purgé sa condamnation mais il demeurait incarcéré, avec le statut d’interné, car on le considérait comme un “délinquant d’habitude”. Quand il comparaissait devant elle, la cour d’appel d’Anvers le considérait en revanche comme responsable de ses actes. Interné d’un côté, responsable de l’autre, il ne comprenait plus. Il ne se voyait aucun avenir : il n’y a pas d’échéance à l’internement. »

Double évasion ratée à la prison de Mons

Dimanche, vers 18 heures, à Mons, un détenu a pris en otage un gardien qu’il a blessé sérieusement à la gorge et au bras avec un objet tranchant. Une bagarre l’a ensuite mis aux prises avec un autre gardien qu’il a également blessé, avec l’aide d’un deuxième prisonnier. Les deux détenus ont ensuite réussi à sortir de la prison, avec des otages. Des complices les attendaient au volant d’une voiture. Tous ont été interceptés presque immédiatement par les forces de l’ordre.

Dave Annemans repris

Dave Annemans, qui s’est évadé de la prison de Merksplas, le 28 juillet en compagnie de cinq détenus, a été interpellé, vendredi soir : il se trouvait chez sa demi-sœur à Clinge, aux Pays-Bas. Seul un des six évadés de Merksplas court toujours. (b)