Pourquoi la Belgique revient aux valeurs mûres

DEMONTY,BERNARD

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Mercredi 25 novembre 2009

Il fut un temps pas si éloigné où l’on raillait le jeunisme en politique. Et pourtant, ces derniers mois, l’heure est plutôt au retour des aînés. Van Rompuy au 16, puis Martens à la transition, et, ce mardi, Jean-Luc Dehaene au défrichage du terrain institutionnel.

Les missions délicates seraient donc interdites aux moins de 60 ans ? « C’est vrai, c’est un peu paradoxal, confesse Mark Eyskens, une autre conscience du CD&V, qui affiche treize gouvernements au compteur. Pendant que les jeunes générations se battent comme des garnements, on fait appel aux plus âgés pour résoudre les problèmes. »

De son côté, Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège ne s’étonne pas de ce recours aux anciens. Outre leur expérience des dossiers institutionnels, ces hommes politiques présentent aussi une plus grande proximité avec le monde francophone. « Les hommes politiques des jeunes générations ont fait leur place en s’affirmant comme Flamands en Flandre. Ils ne se sont pas affirmés en tant que Belges, dit Pierre Verjans. Ce n’est pas le cas de leurs aînés. Lorsque Wilfried Martens a commencé sa carrière dans les années 60, il donnait des conférences en Wallonie et rencontrait les acteurs du Nord comme du Sud. »

Pierre Verjans ajoute que ces politiciens flamands de la vieille école sont connus du grand public dans la partie francophone du pays et y jouissent d’une bonne image. « C’est vrai pour Martens, Van Rompuy et Dehaene. »

Pour Mark Eyskens, le morcellement politique de la Belgique, et l’absence de partis nationaux joue également un rôle important. « Aujourd’hui plus qu’hier, tous les hommes politiques sont au front. La politique est devenue beaucoup plus compétitive. Vu le grand nombre de partis politiques, chaque politicien de la jeune génération veut se démarquer, marquer des points, avec des positions pointues et pas toujours empreintes d’un sens du compromis. La situation était plus simple du temps des très grands partis. »

Toujours selon Mark Eyskens, l’absence de légitimité démocratique dans l’autre région n’arrange pas la situation. « Yves Leterme fait 800.000 voix en Flandre, mais pas une seule en Wallonie. Didier Reynders est très populaire du Sud, mais n’a pas de légitimité au Nord. Ceci explique aussi que ces personnes ne peuvent jouer un rôle de médiation. »