Pourquoi un conseil de déontologie ?

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

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Lundi 7 décembre 2009

Médias Il sera installé ce lundi

Ce lundi sera une date importante dans l’histoire des médias en Belgique francophone : en présence de la ministre de l’Audiovisuel de la Communauté française, Fadila Laanan (PS), le CDJ (Conseil de déontologie journalistique) sera officiellement installé au Botanique lors d’une séance académique (pas de travail donc, ni, dès lors, d’élection de son président). L’occasion de repréciser les rôles de ce nouvel organe.

Qui finance le CDJ ?

Le Conseil de déontologie n’est pas tout à fait une nouveauté. En effet, une instance du même type avait été créée en 1988. Le Conseil était alors unitaire et s’adressait à l’ensemble de la presse belge mais il n’avait aucun moyen puisque ni la RTBF, ni les éditeurs, ni le pouvoir politique n’acceptaient d’y participer. Le CDJ qui est aujourd’hui sur les fonts baptismaux est donc l’héritier de ce premier Conseil de déontologie mais avec les moyens que ce dernier n’avait pas. En effet, l’AADJ (Association pour l’autorégulation de la déontologie journalistique, l’ASBL faîtière qui a créé le CDJ) est financée pour moitié (80.000 euros par an) par les éditeurs de presse (Belga, RTL, RTBF, Rossel, IPM, Nostalgie, Corelio, NRJ, Roularta, télés locales…) et pour moitié (80.000 euros par an) par les journalistes. Avec cette nuance importante que l’AJP (Association des journalistes professionnels) ne dispose pas de ces montants et que l’apport des journalistes est pris en charge par la Communauté française sans atteinte à l’indépendance de l’institution.

A quoi servira le CDJ ?

Il y aura essentiellement deux façons pour le public de s’adresser au CDJ par le biais de son secrétaire général (André Linard, qui « instruit » les dossiers) : des demandes d’information (il y en a déjà) et d’avis ainsi que des plaintes. Outre l’information du public et le traitement des plaintes (qui concernent l’ensemble de ceux qui font métier d’informer, en ce compris, théoriquement en tout cas, ceux qui le font par le biais de sites internet), le CDJ aura aussi pour mission d’affiner la codification de certaines règles susceptibles d’être applicables de manière générale aux différents médias.

Comment se composera-t-il et y aura-t-il des sanctions ?

Seule sans doute une petite minorité des dossiers arrivera jusque sur la table du Conseil. Nombre de demandes ne concerneront sans doute que des avis, des informations ou pourront être réglées par le biais d’une médiation. Le CDJ proprement dit se compose de 20 personnes (effectives, plus 20 suppléants) : 6 représentants de la profession – Marc Chamut (AJP), Dominique Demoulin (RTL-TVI), François Descy (EDA), Bruno Godaert (AJPP), Alain Vaessen (RTBF) et Martine Vandemeulebroucke (Le Soir) –, 6 représentants des éditeurs – Margaret Boribon (JFB), Marc de Haan (Télé Bruxelles), Jean-Pierre Jacqmin (RTBF), Alain Lambrechts (Ppress), Stéphane Rosenblatt (RTL) et Daniel Van Wylick (Rossel) –, 2 rédacteurs en chef de médias – Martine Maelschalck (L’Echo) et François Ryckmans (RTBF) – et 6 représentants de la société civile – Nicole Cauchie (ex-RTBF, UCL et Commission européenne), Edouard Delruelle (Centre pour l’égalité des chances), David Lallemand (Délégation générale aux droits de l’enfant, ex-RTBF), Jean-Marie Quairiat (Tribunal du travail de Mons), Marc Swaels (Korn-Ferry) et Benoît Van der Meerschen (Ligue des droits de l’homme).

La présidence est théoriquement occupée en alternance par un journaliste et un éditeur. A l’heure actuelle, cette présidence n’a pas encore été élue dans la mesure où les journalistes souhaiteraient symboliquement la confier à un des représentants de la société civile, formule qui n’enchante guère les éditeurs.

Comme c’est le cas dans les autres pays, l’autorité du CDJ est purement morale. Le Conseil ne pourra donc infliger de sanctions aux médias et/ou aux journalistes fautifs. Il ne peut, contrairement à l’Ordre des médecins, exclure de la profession vu qu’elle relève de la liberté d’expression et donc des droits de l’homme.