PREMIERE BELGE A L'ESSAI DANS LA PROVINCE DE LIEGE ECHANGE DE SERINGUES EN PHARMACIE

RENETTE,ERIC

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Mardi 27 septembre 1994

Une première belge à l'essai dans la province de Liège

L'échange de seringues en pharmacie

C'est incontestablement une première en Belgique: les pharmaciens de la province de Liège s'organisent afin que leurs officines puissent servir de comptoirs d'échange gratuit pour les seringues usagées des toxicomanes.

Cette action s'intègre dans le cadre de la politique de prévention contre le sida (et l'hépatite) dont la propagation par partage de seringues lors de la consommation de stupéfiants reste plus qu'inquiétante.

Depuis mars dernier, suite aux accords pris entre l'Agence prévention sida, l'ASBL Modus Vivendi, le «contrat de sécurité» de la ville de Liège et certaines associations spécialisées, la région liégeoise disposait de trois «comptoirs» d'échange officiels (deux à Liège, un à Beyne-Heusay). Suivant la même logique, un contact avait été pris avec les associations professionnelles de pharmaciens. C'est ainsi que, comme elle l'avait déjà fait pour la distribution de méthadone, l'Association pharmaceutique de la province de Liège (l'APPL, qui regroupe environ 50 % des 750 officines liégeoises) a marqué un accord de principe, suivant en cela la recommandation no 40 de l'Ordre national des pharmaciens.

Condition cependant: comme pour la méthadone, l'adhésion des éventuels participants doit être volontaire et non imposée.

Un formulaire a alors été envoyé à tous les pharmaciens de la province, toutes «tendances» confondues, et plus de 120 réponses ont été reçues. Deux séances d'informations ont ensuite été organisées, regroupant environ 150 personnes. On y a, notamment, expliqué le système proposé.

En gros, dans un premier temps, c'est la Communauté française (via l'Agence prévention sida et l'ASBL Modus Vivendi) qui fournira les différents grossistes des pharmaciens liégeois en «coffrets-seringues» (deux seringues, deux préservatifs et deux tampons stériles, habituellement) ainsi qu'en «conteneurs» d'échange. Chaque pharmacie adhérente au projet apposera un autocollant discret sur sa vitrine (deux flèches, une rouge et une verte) signalant leur participation à leur «clients» toxicomanes potentiels.

En sens inverse: chaque fois qu'un conteneur (4 litres de volume) sera plein de seringues usagées, il sera retourné, scellé, chez le grossiste pour être ensuite détruit dans un centre d'incinération.

À première vue, alors que le système devrait être d'application dans les semaines qui viennent, de soixante à cent officines pourraient participer à sa mise en route, principalement dans les centres urbains importants. Comme lors de la mise en place de la distribution de méthadone, une évaluation du déroulement de l'opération sera effectuée après un mois, trois mois et puis six mois.

Au-delà de la volonté d'éviter la propagation du sida, ajoute-t-on à l'APPL, nous essayons de lier sécurité publique et santé publique. Comme avec la distribution de méthadone, nous espérons pouvoir constater une diminution statistique de la petite criminalité dans les officines participantes.

É. R.