Prendre son bain en toute solidarité

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS

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Jeudi 22 septembre 2005

Consommation Oxfam lance une gamme de produits cosmétiques commerce équitable

JEAN-FRANÇOIS MUNSTER

Les produits issus du commerce équitable se sont déjà imposés dans les cuisines de nombreux ménages belges. Voici qu'ils ambitionnent maintenant de conquérir les salles de bain. Oxfam a annoncé le lancement d'une gamme de cosmétiques, baptisée Natyr. Elle sera vendue dans un premier temps dans les « Magasins du monde », puis introduite dans la grande distribution. De la crème pour le visage, en passant par les galets effervescents, les huiles de bain et les laits hydratants, la gamme, entièrement naturelle, comporte une trentaine de références. Cinquante pour cent au moins des matières premières entrant dans la composition de ces produits sont issus de la filière du commerce équitable. C'est-à-dire que les producteurs du sud reçoivent un prix juste pour leurs produits et que les relations commerciales nouées s'inscrivent dans la durée. Le beurre de karité vient du Ghana, l'aloe vera de Thaïlande, le beurre de cacao de la République dominicaine, le thé vert du Sri Lanka... L'introduction de ces produits cosmétiques va nous permettre de valoriser les matières premières de nos partenaires, explique Sophie Tack, directrice marketing. Mais elle nous permettra aussi de toucher un nouveau public.

Il est loin le temps où la seule façon de témoigner sa solidarité avec les pays du Sud dans un magasin se limitait à acheter un paquet de café Max Havelaar. La gamme des produits issus du commerce équitable ne cesse de s'élargir à de nouvelles catégories de produits. Non sans susciter des débats. L'introduction récente d'un yaourt labellisé Max Havelaar fait grincer des dents les responsables Oxfam. Ils font remarquer que seuls les fruits et le sucre sont produits dans le Sud, soit 12 % du produit.

On touche ici à la délicate question de la définition d'un concept, le commerce équitable, qui n'est pas protégé juridiquement. La question est devenue brûlante depuis qu'une série de nouvelles initiatives ont été lancées ces dernières semaines. De grands importateurs et producteurs de café comme Efico ou Douwe Egberts ont mis en place leurs propres labels. Les distributeurs ne sont pas en reste. Colruyt lance la semaine prochaine « Colibri » qui garantit aux consommateurs qu'une partie du prix du produit acheté servira au financement de programmes d'éducation dans le Sud. Oxfam estime que ces projets ne répondent pas aux critères du commerce équitable, notamment parce qu'ils s'inscrivent dans une logique de charité, le pouvoir d'affecter les bénéfices restant aux mains du Nord. Ces initiatives de commerce équitable « light » qui n'avancent que de maigres garanties et mettent en avant des projets vitrines sèment la confusion dans l'esprit des consommateurs, explique Denis Lambert, secrétaire général. Il serait temps que les politiques se penchent sur le sujet et travaillent à cette définition. L'ONG rencontrera les présidents de parti à cet effet le 14 octobre, à l'occasion des festivités de la Semaine du commerce équitable (du 5 au 15 octobre).