Préparer « l’après-prêt »

ROSSI,FRANCA; SAINTGHISLAIN,VALERY

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Samedi 28 juin 2008

Province Les médiathèques de La Louvière et Mons menacées

Deux des trois centres hainuyers sont menacés. A Mons, la survie passe par un projet pilote transversal.

La médiathèque de Mons a vu son effectif dégraissé suite au premier plan de restructuration. L’équipe se compose désormais de 3,25 équivalents temps plein. Les beaux jours sont passés. Philippe Meunier, le patron du centre de prêt montois, a vu l’affluence entre les bacs piquer du nez au début des années 2000. Brutalement. « On perd entre 10 et 15 % de locations chaque année, reconnaît-il. Le déclin a débuté en 2000 – 2001. Pour l’année 2003 – 2004, on était encore à 141.000 prêts. Pour la première fois, en 2007 – 2008, on passera en dessous de la barre des 100.000. Nos prévisions pour 2008 – 2009 sont à 75.000 prêts… ».

Malgré ses efforts (la médiathèque montoise a été pionnière dans l’organisation de concerts et l’accueil d’expositions dans sa galerie), la fréquentation moyenne quotidienne dans les locaux de l’Îlot de la Grand-Place stagne autour de 125 personnes (140, le samedi). Des habitués, pour la plupart, conscients de trouver ici un conseil avisé, de dénicher une rareté piochée dans l’immense catalogue ou venus glaner des clés de compréhension à contre-courant d’un paysage artistique guidé par le business. Le téléchargement gratuit n’explique pas tout, selon Philippe Meunier. « La nouvelle génération a une approche différente et un accès à la musique plus varié, notamment au travers des multiples festivals. Le GSM a aussi grignoté une part du pouvoir d’achat lié aux loisirs. C’est un tout ».

En fait, c’est tout le prêt public (bibliothèques et médiathèques) qui retient son souffle. L’équation est dure : changer ou mourir. À la ville de Mons, on est conscient du challenge. La disparition d’une médiathèque dans la capitale culturelle de la Wallonie, candidate au titre européen serait choquante. Tout espoir n’est pas perdu. Il reste une bonne année pour trouver une solution. Une réflexion est en cours depuis plusieurs mois sur l’avenir, que l’on conçoit lié, de la médiathèque et des bibliothèques communales. Pierre Hemptinne, ex-médiathécaire en chef de Mons, aujourd’hui responsable des collections de tout le réseau, avait lancé la réflexion, dans le cadre de 2015. Les pistes, notamment menant aux nouvelles technologies, ne manquent pas avec les arrivées de Google et de Micorosoft. Ou encore la présence d’un centre des écritures numériques. Reste à mettre tout çà en musique.

« Une médiathèque qui ferme, c’est une prison qui s’ouvre »

Vendredi, en début d’après-midi, les médiathécaires de La Louvière attendaient les informations de la hiérarchie. « On devrait mettre une pancarte “Fermé pour cause de décès” à l’entrée, lance Fabienne, en fonction à la Médiathèque depuis vingt ans. Sans démocratie culturelle, il ne peut y avoir de démocratie économique. Dans une région comme celle-ci, c’est fondamental de préserver la culture », ajoute-t-elle.

Elle prône aussi la centralisation des institutions culturelles, qui permettrait, insiste-t-elle, des collaborations fructueuses, par exemple avec les bibliothèques. Sa collègue, Nathalie, s’étonne de la menace de fermeture qui pèse sur certains centres de prêt. « C’est vrai qu’à l’approche de l’été, la fréquentation baisse car les enseignants ne viennent pas mais les habitués restent fidèles. Sans doute que cette baisse, ajoutée aux effets du téléchargement, donne des statistiques moins bonnes mais pas dramatiques. »

Les deux employées servent et conseillent les membres, qui se succèdent sans relâche au guichet. Jean-Luc, fidèle à la médiathèque depuis trente ans, regrette la mise en péril de l’institution : « Pour paraphraser quelqu’un, je dirais qu’une médiathèque qui ferme, c’est une prison qui s’ouvre. De plus, ce service nous permet de découvrir, à moindre prix, des groupes et genres musicaux que le net n’offre pas. » Pascale, membre depuis cinq ans, est du même avis : « C’est très éclectique, il y en a pour tous les goûts, et pas cher. » Sa fille, Morgane, 11 ans, vient aussi régulièrement emprunter des jeux vidéo. « Ce serait bête de fermer cette médiathèque, parce qu’il y a beaucoup de choix, pour les grands et pour nous. »

La Médiathèque de La Louvière a déjà fait les frais du plan social, à l’issue duquel, elle est passée de cinq employés à trois. Fort de 20.000 médias (CD, DVD, jeux vidéo), le centre de prêt, comme tous les autres du réseau, peut se targuer de collections précieuses et très diversifiées.

Les membres ne le savent que trop. Et attendent des nouvelles, comme le personnel.