PREVENTION AU COEUR DU QUARTIER NORD EMERGENCE VEUT ATTEINDRE LES TOXICOMANES MARGINALISES

CLAEYS,JANINE

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Samedi 23 août 1997

Prévention au coeur du quartier Nord

«Emergence» veut atteindre

les toxicomanes marginalisés

La police n'ose évaluer de façon précise le nombre de personnes qui se droguent à Bruxelles : entre 8.000 et 15.000, dit-elle, prudente. Dont une bonne part consomment plusieurs sortes de drogues.

La nouvelle ASBL Emergence estime qu'il existe suffisamment de centres pour prendre en charge les drogués, mais que malheureusement une grande partie passe entre les mailles de toutes les aides : il s'agit des gens mal informés parce qu'ils sont paupérisés, de personnes incapables de se rendre à un rendez-vous précis, ou qui craignent les « paperasses» parce qu'ils ne sont pas en ordre de mutuelle, qu'ils ont eu des problèmes judiciaires, et qu'en fin de compte, leur journée est régulée par la recherche de produits et leur consommation.

Quelques associations les voient souvent passer, ces marginalisés régulièrement sans abri. Ainsi Midrash, qui s'occupe surtout des droguées mères ou futures mères, La Ruelle, association de rue qui travaille entre la gare et la place de Brouckère, Un toit, un coeur, qui tente de réinsérer les personnes en situation précaire, et Espace Prévention, lien entre les ASBL et l'échevinat de la jeunesse et de l'intégration de Schaerbeek.

C'est de la volonté de ces associations qu'est née l'ASBL Emergence et sa première antenne, Emergence Nord, entre la gare et les gratte-ciel de l'Espace Nord, dans un local prêté par Un toit, un coeur. Pour le moment... Emergence Nord ne fait qu'une chose : attendre le client !

- Il s'agit d'un pari, reconnaît Jean-Michel De Herde, le psychologue du groupe. Il est indispensable, pour toucher ces gens, d'être là pendant de grandes plages horaires, d'être disponible sans rendez-vous... Bref, de faire sauter un maximum de barrières.

Les après-midi de la semaine, la permanence fonctionne entre 14 et 17 heures. Et il y a consultation médicale les mardis, jeudis et vendredis entre 14 et 15 h 30. Un autre pari étant que la rencontre avec un médecin généraliste permette un premier pas vers la rupture avec la toxicomanie et une remise à flot dans la société. Après, certains pourront être orientés vers un traitement classique.

Mais il faut d'abord qu'Emergence Nord soit connu. L'expérience de Midrash a appris qu'environ un tiers des personnes sont renseignées par l'une ou l'autre institution, un tiers par un médecin généraliste, et le troisième tiers par le bouche à oreille.

L'ASBL s'est donné six mois, après quoi il y aura évaluation des résultats. Midrash a pris tout le risque financier de cette demi-année (un budget de 400.000 F, rassemblé avec l'aide de la Cocof et de la commune de Schaerbeek), notamment pour payer un forfait horaire aux généralistes. Après, on verra...

JANINE CLAEYS

Emergence Nord, rue Gaucheret, 78, 1030 - Bruxelles. Tél. 02-203.51.83.