Prison de Forest : « Le seuil de l’insupportable a été atteint »

n.c.

Mardi 27 mars 2012

Le barreau de Bruxelles estime que « le seuil de l’insupportable a été atteint » à la prison de Forest, où vivent actuellement 739 détenus pour 402 places.

Les ailes C et D du bâtiment affichent un taux de surpopulation de 235 %, ont alerté mardi les bâtonniers bruxellois, la Ligue des droits de l’homme, la commission de surveillance de la prison, l’association syndicale des magistrats et l’Observatoire international des prisons (OIP). Celui-ci évoque un traitement « inhumain et dégradant » qui s’apparente à de la « violence étatique à la limite de la torture ».

Des conditions de vie intenables

Actuellement, 450 détenus sont par trois dans des cellules prévues pour une ou deux personnes, s’est insurgé le bâtonnier de l’Ordre français du barreau de Bruxelles, Jean-Pierre Buyle. « Cela signifie que chaque détenu dispose d’un mètre carré pour vivre dans sa cellule, où il passe 23 heures sur 24 », ajoute la présidente de la section belge de l’OIP, Delphine Paci.

Les droits fondamentaux des détenus sont bafoués. « Les normes les plus élémentaires d’hygiène font défaut en raison de l’exiguïté des lieux de vie, de l’impossibilité d’assurer les mouvements vers les douches (qui n’ont désormais lieu qu’une fois tous les trois jours), ou encore du manque de linge (changé une fois toutes les quatre semaines) », poursuit M. Buyle.

Des droits limités réduisent les possibilités de sortie

Les droits de la défense sont également pour le moins limités, les visites des avocats et les transferts vers le palais de justice étant fortement ralentis. Les détenus ne peuvent même plus espérer une libération conditionnelle puisqu’ils ne peuvent pas se rendre en chambre du conseil, précise la commission de surveillance.

Les intervenants pointent aussi le manque de place dans la salle de visites, où seules 24 rencontres peuvent être organisées par jour, ce qui est l’un des éléments tendant à aggraver le phénomène de déshumanisation des détenus, selon la Ligue des Droits de l’Homme.

Ceux-ci se trouvent dans une misère morale qui dépasse l’entendement, au point que le « cachot volontaire » est devenu une pratique courante, malgré les conditions de vie insupportables qui y règnent, résume la commission de surveillance, qui tire également la sonnette d’alarme quant à la présence de plus en plus fréquente de détenus souffrant de maladies mentales dans les ailes de droit commun.

Les solutions proposées

Les différents acteurs, réunis mardi au palais de justice de Bruxelles, estiment que la cause de cette surpopulation se trouve dans l’augmentation des détentions préventives et de leur durée, l’arriéré judiciaire du tribunal d’application des peines, ou encore la multiplication des longues peines.

Ils sont convaincus que la construction d’une nouvelle prison ne changera rien au problème. Ils réclament la réouverture de l’aile B, qui est actuellement vide, de la prison de Saint-Gilles, la fixation d’un seuil maximum à Forest, l’amélioration des conditions de vie et la mise sur pied d’un groupe de travail pluraliste (SPF Justice, Régie des bâtiments, barreaux de Bruxelles, administration pénitentiaire).

Belga