Forest : détenus sans aide sociale

DORZEE,HUGUES

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Samedi 23 juin 2012

Prison Les services externes dans l’incapacité d’assurer leur mission depuis 3 mois

La situation à la prison de Forest reste préoccupante. Et, malgré les nombreuses interpellations lancées ces derniers mois (barreaux, magistrats, ONG…), rien (ou si peu) ne semble s’améliorer concernant les conditions de détention des détenus.

La surpopulation ne baisse pas. Ce vendredi, on comptait 684 détenus pour… 402 places. Avec un taux moyen de surpopulation de 187 %. « Dans l’aile D, il dépasse les 240 % », nous confirme le directeur, Vincent Spronck.

Actuellement, 339 détenus sont contraints de vivre en « trio » dans une cellule de 9 m2 (lire notre reportage du 28 mars). Et les transferts annoncés vers la nouvelle aile de la prison de Saint-Gilles se font au compte-gouttes ou pas du tout… « Depuis début mars, nous restons dans une moyenne d’environ 700 détenus par jour. Et la pression reste forte. Malgré cela, le personnel continue à assurer ses missions avec professionnalisme », souligne le directeur.

Les droits des détenus sont largement bafoués. En effet, depuis le 5 mars dernier, tous les services « externes » (cours, formations, activités socioculturelles, accompagnement psychosocial…) et les visiteurs bénévoles ne sont plus en mesure de voir les détenus dans le régime ordinaire.

Les agents pénitentiaires ont limité les mouvements vers les parloirs des avocats. « Cela nous oblige à traverser tout l’établissement. Avec 700 détenus et le cadre actuel, c’est impossible à gérer. Alors nous privilégions l’essentiel (visites, avocats…) », dit-on du côté des agents. « Mais les services externes ne sont pas responsables de la surpopulation !, s’indigne Tinaïg Rudolph, coordinatrice du Service de réinsertion sociale. Et nous sommes précisément là pour favoriser la réinsertion des détenus et participer, notamment, aux libérations. »

Claire Capron, visiteuse, est également outrée : « Près de quatre mois sans visites, sans accompagnement, sans écoute. C’est une honte. »

Récemment, les visiteurs bénévoles ont adressé une « lettre ouverte » à la ministre de la Justice, aux agents pénitentiaires et à la direction. De son côté, l’équipe psychosociale de la prison de Forest (une quinzaine de psychologues, assistants sociaux et psychiatres) a interpellé l’administration (EPI). « Les conditions de détention restent catastrophiques (hygiène, promiscuité…). En particulier pour les détenus les plus faibles (internés, sans-papiers…) et pour ceux qui ont peu de contacts sociaux, confirme un membre du personnel. Certains détenus vont très mal. Plusieurs projets de libérations à l’essai sont compromis ou bloqués. Cela crée beaucoup de tensions. »

Certes, depuis un mois, les agents ont rouvert l’accès aux services externes dans l’annexe psychiatrique. Mais l’essentiel de la prison de Forest reste sous tension.

PROJET de Loi approuvé

Le bracelet électronique « GPS » pour les détenus en préventive

Ce vendredi, le conseil des ministres a approuvé le projet de loi « portant des dispositions diverses » déposé par la ministre de la Justice (Turtelboom, Open VLD). Parmi les mesures, il y a l’adoption du principe de détention « virtuelle » pour les auteurs de délits placés sous mandat d’arrêt par une autorité mandante (juge d’instruction, chambre du conseil/des accusations), comme révélé dans Le Soir du 4 mai dernier.

L’objectif ? Réduire le nombre de détentions préventives (environ 31 % de la population carcérale).

En pratique, le juge d’instruction ou le magistrat pourra recourir au système de surveillance électronique via « GPS », en prenant en compte divers critères (risques de récidive, dangerosité…). Le prévenu est équipé d’un boîtier inviolable. Et, via un double système (GPS et antennes GSM), il est surveillé « en tout lieu et à toute heure selon différents niveaux de sécurité », assure le fabricant (la société 3M, avec laquelle le SPF Justice a conclu un contrat de 5 ans.

Coût : 1,5 million d’euros.

Diversement appréciée, cette mesure devra être approuvée par le Parlement. Le projet de loi sera également soumis au Conseil d’Etat. Et il devrait théoriquement entrer en application fin de cette année.