Pristina prête à larguer les amarres
REGNIER,PHILIPPE; DELISSE,FRANCOIS-XAVIER; LALLEMAND,ALAIN
Page 8
Lundi 23 juillet 2007
Kosovo Nouvel échec à l’ONU, qui abandonne momentanément la partie
Moscou bloque toujours le Kosovo vers l’indépendance sous l’égide de l’ONU. Déclarée unilatéralement le 28 novembre ?
Belgrade
de notre correspondant
Car les évènements se sont précipités. La cinquième version d’une proposition de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU présentée par les Américains et les Européens, s’est vue une nouvelle fois rejetée à la veille du week-end par la Russie, alliée de la Serbie. Elle était en attente de vote. Mais alors que les Occidentaux semblaient prêts à l’épreuve de force, le dossier est sorti vendredi de l’ONU. Le représentant des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad, a en effet annoncé que la stratégie était désormais de lancer des négociations sous l’égide du groupe de contact, en dehors du Conseil de sécurité, où « le processus a été bloqué », pour n’y retourner qu’à l’issue d’un accord. L’Union européenne devrait jouer également un rôle plus important. Cette décision ne fait pas que des heureux. Karel De Gucht, le ministre belge des Affaires étrangères, « regrette » l’impuissance du Conseil de sécurité, mais considère que le dossier n’est pas enterré.
La période qui s’ouvre est incertaine. Si le groupe de contact va donc superviser de nouvelles négociations durant 120 jours, durée déjà préconisée par le dernier projet de résolution, rien n’est prévu à l’issue de ce délai. Car le groupe de contact n’a pas de pouvoirs coercitifs et, même si le droit de veto n’y existe pas, la Russie ne devrait pas renoncer sur le fond. Pas plus d’ailleurs que les principaux intéressés.
Vojilsav Kostunica, le Premier ministre serbe, s’est félicité d’avoir emporté « une importante victoire au Conseil de sécurité de l’ONU en défendant (…) la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Serbie ». Mais surtout, Belgrade, qui réclame depuis des mois de nouvelles négociations, vient d’exiger que celles-ci se tiennent « exclusivement sous la tutelle du Conseil de Sécurité de l’ONU ». De quoi tuer dans l’œuf tout nouvel effort via le groupe de contact.
Du côté albanais, l’arrêt du processus à l’ONU inspire. Si Agim Ceku, le Premier ministre kosovar a dit lui aussi « regretter » cette décision, il a lancé un pavé dans la mare vendredi : « Le Kosovo pourrait déclarer l’indépendance unilatérale le 28 novembre », a-t-il averti. Selon lui, le parlement kosovar pourrait voter une résolution en ce sens dès cette semaine, même si peu d’échos sont parvenus de Pristina. Ce faisant, le gouvernement kosovar espère ensuite quelques reconnaissances étrangères avant de revenir en force au Conseil de sécurité.
Ainsi, le scénario du fait accompli pourrait voir le jour. L’indépendance unilatérale du Kosovo avait été soutenue par George Bush lors de sa récente visite en Albanie. Washington s’est de nouveau exprimé clairement la semaine dernière. Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américaine, qui reçoit ce lundi les membres de l’équipe de négociation albanaise, ne devrait pas les décourager, elle qui déclarait-il y a quelques jours : « Nous sommes déterminés à aboutir à l’indépendance du Kosovo. Nous l’obtiendrons d’une façon ou d’une autre ».
Forts d’un soutien américain indéfectible, les Albanais du Kosovo y croient. Le 28 novembre, date symbolique de l’indépendance de l’Albanie, c’est dans 120 jours. Soit la durée des négociations prévues par le groupe de contact. Si toutefois celles-ci ont réellement lieu.
Mais les Serbes gardent une dernière carte : la partition. Serpent de mer de la politique serbe au Kosovo, la division de la province selon des lignes ethniques suit la voie des idéologues nationalistes serbes. Le « Plan de Belgrade », présenté par Vojislav Kostunica et voté par le parlement serbe en 2004, propose aussi la partition. Sujet tabou, officiellement exclu de toute négociation, la division du territoire semble comprise même par les Albanais qui savent ne pas pouvoir contrôler le nord de la province, à majorité serbe. Mise sur la table comme proposition de la dernière chance, elle marquerait la fin du concept de multi-ethnicité, une notion chère à la communauté internationale, mais de plus en plus vide de sens au Kosovo.
Le cauchemar kosovar des Européens
Sans résolution de l’ONU, du moins pour l’instant, tout est plus compliqué. D’autant qu’un regain de tension dans la région toucherait l’Europe en premier lieu. Surtout, l’unanimité affichée par l’UE pour soutenir le « plan Ahtisaari » pourrait se fissurer, alors que plusieurs Etats s’inquiètent du « précédent » kosovar, qui pourrait encourager d’autres indépendantismes. Roumanie, Bulgarie, Grèce éprouvent en sourdine des sympathies pour la « mouvance orthodoxe serbe », la Slovaquie redoute sa minorité hongroise, les Espagnols s’inquiètent des Basques. A l’inverse, Londres ou les Scandinaves suivent Washington qui veut une indépendance « d’une manière ou d’une autre ».
« La perspective d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU s’éloigne. Des Etats membres deviennent moins formalistes. Nous devons étudier la question… », résumait vendredi un diplomate européen. La question centrale est la suivante : les Etats membres de l’UE agiront-ils en ordre dispersé en cas de déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo ? La semaine dernière, l’International Crisis Group, une organisation d’analyse des crises basée à Bruxelles, recommandait aux quatre pays européens du groupe de contact de menacer Moscou de reconnaître une déclaration unilatérale d’indépendance en cas de blocage persistant du dossier par la Russie à l’ONU. « Sinon, il y aura des violences », estimait Alain Délétroz, le vice-président de l’ICG. Un dossier brûlant pour les ministres européens des Affaires étrangères réunis ce lundi à Bruxelles.
Crime organisé : le « directeur », chef de réseau kosovar, arrêté
Et de l’actualité, il n’en manque pas. Ainsi, suite à l’interpellation fin juin aux Pays-Bas d’un passeur de drogue albanophone domicilié au Luxembourg, la police néerlandaise vient de faire tomber par ricochet celui qui s’autoproclamait le « directeur » d’un important trafic de cocaïne albano-kosovar entre Amsterdam, la France, l’Italie et la Sicile, via Liège. C’est ce réseau, dirigé par un Albanais, B., et administré par des Kosovars albanophones de Glogovac, qui avait été au cœur de l’opération policière internationale « Li-Talba » déployée simultanément en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, en France, aux Pays-Bas et dans une bonne dizaine de localités belges (Le Soir du 14 juin). En même temps que « le directeur » installé à Amsterdam, les policiers néerlandais ont saisi 4,5 kilos de cocaïne et appréhendés les deux financiers surinamiens du trafic.
Dans une seconde opération, pour un autre trafic de stupéfiants, la police néerlandaise a appréhendé début juillet le chaînon reliant le noyau criminel albanais des Pays – Bas, et la tête du groupe criminel kosovar qui opérait, elle, au départ de la région liégeoise.
Pour mémoire, la quasi-totalité des mandats d’arrêts délivrés en Belgique dans le dossier « Li-Talba » ont été confirmés mercredi dernier en chambre des mises en accusation de Liège.
Un groupe annexe de ce même milieu criminel albano-kosovar, appréhendé quelques mois plus tôt, a d’ores et déjà été condamné pour divers vols, ce vendredi à Liège, et écopé de peines de prison allant jusqu’à 40 mois fermes.
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