Obama va se dévoiler sur l’islam

LOOS,BAUDOUIN; GUIBAL,CLAUDE

Jeudi 4 juin 2009

Proche-Orient Le monde arabe est suspendu aux lèvres du président américain

reportage

LE CAIRE

DE NOTRE CORRESPONDANTE

On a repeint les murs, planté des fleurs, lessivé partout. En deux semaines, l’université du Caire s’est rhabillée de neuf. « Yes we can ! », ironisent les étudiants, qui n’ont jamais vu leur vénérable institution ainsi bichonnée. Car c’est sous la centenaire coupole du bâtiment que le président américain doit aujourd’hui prononcer son discours à l’adresse du monde arabo-musulman.

Le lieu a été tenu secret – sécurité oblige – jusqu’à la dernière minute, tout autant que son contenu. D’Alger à Ryad – où Barack Obama a fait une brève halte, mercredi, avant de se rendre au Caire – l’attente est réelle, mais mesurée, depuis que la Maison-Blanche a précisé que Barack Obama n’avait pas l’intention de présenter un plan de paix détaillé pour le Proche-Orient, mais un discours plus général sur les relations entre l’Amérique et le monde musulman.

Sur la place Tahrir, en plein cœur de la capitale, employés et fonctionnaires se ruent sur le métro. Chacun s’attend à un déploiement de force sans précédent. Pour limiter la circulation, écoles et administrations seront fermées. Mais ils seront peu, pour autant, à écouter le discours présidentiel. « Obama est juif, n’est-ce-pas, comme Bush ? Alors je ne vois pas ce qu’il peut dire de nouveau au monde musulman », assène une femme légèrement voilée et très maquillée. Classique antienne, entretenue par la perception égyptienne d’une politique américaine sempiternellement alignée sur Israël.

L’Egyptien de la rue a la mémoire courte. Pendant la campagne qui l’opposait à John McCain, Barack Obama a au contraire été présenté comme le candidat naturel du monde arabo-musulman, la presse martelant à l’envi son second prénom, Hussein, comme un symbole fort le reliant à l’Islam, religion de son père.

Depuis son accession à la présidence, et à chaque crispation sur le dossier israélo-palestinien, ce sont les photos de son voyage en Israël qui sont mises en avant par les journaux. On l’y voit s’y recueillir devant le mur des Lamentations. De quoi renforcer l’idée bien ancrée que la politique américaine reste au diapason des intérêts du voisin israélien. Le changement de ton de la Maison-Blanche lors du périple américain de Benyamin Netanyahu n’y a rien changé. « Sans avancée tangible sur le dossier palestinien, tout ce qu’Obama pourra dire ne changera rien », rumine Adel, étudiant en sciences politiques.

Assise dans un café branché, Shahinaz Abdel Salam lève les yeux au ciel. Derrière l’ingénieur en télécommunications se cache Wahda Masreya (littéralement « « une Égyptienne »), une des blogueuses-militantes les plus célèbres et les plus virulentes du pays. L’annonce de la venue d’Obama en Egypte l’a d’abord fait tiquer. Elle y a vu un blanc-seing donné au régime égyptien, « une dictature qui torture et empêche la liberté d’expression ». Mais aujourd’hui, l’espoir l’emporte. « Il est différent de Bush, il a grandi au contact de plusieurs cultures et comprend mieux les Arabes, les musulmans. Mon espoir, c’est qu’il vienne parler aux peuples et non aux dirigeants, et qu’il plaide pour les droits de l’homme et la liberté. On a besoin de son aide pour changer. »

Espoir partagé sans grande illusion par le reste de l’opposition, à commencer par Ayman Nour. L’ancien rival de Hosni Moubarak, arrivé second à la présidentielle, et emprisonné dans la foulée pendant 3 ans, a finalement été libéré en début d’année. Un geste de conciliation envers les Etats-Unis. Tout comme l’arrêt des poursuites, la semaine dernière, contre le militant des droits de l’homme égypto-américain Saad Eddine Ibrahim. « Obama ne fera rien qui risque de froisser l’Egypte, sa vieille alliée, dont il a autant besoin pour gérer la question palestinienne que pour contrer l’influence iranienne », prophétise un diplomate occidental.

« La seule chose que j’attends, c’est que les Etats-Unis reconnaissent les erreurs de leur politique passée », soupire Mohamed Rushdie, cadre bancaire. « Les années Bush ont été terribles, mais la politique anti-arabe et anti-musulmane des Etats-Unis a commencé bien avant. Obama est mieux intentionné mais il doit le prouver par des actes », renchérit un passant. Et sa marge de manœuvre est faible, craignent les Égyptiens, déçus de voir que le nouvel hôte de la Maison-Blanche n’est pas déjà pas parvenu à faire fermer Guantánamo, comme il l’avait promis. L’Irak, l’Afghanistan, la Palestine, l’Iran, le Pakistan… La liste des griefs arabo-musulmans est longue. Trop longue, peut-être, pour être balayée d’un simple discours, craignent les Égyptiens.

Les Juifs américains gênés par le gouvernement israélien

Le grand écart de plus en plus visible entre les positions du gouvernement israélien et celles des Etats-Unis dans le dossier palestinien place les supporters américains de l’Etat juif dans une situation inconfortable. Témoin de cette gêne, l’attitude discrète du traditionnel soutien d’Israël au Congrès, l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee). Le puissant lobby pro-israélien n’a en effet pas émis de communiqué après la visite du Premier ministre israélien à la Maison-Blanche le 18 mai malgré l’étalage public des divergences entre Israël et les Etats-Unis sur le processus de paix.

Depuis juin 2002, sous George W. Bush, Washington soutient la solution des deux Etats : Israël et Palestine (« the two-state solution »). L’administration Obama a confirmé cette option mais, contrairement à sa devancière, elle entend aussi y contribuer activement. Or, en Israël, le nouvel exécutif issu des élections de février dernier, proche des colons, se montre hostile à l’avènement d’un Etat palestinien, non sans affirmer vouloir négocier avec les Palestiniens.

La tension entre ces deux thèses s’est focalisée ces dernières semaines sur la colonisation des territoires occupés, les Américains insistant sur sa suspension complète et les Israéliens s’y opposant farouchement. Sur ce thème, la plupart des organisations juives américaines se taisent, jusqu’à présent. Que cela soit du bout des lèvres comme l’Aipac ou plus ostensiblement comme d’autres, ces organisations avaient endossé la « two-state solution » à l’instar du gouvernement israélien d’Ehoud Olmert. Elles peuvent donc difficilement se lever pour défendre une colonisation des territoires occupés dont le caractère antagoniste au concept de paix est manifeste.

Par ailleurs, si nombre d’organisations juives américaines se signalent par leur caractère conservateur, il n’en est paradoxalement pas de même du grand public juif américain, majoritairement libéral (dans le sens américain du terme, soit se situant dans le camp progressiste). Ainsi, 78 % des Juifs américains ont-ils voté pour Barack Obama le 4 novembre 2008…

Nouveau groupe de pression

Un nouveau groupe de pression juif, « J-Street », a même été créé l’an passé à Washington dans le but de défendre des positions en faveur de la paix au Proche-Orient. Non sans succès d’ailleurs. Mais ces progressistes restent bien loin de peser sur le Congrès comme l’Aipac. La preuve ? Ce dernier lobby a appuyé l’adoption le 29 mai dernier au Congrès d’une lettre appelant certes Barack Obama à intensifier ses efforts en faveur de la paix au Proche-Orient mais… « en proche et intime collaboration avec Israël », ce qui sous-entend le contraire d’une politique qui consisterait à exercer des pressions sur l’Etat juif. La lettre a recueilli 405 voix sur 535 membres du Congrès.

ils ont dit...

Le chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden a accusé le président américain Barack Obama de « suivre la même politique d’hostilité » à l’égard des

musulmans que son prédécesseur George Bush, dans un enregistrement diffusé mercredi par Al-Jazira.

« Israël n’a pas l’intention de bombarder l’Iran », a déclaré mercredi le ministre israélien des Affaires

« Israël n’a pas l’intention de

bombarder l’Iran », a déclaré mercredi le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, démentant des rumeurs récurrentes sur une telle intention en raison du

programme nucléaire iranien.