PROF EN 4 ANS: LE SALAIRE DEVRA SUIVRE!

BOUILLON,PIERRE

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Samedi 7 février 1998

Prof en 4 ans : le salaire devra suivre !

Les futurs régents, instituteurs et maternelles passeraient donc quatre ans à l'école normale au lieu de trois : c'est l'un des traits saillants du projet PSC de réforme de la formation des profs dont le «Soir» de vendredi révélait la teneur. Ce document devrait inspirer le projet de décret que le ministre PSC Ancion s'apprête à rédiger.

Ce texte porte la signature d'un groupe de travail créé à l'automne au Cepess (centre d'études du PSC). Présidé par Michel Weber, chef de cabinet d'Ancion, ce groupe a réuni les syndicats (CSC), le Secrétariat de l'enseignement catholique, les associations de parents du libre et des directeurs d'école normale.

Le fait que le document ait agréé ces partenaires donne à croire qu'il ne finira pas ses jours au fond du lac. Mais formellement, sur le jeu de... loi, il reste pas mal de cases à parcourir. Le texte doit encore être adopté par la direction du Cepess (la semaine prochaine, sans doute) avant d'être présenté au comité directeur du PSC. Ce n'est que dans un troisième temps qu'Ancion entreprendra la rédaction d'un véritable projet de décret.

Vu les (nombreuses) autres réformes sur le métier et l'embouteillage qu'elles annnoncent au parlement de la Communauté française, ce travail d'écriture ne devrait démarrer qu'à l'automne. Pronostic du cabinet Ancion : la réforme n'entrera en vigueur qu'à la rentrée 2000.

Le cabinet fait observer que le projet de rassembler les normaliens sous le même toit ne posera guère de problèmes matériels. Dans les faits, maternelles, instituteurs et régents cohabitent déjà dans la plupart des hautes écoles. Le projet de fondre les formations dans un même moule (programmes communs, etc.) ne serait qu'une affaire de décloisonnement, pas de déménagement (rappel : la 1re année serait commune aux maternelles, instituteurs et régents, les années suivantes seraient «largement communes»).

L'impact budgétaire de l'allongement de la formation à 4 ans n'inquiète pas le cabinet PSC : l'essentiel des 750 heures prévues pour la 4e année serait consacré aux stages. Soit 400 heures, dont 200 en situation réelle (c'est-à-dire en l'absence du titulaire de classe qui pourra, lui, partir en recyclage).

A chaud, comment réagit le Landerneau ? Le texte dont nous avons livré la teneur ne circule encore que sous les manteaux chrétiens. La ministre de l'Education ne l'a pas encore reçu. Sans (trop) se prononcer sur le fond, donc, le cabinet de Laurette Onkelinx se borne à noter que le monde chrétien se concerte en famille «avant» de sonder ses partenaires politiques. C'est la vieille culture, dit-on.

Le cabinet Onkelinx émet juste un petit doute sur l'idée d'étirer l'école normale à 4 ans. Il faut donner du contenu à cette 4e année, dit-on avant de rappeller que le passage de l'école normale de 2 à 3 ans, en 1983, fut une opération artificielle, sans véritable projetpédagogique. Jean-Marie Ansciaux est d'accord là-dessus. Pour le président de la CGSP-enseignement, le passage de 2 à 3 ans ne visait qu'à «traficoter les chiffres du chômage».

Pour le solde, et sous réserve de lire un texte officiel, la CGSP indique que si les normaliens passent à 4 ans, le salaire devra suivre le mouvement. Le passage à 4 ans vaut une licence, estime Camille Dieu. Et une licence se paie au barème 501, celui des licenciés de l'université ou du type long. Dans la foulée, la syndicaliste se demande si Onkelinx (dont le budget finance le salaire des profs visés) acceptera la dépense.

Au fait, l'alignement salarial des maternelles et instituteurs sur le régent (d'ici 2005) fait déjà suffisamment cauchemarder les comptables communautaires que pour laisser pressentir que l'alignement généralisé des profs sur la solde du licencié n'est pas gagné. Pas du tout, même.

P. Bn.