DONNAY,JEAN-LOUIS

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Vendredi 27 mai 2005

Aux grands maux, les grands remèdes belges

JEAN-LOUIS DONNAY

Pour le football belge, la tragédie du Heysel aura eu pour seul mérite d'actionner le déclic d'une prise de conscience collective qui a incité les autorités politiques à se pencher sur la problématique sécuritaire et à adopter, au fil des ans, un train de mesures coulées en directives ministérielles et arrêtés royaux.

Il aura tout de même fallu attendre plus d'une décennie pour que soit adoptée, le 21 décembre 1998 la fameuse « loi football », véritable socle sur lequel s'appuie aujourd'hui chaque acteur concerné pour juguler le fléau du hooliganisme et garantir à tout spectateur son intégrité physique. Ainsi, tous les clubs de divisions 1 et 2 ont-ils dû souscrire à l'application d'une charte répertoriant tous leurs devoirs, notamment en matière de...

Protocole d'accord. Il doit être signé avant le 1er août de chaque année entre le club, la police, les services médicaux et communaux. Chaque organisateur de match est tenu de désigner un responsable de sécurité qui aura suivi auprès de la Fédération une formation de 3 à 4 jours. Pour la plupart volontaires, ceux-ci peuvent aussi être rémunérés. Le FC Bruges en compte trois, occupés à temps plein. Ce chef de meute prend en charge la sécurité active (stewards) et passive (infrastructures).

Les stewards. Ils sont chargés d'encadrer les supporters. Dès qu'un club se déplace à l'étranger avec plus de 500 supporters, l'UEFA exige leur présence. En Belgique, chaque club est obligé de recruter des stewards (hommes et femmes), d'assurer leur formation (6 h de théorie, 6 h de pratique et 5 mois de stage) ainsi que leur recyclage (6 h minimum par an axées cette saison sur la drogue, l'alcool, la xénophobie et le racisme). Lors de chaque rencontre, précédée d'un briefing donné par le responsable de sécurité, il faut nécessairement placer dans le stade 1 steward par 300 spectateurs. Le stade Roi-Baudouin, avec ses 50.000 places nécessite ainsi la présence de 500 à 600 stewards. Les grands clubs - Anderlecht, Standard, Genk et FC Bruges - en recensent en permanence entre 100 et 130. Leur rétribution, à charge de la fédération ou des clubs, est symbolique : 25 euros (non taxables !) par prestation qui peut débuter à 16 h et se terminer à 23 h, soit 7 heures de présence au stade !

Le conseil consultatif local. Quatre fois par an, minimum, chaque organisateur de match est tenu à réunir toutes les parties concernées par le déroulement des rencontres à savoir les dirigeants, la police, le service incendie, le service médical, les clubs de supporters, les stewards, les contrôleurs, les guichetiers ainsi que le comité des riverains du stade.

Le ROI. En achetant son ticket, le spectateur est censé prendre connaissance du règlement d'ordre intérieur (ROI) qui doit être affiché à l'intérieur du stade et doit forcément être respecté par chacun à la lettre.

Le ticketing. L'organisateur est responsable de l'impression, de la vente et du contrôle des tickets donnant accès au stade. La « fan card » est imposée par la Ligue professionnelle pour les matchs de D1, mais n'est pas légalement indispensable. En revanche, chaque titre d'accès doit être légitimé par la présentation d'une pièce d'identité.

Les caméras. Chaque stade de D1 et D2 doit être équipé de caméras de surveillance. Les premières ont été installées, dès 1995, aux frais de la Fédération qui a consacré les bénéfices - 12 millions de FB - de la Coupe du monde 1994 à l'achat de ce matériel aujourd'hui dépassé.

La liste noire. Elle comporte actuellement les noms de 428 personnes interdites de stade sur décision du fonctionnaire de la cellule football du ministère de l'Intérieur. Fouler la pelouse sans autorisation peut engendrer une peine d'exclusion de minimum 2 ans aggravée d'une amende d'au moins 1.000 euros. Chaque sanction prononcée est passible d'appel (suspensif) devant le tribunal de simple police.

Les infrastructures. Elles doivent répondre aux critères de sécurité détaillés par la loi. Le coût des travaux nécessaires est pris en charge par le propriétaire du stade (commune ou club). Des milliards d'anciens francs ont été consacrés à la rénovation des enceintes soumises, chaque année, à inspection. L'Intérieur et la Fédération peuvent à tout moment effectuer des contrôles, tout comme l'UEFA en ce qui concerne les clubs soumis à l'obligation de répondre aux critères de la licence européenne. Le ministère est autorisé à délivrer des amendes mais n'est pas habilité à ordonner la fermeture du stade, à l'inverse du bourgmestre de la commune ou de la ville concernée. L'UEFA distribue des étoiles à chaque stade européen. Le Heysel a perdu sa 4e étoile - indispensable à l'organisation d'une finale de Coupe continentale - en raison de la présence de grillages séparant le terrain des tribunes.

Les grillages. Ils sont en principe obligatoires, mais peuvent être enlevés à la suite d'une dérogation accordée par l'Intérieur. Bruges l'a obtenue, a enlevé ses grilles mais a installé un système de rouleaux qui empêche le spectateur ayant franchi la zone neutre de regagner la tribune. Westerlo vient d'enlever ses grillages tout en investissant dans l'achat de caméras de surveillance supplémentaires.

Les forces de l'ordre. Elles sont toujours présentes, en masse, à l'extérieur du stade. Leur coût devrait être pris en charge par le club organisateur mais le ministre concerné a jusqu'ici maintenu au frigo l'arrêté royal régentant cette disposition au motif qu'il apprécie l'effort accompli par les clubs en matière de sécurité et de maintien de l'ordre. Les mêmes faveurs sont accordées aux organisateurs de toute autre manifestation sportive.