Quaden: pas de festin avant 2002

BERNS,DOMINIQUE; DUCHESNES,DOMINIQUE

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Samedi 27 mai 2000

Quaden: pas de festin avant 2002

Le gouverneur de la Banque nationale (BNB), Guy Quaden avait, vendredi après-midi, une bonne et une mauvaise nouvelle.

Commençons, comme il est habituel, par la bonne.

Selon le service d'études de la BNB, l'économie belge va péter le feu cette année. La croissance (réelle) du Produit intérieur brut (PIB) atteindra 3,8 %, contre 2,5 % l'an passé (1). Il faut remonter à la fin des années 80 pour trouver un taux de croissance aussi élevé , note le gouverneur Quaden.

Avec un tel dynamisme économique, le déficit public ne serait cette année que de 0,5 % du PIB - C'est meilleur que le niveau de 1 % initialement fixé dans le programme de stabilité pour cette année , précise Guy Quaden. Dès 2002, la Belgique renouera avec l'équilibre budgétaire sans effort supplémentaire pour la population. Youp-la-la...

« LA CAGNOTTE»:

UN DÉBAT PRÉMATURÉ

Mais vient la douche froide. Si , reprend le gouverneur de la BNB, comme il se doit pour un Etat dont la dette atteint 10.000 milliards de francs, on se donne pour priorité d'atteindre au plus tôt l'équilibre budgétaire, il n'est pas question de goûter aux fruits de la croissance avant 2002.

La coalition arc-en-ciel a réduit les cotisations sociales et revalorisé le non-marchand; elle a prévu de supprimer progressivement la cotisation spéciale de crise et de réformer les polices. L'équilibre budgétaire reste à portée de la main pour 2002. Mais il ne faut pas distribuer d'autres «cadeaux» avant 2002...

Pour le président des libéraux francophones, Daniel Ducarme, et pour le ministre des Finances, Didier Reynders (PRL lui aussi), le rappel à l'ordre tombait mal. Vendredi matin, sur les antennes de Bel-RTL, le second annonçait qu'il allait accélérer la suppression de la cotisation spéciale de crise.

Daniel Ducarme revenait sur cette mesure un peu plus tard dans la journée, dans le même sens (lire ci-contre).

A la décharge des «politiques», on reconnaîtra qu'ils ont tous prévenu que les marges ne commenceraient à gonfler que dans deux ans. Mais le débat sur la répartition des fruits de la croissance est prématuré , tranche Guy Quaden. Tous ces débats me font songer à une équipe de football qui s'échauffe un peu trop longtemps avec le début du match, note le valeureux Liégeois exilé en Brabant wallon, mais toujours supporter du Standard.

Mais sans doute nos hommes et femmes politiques ont jugé positif de se donner le «bon» profil avant les élections communales de l'automne prochain...

LE « FONDS ARGENTÉ»?

UNE EXCELLENTE CHOSE

Titillé sur l'affection des marges après 2002, le gouverneur a souligné trois objectifs souhaitables: réduire la dette publique - non plus seulement en pourcentage du PIB, mais en valeur absolue; abaisser les cotisations sociales; et mettre en oeuvre, quand ce sera possible, une réforme de la fiscalité des revenus du travail.

Et le «Fonds argenté» (le Fonds de vieillissement) du vice-Premier SP, Johan Vande Lanotte? Une idée de moyen terme. Une excellente chose. Il est réconfortant de savoir que le monde politique est conscient du choc des pensions.

Il est vrai que le thème avait été largement débattu au début des années 90, avant de sombrer dans l'oubli, faute d'accord politique pour le résoudre.

Le gouverneur refuse cependant de prendre parti sur les modalités pratiques. Certains estiment qu'ils est prioritaire de réduire la dette publique à un rythme accéléré. Il me semble qu'il serait politiquement plus facile de créer un fonds qui garantira le paiement des pensions, note Guy Quaden. Si ce «Fonds argenté» investit en obligations publiques, la dette nette -la dette moins les actifs- se réduira automatiquement .

Or, c'est le critère dont tient compte la Commission européenne pour établir notre bulletin budgétaire...

D. B.

(1) L'étude de la Banque nationale sera plubliée dans la «Revue économique» de ce mois. Elle est disponible depuis vendredi sur le site de la BNB, à l'adresse: www.bnb.be.