Quand Franquin mettait le turbo

COUVREUR,DANIEL

Page 42

Vendredi 11 janvier 2008

Les belles mécaniques faisaient rêver Franquin. Tous les modèles dessinés pour ses albums sont rangés dans son garage.

Hergé a dessiné plus de 79 bolides clairement identifiables dans les albums de Tintin. Les spécialistes automobiles, Xavier Chimits et Pedro Inigo Yanez, en dénombrent 339 dans l’œuvre de Franquin, sans compter les camions, les motos, les tracteurs, les tanks ! Cette idylle automobile touche à son paroxysme dans un gag de Gaston, publié en 1967, où Franquin relève le défi graphique de glisser 22 voitures de marques différentes dans une seule case avec la complicité de Jidéhem.

A ses débuts, André Franquin en pinçait surtout pour les américaines, dont les carrosseries fuselées rutilent à Incognito City, dans les Pirates du Silence. Les Zorglhommes de L’Ombre du Z dévaliseront les banques en Ford Fairlane et le bandit Toothbrush a le pied au plancher d’une Nash Ambassador dans La corne de rhinocéros.

Pour chaque véhicule, Chimits et Yanez dressent une fiche technique, couplée à la case dans laquelle son moteur rugit. Les auteurs portent ensuite un regard inédit sur ce vaste garage dessiné, analysant l’art de la panne, la science des carburants alternatifs ou encore le sens du gadget automobile chez Franquin. Un chapitre tourne autour de l’exception Modeste et Pompon.

Pour cette série, Franquin avait « perdu un temps fou à faire le designer automobile ». « Je croyais me faciliter la vie en créant des voitures plutôt qu’en copiant des modèles existants », dira-t-il plus tard.

Le livre se referme sur le virage pris par Franquin en fin de carrière. Dans les Idées noires, les voitures ne sont plus que corbillards, ambulances ou machines à polluer. « La prolifération de l’espèce me rendait l’automobile de moins en moins sympathique », avouera-t-il, tandis que les derniers Gaston expérimentaient les moteurs hybrides…

Gaston et les Colominos

Marsu Productions poursuit son intégrale à tirage limité des gaffes de Lagaffe en version originale, grand format, noir et blanc. Les années 1963-1964 sont celles des leçons de poubelle à pédale, des colères de Fantasio, du rock à Gaston, de la boule de bowling, des premiers contrats à l’eau de M. De Mesmaeker… et du grand retour de l’abominable Gaston latex. En bonus : les animations réalisées par Franquin à la même époque dans les pages du journal Spirou, où l’on redécouvre les suggestions zygomatiques des lecteurs pour les costumes du « bal à Gaston », l’apparition inédite du héros dans un mini-récit de L’ange Emile contre les Barbudos et un fac-similé du jeu perdu des Colominos. Rien que du beau, du bon, du bonheur…