Quand les écrivains étaient journalistes

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

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Vendredi 11 mars 2011

Vous savez que M. Haussmann s’est défendu vivement de posséder une seule maison à Paris. Il a déclaré, en toute solennité, que ses propriétés se trouvaient en province. Cette déclaration était inutile, tout le monde savait à quoi s’en tenir. Si M. Haussmann était propriétaire à Paris, il ne s’amuserait pas à bouleverser la ville d’une si rude façon. » Signé Emile Zola, le 4 février 1869, dans le journal La Tribune.

Ce texte, rude lui aussi, nous l’avons trouvé dans ce Zola journaliste, que la collection GF de Flammarion met à la disposition des lecteurs. Une excellente idée que de rassembler ainsi des articles et chroniques de ces écrivains qui étaient en même temps de remarquables chroniqueurs, mondains, culturels, sociaux, politiques. Il y a déjà Emile Zola, Théophile Gautier et Charles Baudelaire. Un Balzac sera prêt en 2012. Et on prépare Hugo, Jules Vallès et Barbey d’Aurevilly.

« C’est Adeline Wrona qui m’a proposé il y a bien quatre ans de lancer cette série, raconte Charlotte von Essen, éditrice de la collection GF. Une très belle idée. Mais un travail important. Il faut lire, choisir, se référer aux journaux de l’époque. Gautier a écrit des milliers d’articles. Il nous fallait donc retenir un échantillon représentatif de tel ou tel auteur. Et établir des critères. Nous avons choisi pour le faire des spécialistes des relations entre la littérature et la presse qui sont aussi experts des écrivains en question. »

Le problème est : cela nous parle-t-il encore aujourd’hui ? A parcourir les livres, on peut répondre par l’affirmative. Charlotte von Essen ajoute : « L’intérêt de ces articles n’est pas qu’historique. Gautier est sans doute plus artistique mais Zola et Baudelaire apportent un éclairage sur l’essence même de la politique. Leurs écrits de journaliste gardent, pour tous les trois, une belle résonance sur le monde contemporain. »