QUESTIONS à Pierre Ghêne

GILLEMON,DANIELE

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Mercredi 13 octobre 2010

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Un musée bruxellois Paul Delvaux reste-il pensable ?

Propriétaire de près de trois cents œuvres de Delvaux (période de formation et suivantes), le Bruxellois Pierre Ghêne a mis le plus gros de sa collection en dépôt au musée d’Ixelles pour une période de cinq ans. En attendant…

Ce dépôt enterre-t-il définitivement le projet de créer un musée Delvaux à Bruxelles, comme ce fut d’actualité avant les élections ?

Non, j’y pense toujours et ne désespère pas d’aboutir. Et je sais gré à Alain Destexhe de m’avoir épaulé dans ce projet pour lequel il a montré un réel intérêt et pas seulement de l’opportunité électorale. Mais le contexte politique, hier (perte des élections pour les libéraux) comme celui, chaotique, d’aujourd’hui est paralysant. L’idée, elle, reste séduisante puisqu’elle propose de réunir dans un bâtiment de la ville, à deux pas du musée Magritte – un bâtiment vide qui pourrit sur place depuis quinze ans – ma propre collection, d’autres collections privées et les Delvaux qui sont en charge du Fédéral (beaux tableaux et de nombreux dessins non exploités) et de la Communauté française.

Bref, une synergie intéressante entre deux maîtres essentiels de notre patrimoine, si proches et si lointains, dont Bruxelles tirerait un bénéfice accru aussi économique que culturel

Les Musées des Beaux-Arts se seraient-ils départis de « leurs » Delvaux ?

Ils l’ont bien fait pour Magritte. Mais bien sûr, on ne peut tout réaliser à la fois. A l’époque, j’avais rencontré le directeur Michel Draguet. Il n’avait pas dit non. Dans le cas de Magritte, la Fondation avait donné tout son appui. Pour Delvaux, c’est une autre paire de manches ! La maison de Saint-Idesbald ne tient pas à voir se développer un musée « rival », surtout si je suis derrière le projet ! Elle entend rester seul maître à bord, une attitude qui bloque toute recherche. Chaque fois qu’un musée organise une exposition où j’interviens à titre de prêteur, il lui faut danser comme elle veut. A telle enseigne que certains décident parfois de ne pas faire de catalogue pour éviter les droits de reproduction excessifs ! Je suis en quelque sorte puni, et ces musées par la même occasion, de mon intérêt pour le peintre. Mais la résistance s’organise. Il ne s’agit nullement d’entretenir une guéguerre qui ne profite à personne mais bien de faire avancer la recherche.

Quel type d’accord vous lie au Musée d’Ixelles ?

Les œuvres sont déposées pour une durée de cinq ans, à charge pour le Musée d’organiser régulièrement des expositions thématiques. A terme, je prévois une grande exposition qui serait différente de la belle rétrospective des Musées Royaux, rapatrierait notamment bon nombre d’œuvres aux Etats-Unis. Un gros travail qui, je l’espère, aboutira sans contrainte…