QUINZE ASSOCIATIONS BELGES DEMANDENT UN MORATOIRE DE TROIS ANS FRONT DU REFUS CONTRE UN GATT ANTI-DEMOCRATIQUE

DERMINE,MELODY

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Vendredi 5 novembre 1993

Quinze associations belges demandent un moratoire de trois ans

Front du refus contre un Gatt anti-démocratique

Fermeture du Parlement pour cause de délocalisation de pouvoir! Pas moins de quinze associations - dont Greenpeace, le Centre national de coopération au développement, les Unions professionnelles agricoles... - se sont regroupées pour lancer une campagne contre la négociation du Gatt et plus particulièrement contre la méthode anti-démocratique et cette allure de TGV qu'elle a adoptée depuis peu dans l'objectif de boucler au plus tard le 15 décembre prochain l'accord sur la libéralisation du commerce mondial. Ce front du refus demande un moratoire de trois ans pour permettre un large débat de société sur les enjeux sociaux, culturels, environnementaux et économiques de la libéralisation commerciale.

Une partie des ces associations étaient déjà à l'origine de l'opération «Gattastrophe», lancée en décembre 1990, au moment même où les 108 pays membres du Gatt (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) tentaient de trouver un consensus pour faire sauter les barrières au libre-échange. Depuis, on sait que les États-Unis et la CEE ont conclu le pré-accord agricole (dit de «Blair-House»). Les Américains ont ensuite enclenché la vitesse supérieure en fixant la date-butoir du 15 décembre. Pour la simple raison que se termine alors la période de «fast-track» (procédure rapide par laquelle le Congrès américain donne à l'administration un mandat pour négocier un accord international).

Les négociations du Gatt sont menées au mépris des principes élémentaires de démocratie, dénoncent les associations intiatrices de la campagne: la traditionnelle division des pouvoirs n'y est pas de mise. Seuls les Exécutifs des États siègent au Gatt. Nous n'avons plus rien à dire dans ces négociations, déclare Martine Dardenne (Écolo), présidente de la Commission du commerce extérieur du Sénat.

Nous devons donc faire pression sur les gouvernements nationaux sinon nous nous trouvons face à un déficit démocratique. Manifestation symbolique: les représentants des associations ont remis hier des oreillers aux présidents du Sénat et de la Chambre qui pourraient bientôt aller se coucher, le Gatt s'occupe de tout!

Pour le grand public, cette négociation-fleuve du Gatt se résume souvent à un grand marchandage entre États-Unis et CEE sur le commerce des produits agricoles. Or, le nouveau modèle agricole proposé aura des effets néfastes pour l'agriculture du Sud, souligne Jacques Zwick du Centre national de coopération au développement: exode rural dans les pays en développement, paupérisation, recours obligé aux importations impliquant une disponibilité en devises...

De l'avis des associations, la négociation évolue sans que le tiers monde mais aussi les citoyens, les consommateurs n'aient droit au chapitre. La liberté totale du commerce entraînera la mort du paysannat, renchérit Jean-Pierre Champagne des Unions professionnelles agricoles, mais également une perte de qualité des produits agricoles. Olivier Deleuze de Greenpeace relève cet autre paradoxe du Gatt, qui prône la liberté d'échange des produits, alors que ses négociateurs ont accepté dans d'autres contextes (Conférence de Rio, Protocole de Montréal) de sanctionner certains produits dangereux pour l'environnement. Le Gatt, c'est la stratégie boomerang, dit-il. Demain, nous serons riches... et malheureux!

MELODY DERMINE