RAS dans le nucléaire : vraiment ?

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

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Lundi 27 avril 2009

La Une Un documentaire d’Alain de Halleux sur les coulisses de l’énergie nucléaire

RAS. Chacun connaît le sens de ces trois lettres en jargon accéléré : RAS pour « rien à signaler ». Dans l’industrie nucléaire, ces trois lettres sanctionnent les rapports très réguliers des inspecteurs. « RAS » signifie donc qu’aucun incident nucléaire n’est à signaler.

Cela, c’est pour la théorie. L’étonnant documentaire de Alain de Halleux, RAS. Nucléaire, rien à signaler, diffusé en cette époque où l’on commémore traditionnellement la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986), montre une réalité moins connue de la polémique nucléaire. Sans le moindre alarmisme ni catastrophisme, il indique le degré d’inquiétude du personnel des centrales nucléaires qui ont cette impression que la sécurité est de moins en moins la priorité des autorités nucléaires. « En fait, explique une spécialiste, le nucléaire est passé d’une logique du service public dont le but était de fournir de l’énergie à tout le monde à une logique privée où le seul but est de faire du fric. »

Dans ce contexte, ce film met en lumière une réalité peu connue : la sous-traitance, par les fournisseurs d’énergie de type Electrabel/EDF/Suez. « Il y a un paradoxe intolérable, dit Michel Lallier, du haut comité à la Transparence, qui réside dans le fait qu’une industrie qui utilise les plus hautes technologies génère un prolétariat sous-rémunéré . »

Statistiquement, on parle d’un risque d’accident sérieux tous les 100.000 ans. La question est donc moins dans le risque d’un nouveau Tchernobyl que dans le quotidien des 440 réacteurs (dont la moitié en Europe). Dans nos pays, 80 % du travail de maintenance est confié à des sous-traitants. Autrement dit : ce sont eux qui prennent les vrais risques d’irradiation et de contamination, pour un salaire extrêmement faible et sans être reconnus comme « travailleurs du nucléaire » (ils n’entrent donc pas dans les statistiques des accidents de travail).

Certains décrivent ainsi leur travail au cœur des réacteurs. Mais le plus étonnant, révèle le documentaire, c’est que même le personnel salarié des centrales ignore souvent l’existence de ceux que l’on appelle « les nomades du nucléaire ». D’autres brisent la langue de bois : « On nous demande de signer RAS même s’il y a un défaut. Nous, nous déclarons une fissure. On nous répond : “Vous n’allez pas nous faire chier, faites pas les cons, on n’a pas le temps. Ce n’est pas une fissure, c’est une rayure.” Et la plupart acceptent de mettre RAS au bout de leur rapport ! »

RAS. Nucléaire, rien à signaler, la Une, 22 h 25.