Les quartiers se mettent au vert

DUBOIS,FRANCIS

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Vendredi 4 février 2011

Région Des opérations pilotes démarrent dans 4 projets « durables »

Les contrats de quartier existent depuis 1994. Pendant 15 ans, ils ont permis de réparer des quartiers balafrés par l’urbanisation brutale et la paupérisation galopante de Bruxelles. Depuis 2009, la gestion en incombe à Evelyne Huytebroeck. Touche écolo oblige, elle y a ajouté le qualificatif « durable ».

Un simple vernis sur un processus intangible ? Pas pour la ministre, qui parle plus volontiers d’un tournant. « La ville est le lieu où s’exerce une pression sociale, démographique, immobilière, environnementale. Nous allons en faire un plus à travers des Contrats de quartier durables. Nous sommes passés à une phase où il ne s’agit plus seulement de “revitaliser”, mais de “renforcer” en partant des forces vives présentes dans les quartiers ». Avec une touche environnementale marquée dans chacun des nouveaux projets adoptés.

Dès ce mois de février, quatre chantiers sont lancés à Bruxelles, Anderlecht, Schaerbeek et Saint-Josse (lire ci-dessous). Ils mobilisent des moyens supérieurs à 70 millions d’euros et devraient trouver leur aboutissement d’ici 2015. Parallèlement, d’autres projets sont en gestation : le Koekelberg historique, Josaphat à Schaerbeek, le quartier Scheut à Anderlecht et le Jardin aux Fleurs à Bruxelles. Des projets « durables ».

liedekerke

L’esprit Wimby : welcome into my backyard

Ici encore, le contrat de quartier reçoit la manne appréciable de 14,9 millions pour rendre bonne mine au périmètre retenu aux abords de la rue Potagère et de la rue de Liedekerke, à Saint-Josse. Un budget de 3,5 millions y est consacré à un projet pilote d’essence environnementale : l’aménagement d’espaces verts en intérieur d’îlot connectés par des voiries vertes. Pour recréer en même temps que de la verdure (l’objectif est de passer de 10 à 20 % de surfaces perméables dans un quartier très dense) un maximum de convivialité. C’est l’esprit Wimby (welcome into my backyard, bienvenue dans mon jardin) que les Hollandais ont été les premiers à opposer au réflexe Nimby (not in my backyard). A cet effet, des projets d’animation des intérieurs d’îlots seront soutenus par le contrat de quartier durable, sur le modèle des expériences hollandaises. Plus concrètement, l’opération envisage le développement d’espaces publics récréatifs : deux parcs seront construits en intérieur d’îlot (en plus d’une maison de jeunes et d’un local pour gardiens de parc) ainsi qu’un réseau d’axes verts pour connecter entre eux les principaux lieux publics du quartier.

Helmet

Le durable à l’attention des personnes âgées

Autre lieu, autre sociologie, autre démarche. « On ne fait pas la même chose dans chaque quartier », explique Evelyne Huytebroeck. « Ici, le projet pilote fait la part belle aux personnes âgées ». De fait, sur les 14,9 millions budgétés pour le contrat de quartier dans son ensemble, une part non négligeable de 2,6 millions est connotée « durable ». Il s’agit ici de reconvertir les barres de logement social du square Apollo gérées par le Foyer schaerbeekois. Au programme : isolation, verdurisation des façades, installation de toits verts, placement de panneaux solaires, ventilation des parkings, programme de gestion des eaux. De l’environnemental classique. Mais ce n’est pas tout. Puisque l’habitant se veut au centre du quartier durable, un accent particulier est mis à Helmet sur les personnes âges, présentes ici en grand nombre : des équipements communautaires et des locaux adaptés à leurs besoins seront intégrés dans le socle des bâtiments du square Apollo. Le projet prévoit également le réaménagement complet du lieu et des abords des logements en espaces publics conviviaux, ludiques et, bien sûr, de haute qualité écologique. De quoi insuffler une nouvelle identité à ces barres qui traînaient la mauvaise réputation de déshumaniser le quartier.

canal-midi

Des potagers au pied des Goujons et du square Albert

Le projet mené au cœur d’Anderlecht consiste à assainir un quartier urbain pollué et d’y tenir la gageure d’implanter des potagers collectifs dans un environnement social réputé difficile. Le contrat de quartier dans son ensemble va y mobiliser 14,9 millions d’euros, dont 3,8 consacrés au projet pilote. A partir d’une expérience locale réussie à Cureghem, l’objectif est de développer dans le périmètre retenu 3.500 m2 de potagers urbains au pied des grands ensembles de logements sociaux des Goujons et du square Albert. « C’est la preuve qu’on ne part pas de rien mais des forces qui existent dans le quartier pour passer à la vitesse supérieure », commente Evelyne Huytebroeck. « Et ça marche ! Les gens sont demandeurs ». Ces potagers pour amateurs et pour professionnels ont pour vocation d’allier objectifs économiques (production de légumes), sanitaires (fournir une alimentation saine) et de cohésion sociale (via l’animation des potagers). En complément de cette démarche, il est prévu la construction d’un restaurant social au bas des Goujons, où seront servis les légumes produits sur place. Un plan de gestion des eaux de pluie figure également au programme, ainsi que l’assainissement et le réaménagement des espaces verts.

masui

Une épine dorsale verte le long du tracé de la Senne

Le tracé historique de la Senne – qui restera enfouie, ne rêvons pas –, constitue la colonne vertébrale du projet où seront investis au total 25,7 millions d’euros. L’idée est d’y créer un « couloir de mobilité douce » en forme de serpentin. Une friche verte y servira de fil rouge pour désenclaver ce quartier du nord de Bruxelles vers le parc Gaucheret et le centre-ville. C’est à partir de cet axe que va se développer le contrat de quartier durable, illustration parfaite pour la ministre Evelyne Huytebroeck que « le vert n’est plus un vernis, mais l’épine dorsale de ce que nous faisons ». Masui se veut à cet égard exemplaire de l’esprit qui porte la réforme des contrats de quartier durables : renforcer les quartiers et leurs habitants plutôt que les faire « renaître » ou les « revitaliser » ; réorienter les opérations par rapport à des enjeux urbains nouveaux ; placer les actions environnementales au centre du projet. A Masui, de nombreuses opérations seront menées : 60 logements à haute performance énergétique vont être érigés et des équipements vont voir le jour (crèche, extension de l’école primaire, salle de gym, maison de jeunes, locaux d’éducateurs de rue…). Des potagers seront également implantés. Dont coût, pour ce projet pilote : 17 millions d’euros.