REMOUS DANS LE SERVICE PUBLIC FRANCAIS

BEAULIEU,JACQUELINE

Page 12

Lundi 17 juin 1991

Remous dans le service public français

A 2 - FR 3: Hervé Bourges, le marieur

À la source des grèves de vendredi, le plan Bourges tel qu'exposé par son auteur.

PARIS

De notre correspondante

particulière

Redresser, rapprocher, regrouper. Telle est la bible d'Hervé Bourges, PDG des deux chaînes du service public. Il a martelé ces mots au cours de la conférence de presse, initialement prévue pour présenter les grilles d'été des deux sociétés. Celles-ci sont passées au second plan, étant donné l'atmosphère d'inquiétude qui règne dans les maisons dont le récent dirigeant a la charge.

Hervé Bourges n'hésite pas: il est le premier à proposer une vraie définition du service public. Une télévision qui sera, selon lui, une télévision pour tous. Une hydre à deux têtes, en quelque sorte: A 2 continuera son rôle de télévision généraliste, et FR 3, pour laquelle le PDG a une particulière tendresse - cette chaîne a une belle image -, continuera son petit bonhomme de chemin en améliorant son rôle régional.

Première étape donc: redresser. Ce n'est pas celle qui est la moins inquiétante pour le personnel des deux sociétés. Les économies sont à l'ordre du jour: 150 millions de FF pour Antenne 2, 280 millions pour FR 3. Pas de doute, comme dit avec précaution Bourges, ces restrictions budgétaires vont avoir des conséquences sociales. Traduire en clair: suppression d'emplois. Pas de chiffres avancés. On murmure qu'il s'agirait d'une charrette de 400 à 500 personnes et que le couperet de la retraite tomberait à 56 ans et deux mois. Hervé Bourges n'a pas hésité à envoyer quelques coups de patte à son prédécesseur qui aurait laissé s'installer de mauvaises habitudes. Le rapprochement des deux chaînes se traduit à l'heure actuelle par une simple harmonisation des programmes qui donne lieu à une réunion hebdomadaire commune. Dans le second semestre de cette année seront mis en place une unité commune pilote pour les programmes de la jeunesse, un regroupement des services sportifs et une mission de coordination du secteur de l'information visant à un redéploiement progressif vers une structure commune. Les services commerciaux, celui des achats et des commandes de programmes devraient également aller à grand pas vers un mariage de raison.

Tout cela pour faire des économies, gagner en productivité mais aussi pour éviter les doublons et donner des missions précises à FR 3 comme à Antenne 2 en ce qui concerne l'information. C'est un maillon où les chaînes privées tiennent le haut du pavé malgré l'importance des effectifs des deux rédactions: 1.000 journalistes, 220 équipes de reportage, 8 bureaux à l'étranger, une agence interne d'actualités. Le président souhaite diversifier les rendez-vous, approfondir les sujets, améliorer le contenu rédactionnel sans recours aux moyens extérieurs. Et offrir à l'UER, un traitement français de l'information. À terme, il s'agirait d'une agence française d'images.

Quant au regroupement il est prévu à l'horizon 1993-1994 et se traduirait d'abord par une communauté de lieu qui ne devrait pas grever le budget puisque l'opération immobilière serait balancée par l'abandon des locaux actuels. Hervé Bourges, qui a l'oeil fixé sur la Grande-Bretagne - décidément les autres nations européennes hantent les rêves des dirigeants français - et sur la BBC, rêve plus lointainement d'un changement législatif qui parachèverait le mariage des deux chaînes. Il veut donc auparavant que les corbeilles de noce ne soient pas squelettiques.

Voici donc pour les casseroles. Quelle sera la cuisine, autrement dit les programmes? Rien n'en a transpercé. On souhaite que ce ne soit pas faute d'idées. Parce que, déclarer A 2 chaîne populaire et de qualité, ce n'est pas très neuf. Le président a seulement parlé d'une étude du public heure par heure, à la manière américaine, ce qui signifierait le jeu de la concurrence frontale avec TF 1. Ce qui n'est pas conforme à l'ambition affichée d'une télévision publique supérieure en diversité et en qualité à la télévision privée.

Les programmes d'été des deux chaînes montrent d'ailleurs, que, pour l'instant, aucun frémissement de nouveauté n'existe. Si l'on excepte l'ouverture d'A 2 vingt-quatre heures sur 24 qui permettra la programmation de stocks médiocres et encombrants, et la diffusion à 20 h 45 de la série japonaise «Planète miracle», rien de neuf. Les émissions-phares, de «La marche du siècle» à «Bouillon de culture», en passant par «Envoyé spécial» et «Caractères», prennent leurs vacances dès juillet, remplacées par les jeux traditionnels: «Jeux sans frontières» et «Fort Boyard». Toujours des rediffusions, ce qui ne serait pas une catastrophe si les choix étaient judicieux.

JACQUELINE BEAULIEU