RENAISSANCE DU SYSTEME MONETAIRE EUROPEEN

DE MUELENAERE,MICHEL

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Lundi 15 avril 1996

Les ministres des Finances veulent imposer la discipline à l'intérieur et à l'extérieur de la zone «euro»

Renaissance du système monétaire européen

Les Quinze veulent ressusciter le bon vieux système monétaire européen. En l'améliorant et en le musclant.

VÉRONE

De notre envoyé spécial

Imperturbables, les Quinze de l'Union européenne poursuivent leur marche en avant vers la monnaie unique. On en connaît désormais le calendrier (au moins théorique): premier janvier 1999 pour le démarrage, premier janvier 2002 pour les pièces et les billets. Les conditions pour y accéder sont fixées: ce sont les sacro-saints critères du traité de Maastricht. Son nom est déterminé - un euro sera divisé en cent «cents». Même son apparence physique se précise. Et ce week-end, les ministres européens des Finances ont engrangé des progrès sur une des questions les plus délicates de l'union économique et monétaire: les relations entre l'euro et les monnaies européennes qui, pendant un certain temps, ne feront pas partie du «noyau dur». Alors que depuis quelques années la discipline monétaire s'est relâchée, l'idée d'un encadrement plus strict des fluctuations des devises refait surface. On songe même à sortir le système monétaire européen de sa léthargie.

VERS UN SME-BIS

Une bonne réunion, bien préparée. Ministres et gouverneurs de banques centrales pouvaient se réjouir de leur réunion de Vérone, samedi en début de soirée. Les contours du paysage monétaire européen de l'après 1999 sont à présent dessinés à grands traits. Un principe est clairement sorti des discussions: la discipline. Elle règnera avant tout au sein du bloc «euro». La politique monétaire y sera assurée par une Banque centrale indépendante dont la mission prioritaire sera d'assurer la stabilité des prix. Plus question pour un Etat de se servir de sa monnaie pour s'assurer un avantage commercial sur ses concurrents. Plus question non plus de creuser le déficit des finances publiques. Même si les Allemands ont mis un peu d'eau dans leur vin en ne réclamant plus un durcissement du critère budgétaire (les fameux 3% seraient devenus un fameux 1%), les Etats qui participeront à l'union monétaire ne pourront relâcher leurs efforts d'assainissement. Des sanctions «quasi-automatiques» frapperont ceux qui se montrent laxistes dans la gestion des deniers publics.

Mais la discipline étant imposée à l'intérieur, personne ne veut que l'anarchie règne à l'extérieur de la zone «euro». Il serait désastreux pour le marché unique qu'un Etat laisse se déprécier sa monnaie afin de rendre ses exportations meilleur marché... indûment. Tous les Etats devront donc s'engager à considérer leur politique de change comme un sujet d'«intérêt commun». Devise dominante sur le continent, l'euro servira de référence à un nouveau système monétaire européen. La participation à ce mécanisme de change devrait d'ailleurs être une condition nécessaire pour qu'un pays puisse intégrer l'union économique et monétaire. L'Etat qui décidera de ne pas en être s'excluera de fait de l'union monétaire, a précisé le ministre belge des Finances, Philippe Maystadt.

Les devises européennes évolueront à l'intérieur de marges de fluctuation (sans doute de 15 %), avec éventuellement des marges plus étroites pour les pays les plus «vertueux». En cas de dérapage d'une monnaie, les banques centrales interviendront sur les marchés des changes pour la maintenir à l'intérieur des marges. Dans l'hypothèse d'un problème persistant, un réalignement des parités monétaires sera possible. Et contrairement à l'ancien SME, dont les ministres semblent décidés à corriger les imperfections, l'initiative du réalignement pourra être prise par la Banque centrale européenne elle-même.

«TRAUMATISME» À LONDRES

Discipline, toujours: l'effort pour garder le contact avec le noyau dur incombera en priorité au pays qui reste momentanément en dehors de l'union monétaire. Il devra en effet poursuivre ses efforts de convergence et soumettre sa politique économique et monétaire au contrôle des pays de la zone euro. Les interventions de la Banque centrale pourraient être conditionnées à cet effort de convergence. Samedi, le ministre français des Finances, Jean Arthuis, a une nouvelle fois suggéré de mettre en place un arsenal de sanctions permettant de «punir» un pays qui laisserait volontairement sa monnaie se déprécier. Le Royaume-Uni, que certains soupçonnent de vouloir pratiquer de telles «dévaluations compétitives», s'est une nouvelle fois trouvé au centre de la controverse. Il est possible qu'un gouvernement britannique accepte la participation à l'union monétaire, a indiqué le ministre Kenneth Clarke, mais compte tenu du traumatisme de 1992, aucun gouvernement n'acceptera jamais la participation à un mécanisme de change. En automne 1992, après deux années de participation chaotique au SME, Londres avait dû quitter le système, une décision dont l'impact psychologique se fait encore sentir aujourd'hui, les débats de Vérone l'ont montré.

Mais aujourd'hui, si les partenaires de la Grande-Bretagne peuvent difficilement l'obliger à intégrer un SME-bis contre sa volonté, ils veulent se prémunir contre les effets potentiellement dévastateurs de cet électron libre. D'où l'idée d'une discipline librement consentie, mais dont l'abandon serait durement sanctionné.

MICHEL DE MUELENAERE