Renaissance du Vaudeville d'Alexandre Dumas

COUVREUR,DANIEL

Page 23

Samedi 30 mai 1998

Renaissance du Vaudeville d'Alexandre Dumas Le Vaudeville achève son voyage au bout de la nuit sur un spectacle de «Magie rouge», avant de repailleter ses balcons.

Théâtre abandonné et discothèque en faillite, le Vaudeville gît désaffecté au coeur des galeries royales Saint-Hubert. Mais les ombres rieuses de Simone Max, Marcel Roels et Raymond Devos hantent toujours sa scène désertée, et la Société des galeries royales vient de décider de dépoussiérer les fauteuils pour rallumer les feux de la rampe.

Après la rénovation des verrières, puis des façades des galeries du Roi et de la Reine, c'est donc le théâtre qui retrouvera ses ors. Avant de livrer ses loges décrépites aux ouvriers, une représentation symbolique secouera une dernière fois la poussière des planches. Mercredi soir, l'univers délabré du Vaudeville servira de décor à une représentation unique de «Magie rouge», un drame fantasmagorique signé Michel de Ghelderode (lire ci-dessous).

Nous voulons réaffecter la salle en théâtre multifonctionnel, dit-on à une source proche de la Société des galeries royales Saint-Hubert. L'endroit sera doté de toute la technique de scène moderne mais dans son aspect ancien. Ce sera un superbe écrin pour les dramaturges mais aussi pour les organisateurs de défilés de mode, par exemple. Nous avons dès à présent des demandes de location. Et le maintien du Vaudeville comme salle de spectacles fait partie du combat pour la restauration complète des galeries.

LES FLEURS DU COMTE DE JUVISY

Le Vaudeville est classé et la Région devrait aider à sa restauration, sous l'oeil vigilant de la Commission royale des monuments et sites. Il s'agit de retrouver les traces des frises et des parterres de sièges disparus dans la fièvre du samedi soir des années disco pour les recréer à l'identique.

A l'origine, le Vaudeville portait l'enseigne du Théâtre du Casino, bâti en 1852 sur un petit marché aux fleurs par le comte de Juvisy, proscrit français victime du coup d'Etat de Napoléon III. Victor Hugo était au rang des premiers spectateurs enthousiastes. En 1854, un autre exilé illustre montait la «Jeunesse de Louis XIV». Alexandre Dumas frappait là les trois coups d'une première création à Bruxelles.

Fin XIXe , le Théâtre du Casino est de la revue. Une métamorphose comique le travestit en Théâtre du Vaudeville. Nouveau temple de la zwanze, le Vaudeville pédale dans la fantaisie jusqu'en 1974. Transfiguré, l'amphithéâtre sombre dans la muzak avant de fermer définitivement ses portes dans les années 90. En attendant le lever de rideau du chantier de rénovation, l'art lyrique a repris ses droits. Daniel Scahaise a produit plusieurs pièces du Théâtre en Liberté sur la scène oubliée.

La Société royale des galeries déclame aujourd'hui sa volonté de remettre en valeur ce patrimoine pour que le public fasse à nouveau la queue en l'an 2000.

DANIEL COUVREUR