Rendre à ces arts ce qui leur appartient

ANCION,LAURENT

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Mardi 31 mai 2005

Politique culturelle Arts du cirque et de la rue aux Etats généraux

LAURENT ANCION

Historiquement, les arts du cirque, le théâtre de rue et les arts forains sont parmi les plus anciens. Pourtant, leur reconnaissance officielle en Communauté française ne date que de 1999, par le biais d'un décret spécifique. Et c'est là que les Romains s'empoignent. Par rapport aux secteurs du théâtre, de la musique ou même de la danse, disciplines reconnues depuis longtemps, ces arts de la piste ou du grand air bénéficient d'une dotation minuscule. Peu d'argent, malgré un plein essor depuis plus de 20 ans. C'est dire si l'ambiance s'annonçait corsée, lundi après-midi à la Maison du Spectacle - La Bellone, pour la vingtième rencontre des Etats généraux de la culture. Nous sommes trop pauvres, Madame la ministre, lance d'emblée Mirko Popovitch, président du groupe d'experts chargés de répartir la maigre dotation.Nous sommes un secteur en voie de développement, mais il n'y a pas d'ONG pour nous aider, ajoute-t-il envers Fadila Laanan, notre ministre de la Culture.

L'argent aura assurément constitué le refrain des Etats généraux. Toutefois, cette précarité contrastait lundi avec l'énergie du secteur. Les arts du cirque structurent bien leur pensée, avec de solides interlocuteurs comme Benoît Litt et Catherine Magis, parents depuis dix ans de l'Espace Catastrophe. Les débats restent très calmes mais, dans la salle, on sent comme un souffle du dehors. Les nuques sont toutes un peu tannées et on compte un nombre incroyable de rouflaquettes - pour les messieurs, bien sûr. Mai 68 n'est pas si loin. Ce goût frondeur mêle la débrouille et une philosophie : s'adresser, parfois avec deux bouts de ficelles, au « vrai » public, celui de la rue.

On ne joue pas dans la rue par dépitou parce qu'on n'était pas assez bon en salle, lance Geneviève Cabodi, de la compagnie des Chemins de Terre. Faire du théâtre de rue, c'est un choix. On n'attend pas que le public pousse les portes, c'est nous qui allons vers lui. Notre secteur est un bouillon de cultures. On amène la culture dans la rue, mais on utilise aussi la culture de la rue.

En 2003, rapporte Eddy Krzeptowski, de la Compagnie Pour Rire, 80 % des personnes qui ont eu un contact avec les arts vivants l'ont eu par les arts de la rue. Et le comédien d'ajouter pour la Ministre : Vous voulez bâtir une culture de proximité ? Pourquoi ne pas nous considérer comme une partie de la solution ?

Il faudrait pour cela refinancer prestement le secteur et éviter que les aides accordées ne traînassent en enrichissant les banques, comme le rappelle Delphine Bougard, de la Compagnie de la Sonnette. En attendant, ne comptez ni sur les artistes ni sur le public pour enlever au secteur sa place de choix : au milieu du carrefour !