Retour sur les tueries du Brabant

HAQUIN,RENE

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Lundi 7 novembre 2005

RENÉ HAQUIN

Alost, le 9 novembre 1985. Le dernier carnage des tueurs du Brabant fait 8 morts. Vingt ans après, ces événements hallucinants ne sont toujours pas élucidés.

Trois jours durant, « Le Soir » revient sur cette période qui fait tache dans l'histoire politico-judiciaire de notre pays.

Pleins feux donc sur les années 80, ces années de plomb marquées par d'importantes violences politiques. Démonstrations de force de l'extrême droite, répliques anarchistes et de l'extrême gauche, attaques contre des gendarmes, puis vols d'or par de (faux ?) gendarmes...

Les 28 morts des tueries, en trois ans, sont-ils liés à ce contexte tendu, extrême, politisé ?

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1980 : nos années de plomb

Tueries du Brabant Vingt ans après Alost, des crimes impunis et inexpliqués

Les années 80 marquées par des violences politiques. Attaques contre la gendarmerie. Deux vols d'or par de (faux ?) gendarmes. Puis les tueries...

SÉRIE 1/3

RENÉ HAQUIN

Montée des violences politiques, attaques sur la gendarmerie, tueries du Brabant, attentats terroristes ont marqué les années 80. Vingt ans après le dernier carnage qui fit huit tués le 9 novembre 1985 au Delhaize d'Alost, les dossiers les plus lourds de nos années de plomb ne sont pas élucidés. Rappel.

Sur le plan judiciaire, tandis que s'ouvrent à Anvers le procès du Vlaams Militanten Orde (VMO) et à Bruxelles celui du Front de la Jeunesse, l'enquête sur les agissements des hommes du Bureau National des Drogues que dirige le commandant François secoue la gendarmerie.

Au plan politique, les démonstrations de force, les provocations et autres violences émanant de groupes d'extrême droite se multiplient, entraînant des répliques musclées de groupes anarchistes et d'extrême gauche.

C'est dans ce climat de tension qu'en novembre 1979, des sénateurs des deux communautés linguistiques déposent une proposition visant à instituer une commission d'enquête « chargée d'étudier les problèmes relatifs au maintien de l'ordre en général et plus spécialement au respect et à l'application des lois interdisant les milices privées ».

La « commission Wijninckx », du nom de son président, sénateur SP, est installée le 19 juin 1980. Son rapport publié le 24 juin 1981 répertorie les actes de violences récents attribués à des groupes extrémistes.

A l'actif du VMO, des camps d'entraînement à Nisramont, Baelen-sur-Vesdre, Zonhoven, Lustin, l'attaque à la grenade d'un café à Mouland, des ratonnades, des affrontements armés (boulons, bâtons à lames de rasoir, matraques...) avec les gauchistes d'Amada, la bagarre dans un café d'Ostende où un Algérien est blessé, l'attaque d'un café turc à Anvers, le saccage de la librairie De Rode Mol à Malines...

Au palmarès du Front de la Jeunesse, des entraînements chez les commandos à Marche-lesDames, le saccage des locaux de l'association Belgique-Vietnam, l'incendie de la maison des jeunes de Forest, l'attaque de celle de Schaerbeek, la séquestration et le passage à tabac d'un jeune rentrant de la fête du Drapeau rouge, l'attaque de vendeurs de vignettes de l'opération 11.11.11.

La commission Wijninckx prend acte de rumeurs de coup d'Etat et note qu'une des neuf sociétés de surveillance et de gardiennage agréées en Belgique attire l'attention : Wackenhut Belgium, en charge de la sécurité à City 2. Wackenhut est la filiale d'une société américaine liée à la CIA. A Bruxelles, elle est dirigée par l'extrémiste français Calmette et son adjoint Barbier, l'un et l'autre membres du Front de la Jeunesse. Des jeunes, provoqués par des militants du Front, ont été passés à tabac dans les sous-sols de City 2. Pointée par les médias, Wackenhut quitte City 2.

C'est dans ce climat qu'en décembre 1980, rentrant d'un entraînement au tir au stand de la police d'Etterbeek, un militant du Front, Jean-Marie Paul, abat un Français d'origine maghrébine au café « La Rotonde » à Laeken. Jean-Marie Paul et son amie Béatrice Bosquet sont exfiltrés deux jours plus tard avec l'aide d'un agent de la Sûreté. Ils sont partis au Paraguay, sous de fausses identités.

L'hebdomadaire « Pour » qui traque l'extrême droite dénonce à la mi-janvier 1981, sous le titre « L'irrésistible ascension d'un fasciste », le double jeu d'un certain Paul Latinus infiltré dans des organisations progressistes. La nuit du 5 au 6 juillet suivant, des militants d'extrême droite incendient le siège de l'hebdomadaire.

En octobre, deux attentats visent la gendarmerie : une bombe fait long feu dans le coffre d'une voiture de la BSR de Bruxelles, le major Vernaillen, en charge de l'enquête sur le BND du commandant François, est attaqué chez lui et blessé par balle ainsi que son épouse.

Au réveil de la Saint-Sylvestre 81-82, on découvre au coeur du quartier le plus sécurisé de la gendarmerie un impressionnant vol d'armes spéciales choisies dans la dotation du groupe antiterroriste Diane. On en retrouvera quelques-unes six ans plus tard dans le cadre des enquêtes visant d'anciens gendarmes.

Un double assassinat commis à Anderlecht en février 1982 ne sera élucidé que vingt mois plus tard, après l'éclatement du groupe néo-nazi Westland New Post de Latinus, dans lequel on trouve un agent de la Sûreté.

Deux vols d'or, l'un en juillet 82 sur l'autoroute à hauteur de Malines par de (faux ?) gendarmes, l'autre en octobre à Bruxelles-National d'où disparaît le policier de la Sabena Francis Zwarts, rapportent à leurs auteurs plus de cent millions de francs.

On ignore encore qu'avec l'attaque de l'armurerie Dekaise en septembre 82 à Wavre puis l'exécution du concierge de l'auberge de Beersel en décembre, les tueries du Brabant ont commencé.

Demain : l'automne de 1985

D'un vol d'arme à Dinant à la tuerie d'Alost : 28 tués

Pendant trois ans, de 1982 à novembre 1985, des tueurs ont semé la mort en Brabant. Dans ce dossier d'un million de pages, le premier acte attribué à la bande remonte au 13 mars 1982 avec le cambriolage d'une armurerie à Dinant et le vol d'une arme rare, une canardière vue par Daniel Dekaise lors de l'attaque de son armurerie en septembre 1982 à Wavre : un fusil qu'on retrouvera avec d'autres armes jetées dans le canal à Ronquières la nuit de la tuerie d'Alost.

Quinze attaques. Vingt-huit tués. Un policier de Wavre le 30 septembre 1982 devant l'armurerie Dekaise. Le concierge de l'auberge de Beersel exécuté la nuit du 22 décembre. Un taximan abattu au début janvier 83. Un tué au Colruyt de Hal en mars. Un tué en septembre dans l'attaque de la fabrique de gilets pare-balles à Tamise. Puis trois tués au Colruyt de Nivelles. En octobre, le meurtre d'un restaurateur d'Ohain. Un tué en octobre au Delhaize de Beersel. Un couple de bijoutiers abattu à Anderlues en décembre. Huit tués en septembre 1985 aux Delhaize de Braine et Overijse. Huit tués au Delhaize d'Alost le 9 novembre 1985.

Puis tout s'est arrêté.

R. Hq.