REUNION D'INFORMATION EXPLOSIVE SUR L'INSTALLATION DE CARMEUSE A SAINT-AUBIN ET HEMPTINNE LA PETITION EN BETON DU COMITE

DETHINE,CATHERINE

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Lundi 7 juin 1993

Réunion d'information explosive sur l'installation de Carmeuse à Saint-Aubin et Hemptinne

La pétition en béton du comité des opposants

Non à la carrière sur Hemptinne et Saint-Aubin: les opposants le font savoir, les édiles le signent!

Une salle archi-comble, des officiels quelque peu chahutés et des opposants particulièrement déterminés: telles sont, dans les grandes lignes, les composantes de la réunion d'information qui s'est tenue, vendredi soir, à Saint-Aubin (Florennes). L'objet de celle-ci n'était autre qu'un projet de carrière de plus de 200 hectares sur les localités d'Hemptinne et Saint-Aubin. Étaient présents à cette réunion: la société Carmeuse, les autorités communales et plus de 200 personnes, chauffées à blanc. Ambiance!

Le projet de Carmeuse n'en est qu'à ses prémices. Jusqu'à présent, la société a introduit une demande de révision partielle du plan de secteur, les terrains convoités se trouvant en zone agricole. L'enjeu est de taille et peut être divisé en trois parties: une zone d'extraction proprement dite et deux zones d'extension d'extraction. Au total: plus de 200 hectares dont le calcaire devrait être extrait, concassé et broyé sur place. Une soixantaine d'hectares ont déjà été acquis auprès d'un particulier. Pour les autres, c'est niet!

Inutile de préciser que l'information fournie par les représentants de Carmeuse a vite été source de pugilat verbal. Les moyens mis en oeuvre étaient de taille: opération charme avec la diffusion d'un spot publicitaire sur les activités de la société, opération «glasnost» avec la présentation de la procédure et les possibilités de recours et enfin, opération choc, à coup d'arguments économiques en matière d'emplois - de 40 à 100 - et... d'utilité publique.

Carmeuse a l'habitude des accueils chauds. À Saint-Aubin, la société a été servie. Tracteurs à l'entrée, panneaux «anti-carrière» et autres sifflets ont alimenté le début des hostilités. Dans la salle, elle a dû faire face à un véritable mur. Si tout un chacun s'est interrogé sur les conséquences immédiates de la mise sur pied d'un tel projet, le Crac (Comité régional anti-carrière), créé il y a 15 jours, a tenu à présenter ses principaux griefs.

ASSEZ DONNÉ!

Le bruit, la poussière, les vibrations sont, bien sûr au premier rang des griefs énoncés. Mais, pour le Crac, l'économie locale sera aussi la première à payer les pots cassés: moins-value immobilière, pas d'emplois pour les gens de la région,... Et au Crac de conclure: La région a assez donné: 650 hectares pour le champ d'aviation et ses extensions, le TLP, les carrières: Solvay, à Yves-Gomezée (130 hectares), sans oublier la décharge d'immondices, à Morialmé, après celle de Chaumont. C'est déjà pas mal!

Histoire de mieux convaincre Carmeuse, les opposants ont tenu à offrir ses représentants des fraises, cueillies à Aisemont, Haut-le-Wastia et Seilles. Des fraises blanchâtres dont la couleur n'était pas dûe... au sucre impalpable.

SIGNATURE «HISTORIQUE»

Quant à la position de la commune sur le dossier, la surprise fut grande pour tout le monde! Titillé à maintes reprises, le bourgmestre admit que les retombées financières seraient inversément proportionnelles à l'ampleur du projet. Mieux, à force d'insister, le 1er citoyen de Florennes, le collège échevinal et plusieurs conseillers signèrent la pétition du Crac!

Pour le Comité, la victoire était acquise: Habitants de Saint-Aubin, d'Hemptinne,... dormez tranquilles. Contre les cailloux, nous avons du béton. Quant aux représentants de Carmeuse, je leur souhaite tout de même une bonne soirée. Dans la salle, ce fut le délire. Toutefois, certaines personnes voulurent tout de même à avertir le bourgmestre: Si vous faites cela en prévision des élections, on s'en souviendra en 1994!

La nuit était loin d'être terminée pour les habitants de Saint-Aubin et les représentants de Carmeuse. Dehors, les voitures des «officiels», maculées de chaux et de touffes d'herbe, étaient coincées par des tracteurs. Toujours présents, les gosses du village répétaient inlassablement les slogans des calicots. De quoi faire comprendre à Carmeuse que la région n'est pas des plus accueillantes, lorsqu'il s'agit d'y implanter une carrière, contre sa volonté.

CATHERINE DETHINE