Richard Miller

COPPI,DAVID

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Mardi 2 février 2010

L’acteur

Hier son « libéralisme social », aujourd’hui son Manifeste « Mieux, pour tous », demain « la laïque » ?

Pour vous donner une idée, lui l’a fait : Miller est le genre d’homme politique capable de passer sans coup férir de Michel à Reynders, certes en louvoyant dans les coins – voir sa démarche chaloupée – mais en restant fidèle à lui-même pour l’essentiel. Ce qui représente un tour de force vu le fossé, le gouffre, l’abîme qui sépare « Louis » de « Didier », deux amis de trente ans qui à eux seuls sont deux camps dans un même parti ; « alliés objectifs » plus « objectifs » qu’« alliés » – autant dire, ennemis jurés.

« Fidèle à lui-même », disions-nous, car Richard Miller a effectué l’impossible traversée en hissant à la fin ni plus ni moins que son drapeau du début : le « libéralisme social » !, rebaptisé « Mieux, pour tous », l’intitulé du « Manifeste » dans lequel le MR s’est drapé dimanche officiellement et que Miller a rédigé.

Ainsi aura-t-il deux fois « recentré » le parti des bleus ; deux fois corrigé son inclination à communiquer « à droite » qui, en plus de lui barrer l’accès aux coalitions, lui est fatale électoralement – cela, étrangement seulement en apparence sur des terres wallonnes dont le Montois né Carolo, en intellectuel de la politique (à la tribune du congrès dimanche il a cité Adam Smith, Friedrich Hayek, Raymond Aron, holà !) et avec l’apport de l’écrivain poète et philosophe qu’il est par ailleurs, connaît l’histoire, la sociologie, sans oublier les brèves de comptoir – tout ce qu’il faut pour comprendre.

Entre son « libéralisme social » des années nonante qui fit la gloire de Louis Michel et le « Mieux, pour tous » aujourd’hui qui doit faire celle (le même plan, peut-être en moins romantique) de Didier Reynders, Richard Miller aura rompu avec son grand tuteur en deux temps : d’une part, lorsque celui-ci, en 2003, n’empêcha pas Daniel Ducarme, alors président du MR occupé à de sombres manœuvres au sein du parti, de l’évincer de but en blanc de son ministère fétiche – il rêve d’y revenir – des Arts et des Lettres à la Communauté française ; puis lorsque le même Michel s’échina, vainement, à tenter de lui barrer la première place de la liste MR aux régionales de 2009 à Mons au profit de sa protégée, Jacqueline Galand – futur « rebelle », comme on sait. Bref, « Richard » fit son deuil de « Louis ». Le priva de son soutien, lui et son fils, Charles, lors de la tentative de « putsch » présidentiel à la fin 2009 – c’est le terme employé en interne par plusieurs témoins privilégiés. Et conçut en définitive ce « Mieux, pour tous » de réconciliation dans le parti et de conquête à l’extérieur – le but, tout au moins – dont Didier Reynders peut faire usage.

Enfin, en vertu de l’adage : jamais deux tournants stratégiques sans trois, l’« on » soupçonne sérieusement Richard Miller, après, donc, son « libéralisme social », puis son « Mieux, pour tous », d’œuvrer à recoller les morceaux bleus et rouges, à rétablir le dialogue entre MR et PS, pourquoi pas entre… Didier Reynders et Elio Di Rupo. Exaltant l’« humanisme » du Manifeste libéral contre celui « factice », dit-il, du CDH (« Ils ont squatté la maison humaniste, mais le propriétaire revient… »), Richard Miller a « la laïque » en tête ; un peu la nostalgie de l’« arc-en-ciel », de la « violette », ces coalitions d’avant le divorce de 2004 en Wallonie et à Bruxelles.

Unique échevin MR dans le Collège montois, bénéficiaire du geste d’« ouverture » de la part d’un PS qui détient ici la majorité absolue, Richard Miller gère les finances et l’emploi dans la cité du Doudou en bonne intelligence avec Monsieur le bourgmestre, dites « Elio », se vouant notamment, parfois malgré les controverses, au projet « Mons 2015, capitale européenne de la culture ». L’expression consacrée est « respect mutuel ». Tenez, Richard Miller en ferait bien un Manifeste.

1954. Né à Charleroi, le 16 novembre 1954. Richard Miller est le père de trois enfants. Il est licencié

1954. Né à Charleroi, le 16 novembre 1954.

Richard Miller est le père de trois enfants. Il est licencié en philosophie à l’Université libre de Bruxelles.

1999. Elu député wallon de Mons-Borinage ; président du Parlement wallon ; président du Parlement de la Communauté française…

2007. Auteur prolifique, il publie cette année-là : « L’éthique de la liberté », Bruxelles, éditions Luc Pire. Et encore : « Saint Georges ou l’imaginaire de la liberté », par les Cahiers du Centre Jean Gol.

2009. Réélu au parlement wallon. Il est également échevin, des finances et de l’emploi, à Mons.