RIXENSART VA FETER LE BICENTENAIRE DE LA NAISSANCE DU COMTE FELIX DE MERODE IL FAILLIT ETRE LE PREMIER ROI DES BELGES

MEUWISSEN,ERIC

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Mardi 26 février 1991

Rixensart va fêter le bicentenaire de la naissance du comte Félix de Merode

Il faillit être le premier roi des Belges

Grand aristocrate, catholique et franc maçon... Félix de Merode eut même un fils archevêque. Né il y a juste deux siècles, Rixensart s'apprête à le fêter

Il eut droit à des funérailles nationales avant d'être inhumé à Rixensart, lieu des sépultures des comtes de Merode. Il? Le comte Félix de Merode. Il fut une toute grande figure de notre panthéon politique. Il a été tour à tour membre du Gouvernement provisoire, député, ministre de la Guerre, des Affaires étrangères et des Finances et même ministre d'État.

Sur le monument que la commune lui érigea en 1930, on peut lire qu'il fut député de Nivelles de 1831 à 1857. C'est une erreur. Il ne le fut que de 1833 à 1857. De 1831 à 1833, il fut bien député, mais de Bruxelles.

Née il y a juste deux siècles, la commune - en partenariat avec la Confrérie oenologique et gastronomique du Tire-Bouchon - a saisi l'occasion de célébrer son bicentenaire.

Les manifestations débuteront au mois d'avril. Il s'agit, selon l'échevin de la culture, M. Delbrassinne (AC), de commémorer dans la dignité un événement éminemment culturel et historique. J'ai essayé d'y associer le maximum de groupements rixensartois possible.

Il y aura donc des conférences, des cortèges, des expositions, des jeux historiques et lumineux (laser) des tapis de fleurs, des chorales, un concert Mozart et bien d'autres choses encore. Rixensart vivra en avril prochain à l'heure de Félix de Merode.

Entre le prince Antoine de Merode, l'actuel châtelain et son illustre aïeul Félix, il n'y a pas moins de quatre générations en ligne directe. C'est donc son ancêtre qui hérita en 1830 du château et d'un domaine de 537 hectares (soit 63 % de la superficie du village).

Il contribua ainsi à réinstaller sa famille à Rixensart. Il habita lui-même le château. Du moins officiellement, puisque c'est la «résidence principale» qu'il déclarait.

POUR LE RÉTABLISSEMENT

DES SEIGNEURIES

Félix était imbu à la fois d'idées chrétiennes et libérales. Catholique fervent, il était aussi franc maçon (1). C'était l'époque où l'abbé Vrindts n'hésitait pas à dire: Les ateliers maçonniques sont le repère de la crapule et la lie de la scélératesse et du libertinage (2). Cela ne l'empêcha pas d'avoir un fils... archevêque (3). Et, de fait, Félix fut un «catholique très libéral» qui ne manqua jamais une occasion d'élever la voix en fonction des intérêts religieux. Plus tard, ennuyé par les révélations quant à son appartenance maçonnique, il alla jusqu'à prétendre n'être entré en maconnerie qu'à la suite d'une mystification (4).

Son père, Charles de Merode - religieux jusqu'au scrupule, très fort aristocrate et ne jurant que par le rétablissement des seigneuries - fut notamment nommé en 1805 maire de Bruxelles.

Félix épousa une nièce de La Fayette. Jusqu'en 1830, il résida surtout en France, faisant de courts séjours chez son père à Bruxelles ou au château d'Everberg, près de Louvain.

La révolution belge de 1830 le surprit à Bruxelles. Il quitta la ville à la fin d'août pour aller rejoindre sa mère au château de Rixensart.

PARMI LES PLUS RICHES

DU ROYAUME

À ce moment, beaucoup virent même en lui le futur chef de l'État. Il faut savoir que son frère, le comte Frédéric, n'hésita pas à jouer sa tête, son immense fortune et son train de vie de très grand seigneur, en prenant part comme «simple volontaire» aux combats contre l'ennemi hollandais. Il y fut d'ailleurs mortellement blessé. Aussi parlait-on beaucoup à l'étranger de l'élévation probable de Félix au trône de Belgique. Et, comme le dit Henri Pirenne, il aurait été le premier roi des Belges, s'il l'avait voulu.

Quant au frère cadet de Félix, le comte Werner, signalons qu'il fut aussi député jusqu'à sa mort. Et une des premières choses qu'il fit fut de renoncer à son indemnité de parlementaire. Il faut dire qu'il en avait les moyens. Au XIX- siècle, les Merode comptent parmi la très grande et très ancienne fortune foncière. Une fortune qui, même partagée à la suite des successions, laisse à chacun de très grandes parts. Ainsi les Merode faisaient-ils partie des quelques familles nobles parmi les plus riches du royaume.

ERIC MEUWISSEN

(1) Il fut initié à la loge L'Union des peuples, en novembre 1830. Une loge fondée par les plus fervents maçons révolutionnaires.

(2) John Bartier: «Laïcité et franc-maçonnerie», édition de l'ULB, p. 88.

(3) Il s'agit de François-Xavier de Merode (1820-1874), qui fut camérier, aumônier du pape et même archevêque.