ROBERT LENOIR (1150 Bxl)

n.c.

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Lundi 6 avril 1992

ROBERT LENOIR (1150 Bxl)

Quel avenir pour la démocratie en Afrique du Sud?

Au risque d'apparaître comme un rabat-joie, je ne puis m'empêcher d'essayer de tempérer l'euphorie qui a succédé au vote favorable obtenu par le Président sud-africain à son récent référendum.

Lorsqu'on constate avec quelle unanimité les grands de ce monde (et même de moins grands comme notre ministre des Affaires étrangères) voient l'avenir en rose pour la démocratie en A.S., il est opportun de rappeler quelques points de l'histoire africaine.

En mars 1960, notre gouvernement octroyait béatement l'indépendance immédiate au Congo belge. Blancs et Noirs - à l'exception des coloniaux - accueillirent avec enthousiasme et optimisme la fin du colonialisme et l'avènement d'une démocratie au centre de l'Afrique... Il n'a guère fallu attendre longtemps pour déchanter et réaliser quelle utopie avait été à la base de ce «lâchez-tout». Et, de tragédies en tragédies, on se trouve maintenant en présence d'un Zaïre exsangue et ingouvernable qui se meurt d'une faillite politique et économique, malgré toute l'assistance venue de tous horizons. Seuls les dirigeants ont pu impunément accumuler d'immenses fortunes partout dans le monde.

Maints autres pays décolonisés n'ont pas été mieux lotis: la liste en est trop longue pour les citer ici.

Il est vrai que la ségrégation en vigueur en A.S. est choquante... Elle est due en fait à la crainte des 3 millions de Blancs de voir le peuple noir (17 millions) prendre le pouvoir et leur dénier toute espèce de droit et de sécurité... L'exemple du Congo a certes attisé cette peur.

(...) Les autres continents sont-ils prêts à pallier l'énorme carence qui résulterait de l'effondrement subit du seul pays prospère de l'Afrique, suite aux luttes tribales qui apportèrent l'anarchie, aussitôt les Blancs disparus de l'échiquier. De surplus, on paraît ignorer que, outre les factions noires qui s'entre-tuent déjà actuellement, il existe plus de 600.000 Indous et peut-être autant de métis voués à la persécution.

En conclusion, l'enfer étant pavé de bonnes intentions, le monde au coeur généreux risque fort, si cela tourne mal, de s'en mordre les doigts, tout en préparant l'accueil de millions de réfugiés.