Robin Père et Fils, horlogers hors pair

COLJON,CLAIRE

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Jeudi 10 mai 2007

Horloger attitré de Louis XVI, Robert Robin réalise le boîtier, le cadran et les aiguilles d'une remarquable pendule à quatre glaces. Un chef d'oeuvre que terminera son fils aîné.

L'histoire de cette pendule est absolument extraordinaire » s'enthousiasme Jacques Nève. « Elle porte sur l'aiguille des heures le monogramme R de Robert Robin et son cadran est signé Robin à Paris. Sur l'arrière par contre, le mouvement est, lui, signé Robin fils à Paris ! »

Un papa collectionneur, une passion tardive devenue métier suite à une formation au Sydney Institute of Technology, « la meilleure école d'horlogerie de l'Hémisphère Sud », Jacques Nève est antiquaire lorsqu'il participe aux salons Antica et Eurantica où il propose pendules, régulateurs, cartels et baromètres de haute qualité restaurés par ses soins. Il est horloger d'Art, une activité dont il parle avec fougue quand il dit que « la pendulerie est le point de rencontre de deux domaines passionnants : les Arts décoratifs et la fine mécanique ».

Avec humilité, avouant qu'il n'en finit jamais d'apprendre, que nul ne peut tout savoir sur tout et qu'il est essentiel d'être toujours à l'écoute d'autres restaurateurs ou collectionneurs.

Le boîtier de Robert Robin

L'histoire de cette pendule, restée jusque dans les années septante, date de sa mise aux enchères, pièce de la collection Breguet et documentée dans l'ouvrage de référence de Tardy, La Pendule Française, de Louis XVI à nos jours, démarre aux alentours de 1785. Commande spéciale en est alors passée à Robert Robin - avec Abraham-Louis Breguet, Janvier, Le Paute et Pierre Le Roy - l'un des horlogers attitrés du roi Louis XVI.

« Robert Robin réalise donc le boîtier en bronze doré, fait faire une dorure au mercure, réalisée à la forge ! Les bronziers l'ont décoré sur ses quatre faces et l'ont si finement ciselé qu'on aperçoit jusqu'aux nervures des feuilles de vigne... »

Au centre, en relief, le visage d'Apollon ? « Plus probablement celui d'un Bacchus cerné de grappes de raisins. Décoration en bas-relief, la partie inférieure est frise de chérubins jouant sur des nuages et des guirlandes de fleurs et l'ensemble repose sur un socle de marbre vert-de-mer. Notez encore le cadran en émail avec ses chiffres romains et arabes extérieurs surmonté d'un noeud papillon, ses longues et fines aiguilles. Celle des heures porte le monogramme du créateur tandis que celle des secondes, en acier bleui, bat la demi-seconde. Enfin, surmontant l'ensemble, le bronze patiné L'Amour menaçant, exécuté d'après l'original en marbre blanc sculpté pour Madame de Pompadour par Etienne Maurice Falconet, sculpteur attitré du roi. »

Un « Amour menaçant » exposé au Salon de Paris en 1757 et aujourd'hui au musée de Louvre. On en retrouve un exemplaire au Rijksmuseum d'Amsterdam et un autre au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.

Le mouvement de Jean-Joseph Robin

Robert Robin réalise le boîtier de cette pendule puis met le projet en veilleuse... Décès ou revers financier du commanditaire ? On sait que l'horloger avait un oeil précis sur sa comptabilité et que c'est son fils aîné qui, au début de l'époque Empire, entreprit d'en fabriquer le mouvement.

« Les ressorts, datés de 1806, sont d'origine, et la partie mécanique est représentative des techniques appliquées au début du XIXe siècle. Moins célèbre que son père, Jean-Joseph Robin est pourtant un horloger remarquable. On trouve ici, visible à l'arrière, une des premières versions en France d'un échappement de type Graham sur une roue à soixante dents. Attaché par une suspension à couteau indépendante du mouvement, le balancier est à compensation thermique, garantie d'une insensibilité aux modifications de la température ambiante. Des procédés difficiles à réaliser que l'on trouve uniquement sur des objets de luxe. Les qualités techniques de cette pendule sont telles qu'on peut sans hésiter la rattacher à la catégorie des régulateurs de précision ! »

Mais un autre détail frappe encore notre horloger : « du jamais vu dans une pendule de cette époque, et qui démontre l'intelligence de son concepteur ! Les deux remontoirs sont placés en bordure du cadran afin que les aiguilles ne gênent pas le remontage. Autre astuce de génie : une aiguille des minutes plus longue que celle des secondes. La mise à l'heure n'en est que plus aisée. Le remontage ne s'effectue que tous les vingt-huit jours et la pendule peut redémarrer d'elle-même, sans qu'il soit besoin de relancer le balancier ».

Un lourd balancier « à gril » dont les deux faces représentent un Roi Soleil et qui continue d'égrener le temps. Ponctué, à l'heure et à la demie, par le tintement cristallin d'une clochette d'argent...

Jacques Nève, sur rendez-vous : 02/366 21 52. Site web : www.pendules.be