Roman « Momo qui kills », de Franca Maï La haine de soi

MAURY,PIERRE

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Lundi 9 septembre 2002

Roman « Momo qui kills », de Franca Maï

La haine de soi

PIERRE MAURY

Franca Maï pousse la porte du roman avec fracas. Momo est malheureux depuis que sa femme et sa fille l'ont quitté, il tient à le faire savoir au monde entier. Pour détourner sa propre attention de ce qui le hante, il monte des coups, entre cambriolage et terrorisme. Il croit sans doute que cela va lui donner une raison de vivre. Quand il n'en trouve plus, il viole et tue des femmes. Sa violence est sans frein. Il l'exerce sans plaisir.

« Momo qui killq » est parfois insoutenable, comme un regard qui vous perce jusqu'au fond de l'âme, y puisant des choses dont vous ne vouliez pas savoir qu'elles étaient en vous, à peine assoupies, prêtes à surgir au moment de tous les débordements.

Car le premier objet de détestation pour Momo, c'est lui-même. Il n'est plus qu'une loque qui fait semblant de tenir debout et se le prouve au terme de démonstrations sanglantes, dont quelques détails lui échappent parfois, sous l'effet de l'alcool. Ils lui reviennent en gifles au visage, le lendemain, quand il découvre des morceaux de corps, ou quand la presse s'en mêle.

Paradoxalement, ce roman est une course éperdue vers une vie retrouvée - qui s'éloigne à mesure que Momo la traque. Sur son passage, les traces d'actes innommables font des taches qu'il ne voit même plus tant ces actes font partie de son quotidien. Jusqu'au bout, au moment où l'horizon fait place à un mur vers lequel il fonce toujours, Momo voudra croire qu'il est possible de s'en sortir.

Le lecteur sait bien que non. La rédemption est un rêve trop lointain pour s'ancrer un jour au réel. La dernière page fermée avec un certain soulagement sur une conclusion logique, il ne reste que le souvenir d'une tension qui se dénouera lentement, déposant en nous des images plus dures que celles des journaux télévisés. Car nous savons d'où elles sont nées.·

Franca Maï, « Momo qui kills », Le Cherche Midi, 131 pp., 10 euros.